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de ces progrès techniques el adopté ces ornements : l’armoire, le coffre, la chaire à coffre, le lit, le dressoir.... Le dressoir, meuble d’apparat, mériterait une étude spéciale, tant les huchiers du xve siècle se sont pin à en varier l’aspect. C’est à l’origine une table à dresser la vaisselle et les mets, ou une petite, armoire à deux vantaux, posée sur quatre pieds. Mais parfois les pieds antérieurs disparaissent el le corps reste gracieusement suspendu en porte-à-faux. Les pieds sont tantôt libres, tantôt reliés par une tablette ou par un socle à pans coupés. Enfin les dressoirs riches comportent une étagère dont les degrés, chargés de vaisselle, varient en nombre selon l'opulence et le rang du personnage à qui ils sont destinés, et souvent l’étagère est abritée parmi dais. On voit combien ce meuble pouvait se prêter à d’ingénieuses variantes.
Flandre, Angleterre, Allemagne, Espagne. — Dans tous les pays d’art gothique, le mobilier offre une évolution analogue, modifiée par quelques traits particuliers à chacun d’eux. Les caractères nationaux ou régionaux deviennent bien entendu d’autant plus apparents que l’œuvre du menuisier se pare de plus de sculpture : llore, figures, ornements où se manifeste la sensibilité propre à chaque peuple.
Les huchiers flamands, ont généralement un goût moins sobre que ceux de notre pays. Virtuoses, ils sculptent dans les contreforts d'un dressoir des niches abritant des statuettes, suspendent des figures aux pendentifs, recherchent dans les ornements la variété plus que la sy métrie, multiplient les replis d’une serviette, compliquent les réseaux des orbevoies, couronnent les hauts dossiers ajourés de dais aux dentelles fragiles.
L’Allemagne possède une belle série de stalles et des tables d’une construction ingénieuse; mais ses autres meubles, surtout dans l’Allemagne du Sud, sont souvent déparés par la distribution illogique du décor et par une exécution hâtive que ne rachète pas la vivacité criarde de la polychromie : au lieu de travailler de préférence, comme le font les huchiers de France, de Flandre, d Angleterre et de la région rhénane, le chêne madré, de ton si chaud, qui résiste à l’outil el veut une sculpture vigoureuse, les artisans bavarois découpent en très bas relief, dans le bois tendre de sapin ou de tilleul, des feuilles de chardon recroquevillées; ceux du Tyrol se contentent même d’une simple gravure, comme le font les artisans de l'Italie du Nord. Les musées de Nuremberg et de Munich ont recueilli des armoires des environs de I a (JO, où la sculpture allège précisément les parties qu’on souhaiterait de voir les plus fortes, les montants et les traverses; Lune d’elles pose sur des pieds ajourés comme son couronnement.
L’Angleterre a quelques meubles qui lui sont propres : des armoires
assez grossières, aérées par d’étroites fenêtres gothiques, un meuble à vantaux qu elle appelle « liutch » et qui ressemble, non à nos huches fermées par un couvercle, mais à un dressoir bas sur 'pieds; elle emprunte des sculpteurs à la Flandre et charge ses stalles hautes, où chaque siège est séparé des sièges voisins par des colonnettes, de dais extrêmement ornés.
L Espagne, dans ses décorations très riches, mêle aux traditions mauresques des influences llamandes, françaises et italiennes....
Le mobilier en Italie au Moyen Age et au xvie siècle. — Ici. au contraire, l’art gothique — sauf dans certaines villes de la vallée du Pô - n’a jamais été complètement assimilé. Ici les décorateurs, cinquante ans au moins avant ceux de France ou d’Allemagne, ont tenté de ressusciter l’art romain. Ici enfin, plus que partout ailleurs, dans ce Moyen Age, si épris de polychromie, on a aimé h éclat des couleurs.
La sculpture n’est certes pas absente des meubles italiens du Moyen Age; elle tient même de bonne heure une grande place dans les stalles où lus fortes saillies des accoudoirs, des sièges, des jouées H du dais la favorisent et l’appellent. Maison peut dire d’une manière générale que, tandis qu’en France, en Flandre et en Allemagne, le sculpteur devient dès le xive siècle le collaborateur nécessaire du huchier, en Italie, son grand rôle, comme décorateur de meubles, ne commence qu'au xvie siècle. Jusqu’alors, c’est surtout parla polychromie, par la variété et le raffinement des procédés mis en œuvre pour l’obtenir, que les meubles italiens se distinguent. Sous les plafonds peints et dorés, au milieu des lambris de marbre, des velours et des soieries riches de tons, le bois naturel, siinplemenl rehaussé de discrets reliefs, eût sans doute paru d'une indécente pauvreté. Les artisans italiens s’évertuent donc à le parer. Tantôt il peignent sur ses panneaux de belles histoires, tantôt ils y appliquent une couche d’or et des reliefs en pâte peinte; tout un peuple de praticiens merveilleusement habiles les revêt de placages en marqueteries géométriques ou pittoresques où l’os, l’ivoire, la nacre et l’étain brillent parfois au milieu des bois colorés.
LES STALLES. — Les stalles font, dans une certaine mesure, exception. On voit, en effet, dans l’Italie du Nord, quelques stalles du xivc et du xve siècle, où la marqueterie n’apparaît nulle part et qui doivent toute leur décoration à la sculpture. Telles sont celles de Saint-Dominique de Ferra re (commencées en IÛ84), de la cathédrale de Plaisance (achevées en 1471 , de la cathédrale et du la collégiale Sant’Orso d’Aoste (fin du xve siècle).
Dans les stalles de Saint-Dominique de Ferrare, œuvre d’un maître célèbre, Giovanni da Baiso, le dais en quart de voûte est porté par deux
LA TAPISSERIE ET LE MOBILIER AU XVI* SIÈCLE
étages de colonnettes annelées; le dorsal se divise en panneaux où des rosaces variées s inscrivent dans des losanges aux fortes moulures, inscrits eux-mêmes dans des cadres rectangulaires. Toute cette géométrie est assez lourdement accusée. Les losanges n’ont pas la grâce de nos orbevoies, dont les meneaux montent comme des flammes. Les rosaces appartiennent à ce style gothique propre à l’Italie, où une géométrie rectiligne, inspirée des décors orientaux, alterne avec les souples courbes venues de France ou de Flandre. Les parcloses aussi ont un dessin très particulier : découpées en forme de console sous l'accoudoir* elles projettent ensuite un brusque angle droit, à la place où nous voyons, chez nous, le beau quart de cercle que détermine le développement du siège, quand il pivote sur sa charnière. Les stalles de Plaisance nous montrent la persistance du style de Giovanni da Baiso jusqu’à la fin du xve siècle. Au contraire, celles d'Aoste, en Piémont, se rapprochent en tout point, et jusque dans la forme des parcloses, des œuvres françaises ou flamandes.
Mais c’est à l’alliance de la sculpture et de la marqueterie polychrome qm; la plupart des stalles italiennes doivent, jusqu'au premier tiers du xvie siècle, leur caractère le plus original.
Celte marqueterie, issue à la fois de la marqueterie orientale et de la mosaïqué de verre, fut d’abord géométrique. Elle semble être née à Sienne. On la désignait généralement sous le nom de cerl usina, parce que les Chartreux y excellaient, comme en tout travail de patience. Les
Phot. Brogi.
Fig. 565. — Stalle de la Chartreuse de Pavie (fin du xv° siècle).
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plus célèbres œuvres de certosina décorent les stalles du dôme d’Orvieto, commencées au \ive siècle, reprises et achevées, dit Burckhardt, dans la première moitié du xve, par deux artistes siennois : Domenico di Nicolo, qui dirigea le travail de marqueterie, et Pietro di Minella, qui sculpta les ligures à mi-corps abritées sous le dais aux arcs trilobés.
Puis les étoiles, les polygones, les entrelacs géométriques paraissent bientôt trop humbles tâches aux habiles marqueteurs. S'ils continuent à en couvrir les montants el les traverses, les colonnettes octogonales, toutes les surfaces oii l'espace manque pour des compositions plus libres, on les voit, sur les grands panneaux, rivaliser avec les peintres. Des vases fleuris:, des cornes d’abondance, des couronnes de feuilles et de fruits se forment sous leurs doigts agiles. Les armoires entr ouvertes, portant sur leurs tablettes des objets variés, sont un de leurs thèmes favoris. Ils composent des paysages aux lointaines perspectives où montent des campaniles et des dômes; ils font même des figures : c'est la tarsia pittoricci ou intarsia. Il est bien évident qu’ainsi comprise la marqueterie est trop souvent un tour de force, un trompe-l’œil, qu’elle abdique sa beauté propre, la franchise de l’exécution, sans parvenir d’autre part à égaler la peinture par la délicatesse des modelés. Les Italiens du début du xvL siècle semblent en avoir eux-mêmes fait l'aveu, puisqu’il leur est arrivé (à la sacristie de Sainte-Marie-des-Gràces, à Milan) de remplacer la tarsia lente et coûteuse par son imitation en peinture.
Cette marqueterie pittoresque’ a laissé dans toute l’Italie des œuvres nombreuses. A Sienne, Domenico di Nicolo en donne, en 1428, un des premiers exemples, en représentant, au dorsal des stalles gothiques de la chapelle du palais public, les articles du Credo. A Venise, Marco de Yicence, auteur des stalles de l’église des Frari 1 408 j et de Saint-Etienne 1498), l’associe jusqu’à la fin du xve siècle à une architecture et à des sculptures encore gothiques ou à demi gothiques, tandis que déjà l’art nouveau triomphe dans l ltalie du Centre et même dans la vallée du Pô, à la Chartreuse de Pavie. Ici, plus d'arcs aigus, plus de rosaces ni de pinacles. Le dais, que couronne un entablement presque classique, repose sur une arcature en plein cintre; des pilastres à chapiteaux corinthiens divisent le prie-Dieu en panneaux; la sculpture ornementale (exécutée en 1492 par Bartoloineo de Poli) accompagne discrètement la construction, cl la tarsia el la certosina (exécutées par Pietro da Vailate en 1498) régnent partout souverainement, couvrant les dossiers de délicats rinceaux, le dorsal de figures de saints à mi-corps, faisant alterner sur la frise les palmettes et les fleurs, dessinant des entrelacs sur les accoudoirs et des damiers aux cadres des panneaux.
A ce moment d illustres maîtres, à la fois sculpteurs el marqueteurs, intagliatori et intarsiatori , appliquent au mobilier, religieux ou laïque, une
LA TAPISSERIE ET LE MOBILIER AU XVI* SIECLE
décoration renouvelée à la source antique. Ce sont, à Florence, Giuliano da Majano (1432-1490) et son frère Benedetto (1442-1497), auteurs des boiseries de la sacristie du Dôme, Baccio d’Agnolo (1 462-1345) ; à Pérouse, le Florentin Domenico del l asso, qui dirige, vers 1490, l’admirable décoration du Cambio ; à Sienne, Antonio di Neri, dit Antonio Barili (1455- 1516), et son neveu Giovanni (mort vers 1529), le môme qui, d’autre part, exécutera, à Borne, sous la direction de Raphaël, les boiseries et les portes des salles du Vatican (1514-1521). Fra Sebastiano de Rovigo (mort en 1505) représente en marqueterie, au couvent de Sant'Elena, près de Venise, les vues des trentequatre principales villes du monde, et c’est à son école (pie se forment deux des plus grands sculpteurs et marqueteurs du début du xvie siècle, Fra Giovanni de Vérone (1456- 1525) et Fra Damiano de Berga me ( 1 480 ?- 1 549 ) .
Le premier est surtout célèbre par les stalles du couvent de Monte Oliveto (1502-1505), trans- fig portées en grande partie
au dôme de Sienne au début du xixe siècle, et par les boiseries qu il lit dans ses dernières années à Santa Maria in Organo de Vérone; il eut pour principal élève et collaborateur Fra Raffaello de Brescia. Le second travailla surtout à Bologne, où il termina sa carrière par les stalles du Dôme. Vers le même temps il lit pour un grand seigneur trançais qui avait été ambassadeur à Borne et au Concile de 1 rente, Claude d Urté, une œuvre importante pour 1 histoire de la pénétration de 1 art italien en France, la chapelle du château d’Urfé en forez. Son trère, Stefano di
Phol. Alinari