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citer sa fresque de Sainte-Sabine, la Vêlure de saint Ifgacintlie, pour une certaine dignité austère, d’esprit tout monacal (lig. 552). Il ne refusait aucune besogne et savait se faire aider; lorsqu'il put avoir pour collaborateur son frère Federigp, de quinze ans son cadet, il lui sembla qu'il allait conquérir le monde.
L’œuvre la plus vaste entreprise par les deux frères, et qui eut fait reculer plus d'un vaillant artiste, fut l’entière décoration du château de Caprarola, que Yignole venait de construire pour le cardinal Alexandre Farnèse, sur les flancs du mont Cimino, à mi-chemin entre Home et Yiterbe. 11 y a peu de monuments plus surprenants en Italie que cet édifice à l’aspect de forteresse si pittoresquement dressé dans la solitude, sur le fer à cheval de sa double rampe, et tout peuplé de peintures. Il serait oiseux de décrire ces peintures; comme celles de Vasari au Palais Yieux de Florence, elles valent surtout par leur ensemble, par leur belle signification historique et décorative. Les salons de ce palais sont dénommés selon leur décor, comme le seront plus tard les salles du palais Pilti, ou celles d'un Yersailles et d’un Trianon. Du grand salon d Hercule, qui domine l'entrée, on gagne une chapelle, puis la galerie, où se déroule en tableaux sobres toute Y Histoire des Farnèse. Des ligures plafonnantes, la Iteligion , la Vertu , la Domination , la Dénommée , entourent l image triomphante de Dôme , et les portraits de Philippe II d’Espagne et d’Henri 11 de France semblent présider à ce majestueux déroulement d une légende glorieuse. On pressent Pierre de Cortone et Charles Le Brun dans ces nobles ordonnances. Plus loin, la Charité , la Paix. Y Abondance, la Justice, debout en des niches feintes, assistent aux plus notables événements du Dègne de Faut lit Farnèse, de son Couronnement . en 1554, jusqu’à Y Ouverture du Concile de Trente , en 1546. Dans les chambres, qui portent les noms de l’Aurore, de la Solitude, de la Pénitence, des Itères, des Anges, le poète Annibal Caro, secrétaire du cardinal, avait tracé h* programme des artistes, et ni Taddeo ni Federigo ne furent inférieurs à la tâche.
Cependant ils ne se faisaient pas faute d interrompre leur travail. En 1561, I’addeo était occupé, avec Salviati, Sammachini, de Bologne, et (iirolamo Siciolante, de Sermonela, aux décors de la salle Royale du \ atican; Federigo, de son côté, avait été appelé à Yenise par le patriarche (îrimani; puis il s’arrêtait à Yérone et séjournait à Florence, avant de revenir à Borne, où Taddeo continuait au palais Farnèse les fresques commencées par Salviati. Mais Taddeo mourait brusquement, à peine âgé de 57 ans, en 1566, et Federigo, aidé de Tempesta, allait terminer à Caprarola l’immense et séduisante besogne déjà si avancée. Il remplit Borne de ses œuvres faciles et gaies, et il s’expatria. Le cardinal de Lorraine I avait appelé on France; il alla plus loin, en Flandre, où il laissa
LA PEINTURE ITALIENNE
d'importants cartons de tapisseries, en Hollande el à Londres, enfin, où il peignit de bien curieux portraits (v. tome V, p. 554 et 555 ) . De retour à Florence, en 1574, il termina les fresques de la coupole de la cathédrale, laissées inachevées par la mort de Vasari : peintures d’une fantaisie lamentable el grotesque, qui sont la honte de l'immortel chef-d’œuvre de
Phot. Alinari.
Fig. 555. L’empereur Barberousse aux pieds d’Alexandre III, par F. Zuccaro.
(Palais Ducal, Venise.)
Hrunelleschi ; mais on les loua fort, et le peintre, muni de gloire nouvelle et d’argent, s'en fut continuer Michel-Ange à Rome, dans la chapelle Pauline; une soüe histoire de vanité le brouilla avec Grégoire XIII, el il n’eut que le temps de fuir à Venise. Là, il eut l’heur de collaborer au décor du Palais Ducal, et, près de Véronèse, de Tintoret, du Hassan, de Palma le Jeune, il représenta Y Empereur Barberousse aux pieils <r Alexandre III. La toile, datée de 1582 (et retouchée par l’artiste en 1605),
est d’une belle tenue et peut-être, dans le genre du décor historique, ce que Zuccaro a produit de mieux (fig. 553).
11 était un des hommes les plus célèbres de 1 Italie. Grégoire XIII, apaisé, lui avait rouvert les portes de la chapelle Pauline, et le roi Philippe II lui lit entreprendre, en 1585. le voyage d’Espagne. 11 fut comblé d’honneurs et d’argent, bien que ses peintures dans l église de l’Escurial eussent plu modérément, et que Pellegrino Tibaldi l’emportât dans la faveur du roi. Sa rentrée à Rome fut triomphale. En 1595, il y fonda l’Académie de Saint-Luc, à l imitation de celle (pie les Carrache avaient fondée à Bologne dix ans plus tôt, grande institution demeurée vivante jusqu’à nos jours, dont Muziano, l’élève de Romanèlli, avait déjà soumis les règlements à Grégoire XIII; un bref de Sixte-Quint l’approuva, et il en fut élu le directeur. Les séances se tinrent pendant un temps au rez-dechaussée de la belle maison qu’il s’était fait construire dans la via Sistina, proche de la Trinité-des-Monts, et dont il s’amusa à décorer luimême les chambres de fresques que l’on y peut voir encore. Il exerça quelques années une sorte de royauté que les Carrache, bien qu’alors occupés par les travaux du palais Farnèse, n’essayèrent pas de lui disputer; puis son humeur errante l’entraîna en de nouveaux voyages, à Pavie, à Mantoue, à Parme, à Milan, à Turin, à Bologne et à Lorette, où il lui vint le désir de revoir son pays natal; mais, saisi par la fièvre, il dut s'arrêter à Ancône et y mourut en 1609. Il laissait toute sa fortune à sa chère Académie, et, comme testament artistique, quelques médiocres livres, traités d’esthétique et récits de voyage, qu’il lui avait pris fantaisie d écrire sur la lin de sa vie, el oîi il se glorifiait de son mieux, à l’exemple du bon Vasari.
Alessandro Allori, Santi ni Tito, Poccetti. — Il faut revenir à Rronzino (v. tome l\ , p. 387 pour bien comprendre toutes les tendances et les ambitions du groupe si actif et nombreux des artistes florentins. Le grand portraitiste des Médicis demeure le maître du chœur, par-dessus les Vasari et les Salviati. Il s’est continué tant bien que mal en son neveu Alessandro Allori, né en 1555, dessinateur habile et zélé imitateur de Michel-Ange.- Cet Allori peignit à l Annunziata de Florence un Jugement dernier fidèlement inspiré de la fresque de la Sixtine; il termina, en 1580, la grande peinture qu Andrea del Sarto avait laissée inachevée dans la villa des Médicis, à Poggio a Cajano, César recevant les tributs du monde. Les tories traditions de son oncle se continuent dans l’élégance et le caractère d observation physionomique de ses portraits; dans ses pein- I ures religieuses et, ses mythologies il est, comme ses contemporains, ingénieux et troid. Il meurt en 1607 à Florence, laissant un (ils qui a, mieux (pic lui, su illustrer le nom d’Allori.
LA PEINTURE ITALIENNE
Un autre élève de Bronzino, lui aussi portraitiste spirituel et parfois pénétrant, Sauti di Tito, né h Borgo San Sepolcro, en 1558, fut employé à Borne par Pie I\ et, de retour a Florence, en 1564, brossa les grandes toiles décoratives qui servirent aux obsèques solennelles de Michel-Ange. B alla visiter I itien a Venise; (pie ne put-il rapporter de ce voyage au pays de la couleur de quoi réchauffer et fondre les glaces florentines! Son Christ mort sur les genoux de la Vierge , «à l’Académie des Beaux-Arts de Florence, est bien 1 oeuvre du dessinateur dont Vasari, qui le connut tout jeune, loue affectueusement la bonté et la vaillance. Il mourut en 1603, laissant un fils, Tiberio di Tito, qui acheva quelques-unes de ses peintures.
Plus original, plus fantaisiste dans ses improvisations, Bernardino Barbatelli, 'surnommé Poccetti, né en 1548, ne fut pendant bien des années qu’un décorateur de murailles, un peintre d’arabesques et de grotesques pour façades de maisons, ce qui lui valut aussi le surnom de Bernardino delle facciate. Puis il remplit de ses fresques les cloîtres de Florence : un dessin hâtif et sommaire, un coloris assez cru, mais de la verve en somme, et quelque naïveté. A l’Annunziata, il célèbre les fondateurs de l’ordre des Servites; à Sainte-Marie-Nouvelle, à Saint-Marc, auprès, hélas! des tendres chefs-d’œuvre de l’Angelico, il narre les anecdotes de l’histoire dominicaine; à la chartreuse d’Ema, il peint toute la vie de saint Bruno. Ce F à presto disparaît en 1612.
Les derniers coloristes florentins; Cristofano Allori. — Les Florentins ont rarement connu la joie de la couleur; les belles certitudes du dessin leur suffisaient. Cependant, vers la tin du xvie siècle, un peu tard, vraiment un peu trop lard, voici que des coloristes se révèlent auprès des si féconds et si ternes improvisateurs. Federigo Zuccaro avait pour ju inci p a 1 élève un certain Domenico Cresli, né en 1558, à Passignano, village des environs de Florence, dont il prit le nom, après avoir passé par l’atelier de Battista Naldini, un élève de Pontormo. Passignano aida Zuccaro à parfaire les gigantesques horreurs de la coupole du dôme, puis il le suivit à Venise. Ce fut le coup de foudre : la grâce de Véronèse opéra et le convertit, non moins que la passion de Tintoret. Il revint pratiquer leurs leçons à Florence, en de nombreuses toiles d’apparat que lui deman-
Phot. Alinari.
Fig. 55i. — Petite fille inconnue, par Santi di Tito.
(Musée des Offices, Florence.)
daient les corporations religieuses. Son Portement de Croix , aux Ollices, esl d’une assez forte expression tragique. Il vieillit dans les honneurs académiques et mourut âgé de quatre-vingts ans, un quart de siècle plus tard (pie son rival, né un an après lui. Lodovico Gardi de Gigoli.
Ge Gigoli, mieux encore que Passignano, ouvrit des voies nouvelles à l’école. Chez Alessandro Allori, il avait surtout étudié l’anatomie; chez Sanli di Tito, il peignait et sculptait; un voyage a Urbin, auprès de
Parodie, lui révéla un sens nouveau qui se fût sans doute mieux développé à Parme ; ce changement dans sa manière suffit cependant pour <pie les f lorentins, faciles peut-être à contenter, lui donnassent le surnom de Corrège de la Toscane. Ge Corrège amoindri, qui tenait sa belle place dans les Académies des Arts et des Lettres, car il écrivait et discourait tout autant qu il peignait — Gigoli est un artiste moderne — a laissé quelques tableaux qui ue sont pas sans mérite : un Martyre de saint Etienne (aux Offices), (pie Pierre de Gortone admira comme la plus belle peinture de Florence, et un Saint François (à h Académie des Beaux-Arts), qui n’est pas sans faire pensera Bubons. Il laissa surtout un glorieux élève, Cristofano Allori, le propre I i 1 s d’Alessandro, dont Gigoli avait, tout jeune, reçu pieusement les leçons.
Cristofano, né en I T» 7 7 , avait treize ans à la mort de son père; il devait mourir jeune, dévoré par le plaisir et la jalousie peut-être. On a bien des fois reproduit la légende, racontée par Baldinucci, qui auréole d’un reflet tragique sa belle Judith, un des tableaux célèbres du palais Pitli tig. üââ). Ge serait la Mazzalirra, une courtisane florentine, qui tiendrait, d’un geste de triomphe, la tête tranchée (b* son amant; cet Holopherne a-t-il les traits d Allori? peu importe, en somme; l’œuvre, que Bubons devait imiter, est d’une couleur et d’une expression superbes.
Phot. Alinari.
Judith, par Cristofano Allori.
(Palais Pitti, Florence.)
LA PEINTURE ITALIENNE
Corrège (dont Allori avait copié la Madeleine ) el les Vénitiens ont passé par là, ou plutôt il y a là une belle façon de voir et d’interpréter la nature qui fait songer aux plus nobles œuvres de Titien. D’autres tableaux, le Saint Julien C Hospitalier , du palais Pitti, le Philénwn et Baucis , de Munich, gardent ces notes riches et vibrantes; V Enfant Jésus endormi sur la Croix , du Musée des Offices, incline déjà vers la fadeur de l’Albane ou du Guide; Allori était en train de gâter un beau talent, lorsqu’il mourut en 1621.
Il convient de citer encore, parmi ces derniers Florenlins notables, Jacopo Chi menti, d’Empoli, né en 1554', mort en 1640, dont il y a au Louvre une Vierge entourée de Habits, imitateur tardif et agréable d’Andrea del Sarto.
Quelques peintres siennois. — Les historiens de la peinture siennoise s'acheminent à grand peine jusqu’au milieu du xvie siècle. Après Sodoma et Beccafumi, ils s’arrêtent, non sans raison peut-être; et cependant la peinture ne s'est pas arrêtée. Ventura, fils du peintre Arcangelo Salimbeni, né en 1557, alla étudier Corrège à Parme et les élèves de Léonard en Lombardie; il y paraît assez peu, en vérité, dans les nombreuses toiles dont il enrichit les églises de Sienne; il a toute la facilité un peu lâche de Sodoma, il n’a pas son esprit et son charme. Il alla peindre à Pise, à Lucques et à Pérouse, où le cardinal Bevilacqua, qui le protégeait, lui permit de prendre son nom. 11 collabora avec Poccetti, à Florence, aux fresques de l Annunziata. Parmi ses peintures siennoises, le Portement de Croix , qifil peignit pour Sauf Agostino un an avant sa mort, est une fort belle œuvre.
Francesco Vanni, né en 1565, se trouva, tout enfant, aux côtés de Ventura Bevilacqua (ou Salimbeni) dans l'atelier d’Arcangelo Salimbeni, que sa mère avait épousé en secondes noces. Il alla se former à Bologne et à Rome, où il vit, non sans émotion, les œuvres toutes fraîches et séduisantes de Baroche; il copia diverses toiles de Corrège, à Parme, visita, lui aussi, la Lombardie, et, après un nouveau séjour à Rome, où le cardinal Raronio l'avait recommandé à Clément VHI, il revint se tixer enfin à Sienne. « Toutes ses peintures », dit Baldinucci, « respirent une profonde dévotion. » Il peignit et grava la vie et les miracles de sainte Catherine; avec Salimbeni, il décora l'oratoire de la sainte et, dans la chapelle de San Domenico, où Sodoma avait peint sa célèbre Extase , il compléta le décor, en 1595, par une fresque qui n'est pas indigne des deux autres, la Guérison d'une possédée par sainte Catherine {[ ig.556). C est à Andrea del Sarto, et même au Raphaël de la Transfiguration , mieux encore qu à Sodoma, que tait penser cette belle composition qui, a la différence de certaines peintures de \ éronèse ou de I intoret, concentre
l’intérêt sur le sujet véritable, sans négliger cependant de séduire les yeux par le pittoresque de l’arrangement.
Vanni mourut à Sienne en 1609; son élève, Rutilio Manetti, né en 1571, mort en 1657, devrait, par ses dates plus tardives, trouver place un peu ) >1 us loin en cette histoire s'il méritait mieux qu'une rapide men-
tion. Il travailla à Sienne, à Empoli, à Pise, à la Chartreuse de Florence, où il a laissé des peintures d un goût réaliste et d’un coloris sombre qui rappellent la manière de Caravage.
Barociie. — 11 nous faut maintenant remonter à quelque distance pour aller chercherdans sa province un peu lointaine un peintre charmant et dont 1 influence ne fut pas moindre sur les artistes de son temps que celle de Corrège ou des grands \ énitiens. Federigo Barocci vécut presque toute sa longue existence, de 1528 à 1612, dans la ville d’Urbin; né la
Phot. Alinari.
Fig. 35(5. — La Guérison d’une possédée, par F. Vanni.
(San Domenico, Sienne.)
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