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dans le boulingrin <|iii occupait les côtés du parterre el en louait « le savant raccourci ».
Ces commandes lurent bientôt suivies d'une plus importante encore : c’était « la belle el bonne besogne » que le duc lui avait promise, quand il s’attardait à Rome, pour l’attirer à Paris. « Il n’y a qu’une bonne manière, avait écrit Wleughels, c’est de lui faire entendre qu'il gagnera plus à Paris. Il aime le gain, tout le monde l’aime!... » Et, pour réclamer trop vivement le payement de ces commandes, Bouchardon, quelques années plus tard, devait s’attirer les vives remontrances de son patron : « Ce n'est pas la mode chez le Roy de payer par avance. »
Phol. Giraudon.
Km. — Procession de saint Charles Borromée, par Bouchardon.
(Chapelle du château de Versailles.)
Maison ne payait même plus en retard! Les cartons des archives de la Maison du Roi sont remplis des réclamations dos artistes et artisans employés pour le service des bâtiments. A l'extrême lin du régime, un maître serrurier qui avait travaillé pour Mme Dubarry réclamait encore son dù et signait : « Un cijclope docile qui forgea volontiers des fers pour le boudoir de Vénus! »
En attendant les payements des anciennes commandes, on faisait tout de même bon accueil aux nouvelles. Le 4 juin ITÔb, il commençait les groupes du bassin de Neptune où nous avons déjà vu J. -B. Lemoyne et les Adam occupés. Il eut, pour sa part, en pendant à V Océan de Lemoyne, de l’autre côté du Triomphe de Neptune et d'Ampliilrite des Adam, le Dieu Protée, couché sur un grand coquillage, appuyé sur un monstre marin dont la queue écarte les roseaux et qu'escortent des dauphins. De pareils thèmes le ramenaient, bon gré mal gré, au goût du jour. Il eut, en outre,
Phot. Giraudon.
— Fontaine de Grenelle, par Bouciiardon. Partie centrale.
Fie. 45.
IIISTOIHE DE L’ART
la commande de deux génies jouant avec des monstres marins, placés à 1 extrémité des rampes du bassin..., et il n'y a vraiment pas, entre les œuvres des trois concurrents, la disparate que pouvait faire prévoir le jugement si sévère que Bouchardon portait sur ses émules.
Ce contraste, en revanche, s’accuse très nettement dans la série des bas-reliefs de la chapelle de \ ersailles, où la Procession de saint Charles Borromée tranche nettement sur ceux d'Adam et de Slodtz par le calme de la composition, la simplicité des draperies. C’est un excellent morceau: il ne fut mis en place qu’en 1747. A cette date, Bouchardon avait déjà achevé le plus important ouvrage qu'il ait jamais été appelé à exécuter : la Fontaine monumentale de la rue de Grenelle, que le Bureau de
la Ville projetait depuis longtemps déjà sur un terrain dépendant du couvent des Bécollettes... Il s'agissait d’adapter, à un emplacement en somme très ingrat, un décor plaqué, dont la disposition des lieux ne fournissait guère les éléments. L’ingéniosité de Bouchardon y lit merveille. Pour compenser l’étroitesse du terrain, il adopta le parti d'un hémicycle s’infléchissant autour d’un motif central, et puisqu'il s'agissait, théoriquement au moins, d’une fontaine, on y verrait la\ i 1 le de Paris trônant, dans sa souriante majesté, entre la « rivière de Seine, regardant la ville de Paris avec une satisfaction mêlée de surprise », et la rivière de Marne, « uniquement occupée du soin de répandre ses eaux bienfaisantes... », ainsi que Bouchardon lui-même s’exprimait dans son projet-devis.
L’étonnement de la rivière de Seine, — si étonnement il y a, — ne peut venir que de l’absence décevante de toute eau, qu’elle constate autour d’elle. Un grand monument de pierre pour encadrer deux robinets d'où s’épanche, et seulement quand on les sollicile expressément, un mince filet liquide, c’était vraiment, pour une fontaine, — et pour un homme qui avait eu l'idée, à Borne, de participer au concours de la fontaine de Trevi, — un programme déconcertant. « Je ne doute pas, écrivait Voltaire, que Bouchardon ne fasse un beau morceau d’architecture; mais qu'est-ce qu'une fontaine qui n’aura que deux robinets où les porteurs d'eau viendront remplir leurs seaux ?... » Et Diderot faisait
Phot Giraudon.
Fig. 46. — Le Printemps, par Bouchardon. Bas-relief de la Fontaine de Grenelle.
LA SCULPTURE FRANÇAISE
chorus : « Point de belle fontaine où l'eau ne forme pas la décoration principale. » Et le Père Laugier, qui eut tant d’idées justes et originales : « Je crois voir un rétable d’autel, et je suis fort étonné d’apprendre, par l’eau qui coule en bas, que c’est une fontaine! » Aussi la Seine et la Marne, appuyées sur leur urne d’où ne s’épanche qu'un bloc de pierre sommairement façonné en eau courante, ont des attitudes mélancoliques, et c’est plutôt un reproche qui se lit dans le regard que la Seine lève sur la Ville de Paris.
Dans les niches de l'hémicycle, ménagées de chaque côté du groupe central,
Bouchardon logea les statues des Saisons dont des jeux d'enfants en bas-reliefs développent les thèmes caractéristiques. Et tout cela est d'une grâce et d une qualité de facture charmantes. Les études à la sanguine que Bouchardon fit pour ces enfants le montrent, comme ses innombrables dessins, attentif à la nature, ne répugnant même pas, à l'occasion, à en noter les vulgarités, si le modèle les lui présente... Il y eut un réaliste dans ce grand dessinateur qui se plut à croquer les métiers et les « cris » de Paris.
On a vu déjà comment il fut mêlé au grand débat suscité par le mausolée du cardinal Fleury, que la famille, après l’abandon des projets officiels, finit par commandera Lcmoyne. Ladalte, Yinache, Lemoyne, Adam le cadet et Bouchardon avaient été invités à fournir des modèles, qui furent exposés au Salon de 1743, et Bouchardon, qui donnait, dans le livret du Salon, un commentaire des moindres intentions de sa maquette, paraissait devoir l’emporter. Le cardinal était en oraison sur son tombeau, et
Phot. Lévy
Fig. 47. — Premier projet ( 1 7 4A) pour le mausolée du cardinal Fleury, par Bouchardon.
(Maquette en cire rouge.)
T. VII
le génie de la France, près de lui, tenait trois couronnes « que S. E. semble lui avoir remises pour ne plus s’occuper «pie des grandeurs éternelles... », et ces couronnes étaient de laurier, de chêne et d'olivier, symboles de
son amour pour la gloire du roi, la patrie et la paix Deux figures de
Vertus affligées, appuyées sur la mappemonde, étaient adossées au soubassement <pii portait le sarcophage, accostées de deux lions écrasant sous leurs pattes la Discorde et l'Erreur. — Et l’ensemble constituait une maquette vraiment charmante.
Un second projet lui fut substitué, où le cardinal était représenté expirant dans les bras de la Religion. On a vu comment ni l’un ni l’autre 11e furent exécutés Lcmoyne, chargé par la famille du monument dé-
finitif, s inspira sensiblement du second projet de Bouchardon.
En 1 745, celui-ci entrait à l'Académie sur le très médiocre Christ portanl sa croix, dont il a été déjà fait mention, et — c’est un trait de caractère qui achève de le peindre — se fit exempter des droits de réception, jusqu’alors en usage, (pii furent, pour son cas spécial, déclarés « contraires à la décence et à la dignité de I académicien ». C’est alors que se place V Amour qui se fait, avec les armes de Mars, un arc de la massue d Hercule. Il y pensait depuis 1759, où un modèle en terre cuite avait paru au Salon. « Fier de sa puissance, disait le livret, et s’applaudissant d’avoir désarmé deux divinités si redoutables, le fils de Vénus témoigne, par un ris malin, la satisfaction de tout le mal qu'il va causer. » La commande définitive fut faite en 1740.
Cinq ans se passèrent sans qu’il y travaillât, mais il continua de rêver autour de l'idée initiale, à en essayer des variantes dans plusieurs sanguines où la présence du modèle se fait reconnaître, dans quelques statuettes en terre cuite et un charmant petit marbre signé et daté de 1744, exposé à Paris, qui a appartenu à Richard Wallace, mais n'est pas resté dans sa collection.
En 1745, dès qu'il eut fini la fontaine, il reprit le travail de la statue. Diderot a fort exagéré la part que Mme de Pompadour y aurait eue.
« (Ju’est-il resté de cette femme qui nous a épuisés d’hommes et d’argent,
Phol. Lévy.
En;. i8. — Deuxième projet (1745) pour le mausolée du cardinal Fleury, par Bouchardon.
(Maquette en cire blanche.)
LA SCULPTURE FRANÇAISE
laissés sans honneur et qui a bouleversé le système politique de 1 Europe ? Le traité de Versailles, Y Amour de Bouchardon, qu on admirera a jamais, quelques pierres gravées de Guay... et une pincée de cendres ! » En réalité, Mme de Pompadour n’eut aucune part dans le projet (M. Pose rot l'a clairement établi). La statue ne plut guère d ailleurs à la cour. Gochin a noté quelques propos recueillis par lui quand elle lut exposée dans le Salon d Hercule : « Quoy, c est la 1 Amour, c est donc 1 Amour portefaix!... mais cela n’est point du tout agréable! » etc., etc. On le relégua à Clioisy, contre le gré de l’auteur. Mais Mariette le célébra comme un chef-d’œuvre et ramena le public.
Voltaire, pourtant, écrivant à Caylus, exprimait la crainte que « la pensée de Bouchardon ne soit qu'ingénieuse » La pensée, en
effet, était, en somme, artificielle autant qu’ingénieuse et assez, inattendue de la part de Bouchardon, dont la solidité, la simplicité étaient les qualités et ambitions dominantes. Mariette, dans les longs commentaires du Mercure de France, a pris soin d’expliquer et de défendre la Fig. 49. — Monument (le Louis XV. par Bouchardon. pensée de son ami : l’Amour (Musée du Louvre >
a interrompu son travail pour
essayer le ressort et l’élasticité de l’arc, déjà taillé aux deux tiers dans la massue..., et « il témoigne, par un ris malin, la satisfaction qu’il ressent
de tout le mal qu’il va causer » Enfin, Mariette, — répondant à quelques
remarques critiques de-Cochin, et certainement inspiré par Bouchardon lui-même, — observe que « la nécessité d’exprimer la jeunesse n’a pas été une des moindres difficultés que l'auteur ait rencontrées dans cet ouvrage; obligé de rendre cet âge où la nature n’ayant pas encore pris
foute sa croissance... les proportions sont difficiles à trouver Il
fallait les saisir sur différents modèles qui, dans ces circonstances, présentent la charge qu'on doit éviter plus que l'exemple à suivre. » Et, de cette recherche consciencieuse sur le modèle vivant, les dessins de Bouchardon témoignent de la manière la plus intéressante.