TIISTOI HK DE L’ART
Le 27 juin 1748, les échevins de Paris suppliaient « S. M. d accorder à la bonne ville de Paris la permission d ériger un monument a sa gloire en telle forme et dans tel emplacement qu elle voudrait 1 ordonner.... » Bouchardon fut choisi pour « faire plusieurs dessins de figure équestre de la personne de S. M. et quelques modèles d'iceux pour être en état de les présenter au Roy».
En I75U, après examen des différents emplacements envisagés, le roi, « pour éviter le bouleversement des quartiers marchands et populeux, désigna le terrain situé entre les Tuileries et les Champs-Elysées, dont il lit don à la ville, avec obligation de placer la statue dans 1 axe de la grande allée des Tuileries. Gabriel fut chargé de combiner les meilleures places. »
Parmi les projets essayés par Bouchardon, il en est un en terre cuite où le roi, en costume romain, monte, sans étriers et sans rênes, un cheval qui se cabre. L’esquisse, telle qu’aurait pu la concevoir Adam lui-même, est curieuse. Mais ce projet fut vite abandonné, pour s’en tenir à la statue équestre, telle que les réductions en bronze du Louvre et de Versailles nous en ont conservé la forme : le roi, tenant les rênes de la main gauche, la droite appuyée sur le sceptre de commandement, chevauche un étalon marchant au pas. « Les études sur nature auxquelles se livra le sculpteur pour l’exécution du cheval allèrent jusqu’à s’allonger, dos contre terre, entre les pattes de l’animal, pour dessiner le ventre.... » Les deux cent quatre-vingt-douze dessins du Louvre nous en ont conservé tous les scrupules, et les textes d’archives n’ont rien laissé ignorer de ses exigences et réclamations pour l’établissement du prix « d’un travail si pénible et de si longue haleine.... » Les incidents survenus au cours du travail, la rivalité imprévue de Laurent Guiard, élève de Bouchardon, les épisodes de la fonte à cire perdue de la statue, dont un grand in-folio de Mariette a recueilli et transmis à l’histoire tous les détails, ne sauraient trouver place ici. C’est seulement en 1705 que la statue devait se dresser sur la place Louis XV, et Bouchardon n’était plus là pour recevoir la récompense et l’honneur de son travail.
Dès la fin de 1701, le mal qui devait l’emporter avait fait de grands progrès; le 17 juillet 1702, il expirait. 11 avait atteint depuis deux mois sa soixante-quatorzième année.
Dans la prévision de sa mort avant l’achèvement complet de l’œuvre, il avait désigné lui-même « Monsieur Pigalle, sculpteur du Roy et professeur de son Académie royale, dont l’habileté est suffisamment connue... à l’agrément de Monsieur le prévôt des marchands et
Messieurs du bureau de la ville de Paris J’espère que ces messieurs ne
me refuseront pas cette dernière marque de leur confiance; je la leur demande sans aucune vue d interest... assuré que je suis de sa grande
LA SCULPTURE FRANÇAISE
capacité et de l'accord de sa manière avec la mienne Je compte assez sur
l’amitié de mon cher et illustre confrère pour oser me promettre qu’il fera pour moi ce qu’en pareille occasion il ne doit pas douter que j’eusse fait pour lui.... » C’était, on le voit, comme une transmission de pouvoirs en bonne efc due forme. Pigalle avait alors quarante-huit ans ; il mettait la dernière main à la statue de Louis XV pour Reims et à l'admirable figure du « citoyen ». Il travaillait au mausolée du maréchal de Saxe.... C’est par l'étude de son œuvre que nous commencerons l'histoire de la sculpture française dans la seconde moitié du xvme siècle.
BIBLIOGRAPHIE
La Bibliographie de la. Sculpture française au xvme siècle sera donnée à la lin du chapitre sur La Sculpture française dans la seconde moitié du xvme siècle , tome VII, 2e partie.