CA RACT È RES G É NÉ R AU X
Bien avant la fin du règne de Louis XIV, au lendemain de la mort du Premier peintre Le Brun (1690), la peinture française subit une transformation profonde. Par réaction contre l’art discipliné, intellectualiste, italianisant, qui avait ordonné les pompeuses magnificences de la Grande Galerie de Versailles, surgit un art plus libre, plus sensuel, plus spirituel, qui préfère Rubens aux Carrache et qui, soucieux avant tout de plaire, sacrifie délibérément l’ennuyeuse correction du dessin acadé-# inique au charme de la couleur. Cette évolution si frappante de l’école française, qui se poursuit de Le Brun à Boucher, a été plus souvent constatée qu'expliquée : il importe de l’analyser avec précision.
Emancipation des artistes. — Ce qui caractérise avant tout l’art du siècle de Louis XIV, c’est son imposante unité, sa forte concentration. Depuis la fondation de l’Académie de peinture, la tutelle monarchique s'était substituée aux groupements corporatifs. Puget excepté, tous les artistes de quelque mérite, qu’ils soient peintres, sculpteurs ou décorateurs, se soumettent sans résistance à la dictature de Le Brun qui gouverne despotiquement le chantier de Versailles et les ateliers des Gobelins.
Le Brun disparu, cette discipline stricte se relâche. Ce n’est pas que le talent fasse défaut à ses successeurs : mais il ne s’en trouve aucun qui