‹ Histoire de l'art (volume 3)Chapitre 18 sur 84 · PORTRAITISTES · texte numérisé non relu

PORTRAITISTES

François de Troy (1645-1750). — Le plus ancien des trois grands portraitistes à la mode au commencement du xvme siècle est François de Troy le père. Ses contemporains le plaçaient sur le même rang que Largillierre et Bigaud. Mariette, le plus fin connaisseur de l’époque, poussait l'admiration jusqu'à proclamer: «J’ayveu de ses portraits dignes d’entrer en parallèle avec les ouvrages les plus fameux de Van Dyck et de Titien. » Qu’il y ait dans cet éloge quelque exagération, c'est certain. Il n’en est pas moins injuste qu'un portraitiste de ce mérite soit exclu du Louvre cl qu’il se perde dans la gloire de son fils, avec lequel on le confond trop souvent.

Né à Toulouse, mais formé à Paris, François de Troy avait d’abord essayé de faire de la peinture d'histoire; se sentant dépourvu d’imagination créatrice, il se contina dans le portrait. Il fui appelé à peindre, comme Largillierre, de grands tableaux commémoratifs et votifs pour l'IIôtel de \ i I le cl Sainte-Geneviève. Parmi ses portraits d’hommes, on cite ceux du célèbre amateur .Jean de Jullienne, l'ami de Watteau (Musée

LA PEINTURE FRANÇAISE

de Valenciennes), de l’architecte Mansart, du sculpteur Desjardins. Le Musée de Dresde possède son beau portrait du Duc du Maine (1716).

Mais il excellait surtout à peindre les femmes qui, plus soucieuses de beauté que de ressemblance, appréciaient « son pinceau flatteur ». Sa réputation était si bien établie à la cour qu'il fut choisi pour aller portraiturer la princesse de Bavière, fiancée au dauphin. A défaut du Louvre, quelques musées de pro-

vince permettent de l’étudier sous cet aspect :

il faut voir à Rouen son portrait de la Duchesse de La Force (1711), et à Grenoble le groupe charmant d'une jeune femme en robe de velours rouge, prenant dans ses bras son enfant que lui tend une plantureuse nourrice aux seins nus.

Phot. Piccardy

Nicolas de Largillierre (1656-1746). —

Plus âgé de trois ans que Rigaud, Nicolas de Largil lierre (c’est ainsi qu'il signe toutes ses toiles et qu’il convient décrire son nom, bien qu’on trouve au xviii0 siècle la forme L’Argillièreet que l’orthographe Largillière ait prévalu)

était Parisien de naissance; cependant son éducation fut toute flamande. Son père l’emmena tout jeune à Anvers et le miten apprentissage dans l’atelier d’Antoine Goubau, praticien obscur, mais encore illuminé de quelques reflets du rayonnement de Rubens. A dix-huit ans, il passe à Londres où il travaille quatre ans, de 1671 à 1678, sous la direction de sir Peter Lely, qui avait pris à la cour d'Angleterre la succession de Van Dyck. Obligé* de rentrer en France à la suite des persécutions contre les catholiques, l’artiste fut rappelé à Londres en 1685 par le roi Jacques II qui lui lit faire son portrait. Sans la Révolution, qui détrôna la dynastie des

Fig. 55. — François de Troy:

L’enfant, la mère et la nourrice.

(Musée <le Grenoble.)

Stuarts en 1688, il aurait peut-être fini par se fixer en Angleterre où I attendait la carrière de Holbein et de Van Dvck.

De cette éducation flamande, puisée non seulement à la Galerie du Luxembourg, mais aux sources mêmes du génie de Rubens, Largillierre retira la connaissance approfondie du métier, le secret des tons opulents, des fraîches carnations, des transparences et des reflets, l'art, comme dit si bien son élève Oudry \ de rendre les couleurs participantes de l'air et

de les étendre légèrement sur la toile, sans jamais les fatiguer, en leur gardant toute leur fraîcheur, leur vivacité, leur moelleux. De tous les peintres de ce temps, sans excepter Rigaud et Watteau, il est le plus habile exécutant, et ses peintures, mieux que celles d’aucun de ses contemporains, onl conservé toute leur fleur.

Bien qu'il ait signé les portraits de quelques princes appartenant aux fa milles royales de France et d’Angleterre :

la magnifique toile de la National Portrait Gallery de Londres, qui représente le petit Jactjues-Fdouard Sfuart et sa sœur en exil dans le parc de Saint-Gerinain-en-Laye (1695), ou encore, à la Wallace Collection, la Famille de Louis XIV, groupant autour du vieux monarque son fils le dauphin, son petit-fils le duc de Bourgogne et son arrière-petit-fils le duc de Bretagne, avec sa gouvernante Mme de Ventadour (1708), on peut dire qu’un des caractères qui distinguent Largillierre de Rigaud, c'est qu'il abandonne à son rival la clientèle des rois et des grands seigneurs et se réserve celle des bourgeois: Rigaud est le peintre de la Four ; Largillierre est le peintre de la Ville. Il entrait dans cette préférence

IMiol. Giraudon.

Fi<;. 56. — Nicolas de Largillierre :

La marquise de Gueidan en Flore.

(Musée d’Aix.)

1. fté/lexions sur la manière d'étudier la couleur en comparant les objets les uns avec les autres. Conférence lue à l’Académie en 17Ü).

LA PEINTURE FRANÇAISE

plus de calcul que de modestie. « Ce peintre, raconte indiscrètement d’Argenville, eut peu de liaison avec la Cour de France : il aimait mieux travailler pour le public ; les soins en étaient moins grands et le payement plus prompt. »

Dans l’abondante production de Largillierre, échelonnée sur un demisiècle, nous ne pouvons signaler ici que les réussites particulièrement éclatantes. A l’inverse de François de Troy, il a peint un nombre relativement restreint de portraits féminins, encore qu’on- 11e puisse passer sous silence les beaux portraits de la femme el de la tille du président Lambert de Thorignij (New York, Metropolitan Muséum), de la Marquise de Gueidan en Flore (Musée d'Aixj, de la plantureuse Duclos dans le rôle d Ariane { Comédie - Française) .

Presque tous nos grands musées de province possèdent de splendides exemplaires de son art : Lyon, l'effigie du sculpteur Jean Thierry ; Lille, le portrait de son beau-père, le paysagiste Jean Fores t' ; Montpellier, son Portrait par lui-même, en buste, devant un chevalet, le crayon à la main.

Ce qui constitue la jdus frappante originalité de Largillierre, c'est qu’à côté de ces portraits isolés il a signé un grand nombre de portraits collectifs. Par là il s’apparente aux Hollandais: à Frans liais, à Rembrandt, à Van der Helst, qui avaient donné au xvne siècle dans leurs tableaux de syndics, de régents d'hôpital ou de gardes civiques d'admi-

Phot. IUiIIoz.

Fig. 57. — Nicolas de Largillierre :

Ex-voto à sainte Geneviève, Ififtfi.

(Petit Palais, Paris.)

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