WATTEAU
Après avoir été très apprécié par ses contemporains, aussi bien en France qu’en Prusse et en Angleterre, Antoine Watteau, victime de la réaction classique, a été pendant plus de cent ans, de M. de Jullienne aux frères de Concourt, le plus méconnu de tous nos peintres. Voltaire et Diderot ne le prennent pas au sérieux et le considèrent
comme un petit maître. « Watteau, tranche Voltaire dans Le Temple du Goût, a réussi dans les petites figures, qu il a bien groupées mais il n'a jamais rien fait de grand; il en était incapable. » Et, dans ses Pensées détachées sur la peinture, Diderot profère cette énormité : « Je donnerais dix Watteau pour un Téniers ».
Les connaisseurs et les critiques d'art professionnels ne le comprennent pas davantage. Dézallier d’Argenville, déplorant qu'il n'ait pas composé de tableaux d'histoire, écrit dédaigneusement : « Le goût qu il a suivi est proprement celui des bambochades ». Caylus, qui lui reproche pédantesquement son ignorance de l'anatomie, le tient pour « incapable de peindre ni de composer rien de héroïque ni d'allégorique, encore moins de rendre les figures d’une certaine grandeur ».
A l'Ecole des Beaux-Arts, les élèves de David s'amusaient à cribler de boulettes de mie de pain Y Embarquement pour Cijtlière, qui, soit dit en passant, serait, sans l’appoint providentiel de la donation Lacaze, le seul Watteau du Louvre. Le Gilles — un des plus beaux tableaux du monde - resta longtemps invendable chez un marchand qui avait griffonné à la craie sur la toile ces vers de mirliton :
Que Pierrot serait content S’il avait l’art de vous plaire.
Le plaidoyer des Goncourt l'a bien vengé de ces dédains. Le deuxième centenaire de la mort de Watteau, (pii vient d'être célébré en 1921, a été une apothéose. Ce « petit maître », ce « peintre de bambochades » est aujourd'hui unanimement admiré comme l'égal d’un Poussin et d'un Delacroix, c'est-à-dire comme l’un des plus grands peintres-poètes (h; l’école française.
Avant d’aborder son œuvre, il est nécessaire de rappeler les principales circonstances de sa vie, telle qu’elle nous a été contée par ses biographes : son ami, M. de Jullienne, « propriétaire des manufactures de draps fins et écarlates des Gobelins », qui lui éleva le plus durable monument en publiant son œuvre gravé, le marchand Gersaint, Mariette, Dézallier d’Argenville et surtout le comte de Caylus, qui prononça, en 1748, son éloge à l’Académie.
Jean-Antoine Watteau — ou plutôt Wateau, si l’on adopte l'orthographe la plus usuelle au xviii® siècle1 — était né à Valenciennes, en 1684, six ans après la paix de Nimègue, (pii rattacha cette ville du iïainaut au royaume de France. Ce n’est donc pas un Flamand ni même un demi-Flamand, comme on le dit trop souvent par une extension abu-
1. C’est l'orthographe qu’on relève sur son acte de naissance, celle du peintre lui-même au bas de son acte de réception à l’Académie et de sa quittance au duc d’Orléans. Elle est donc beaucoup plus fondée que l’orthographe actuelle avec deux /.
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sive de ce terme : c'est un pur Wallon ou plus précisément un Hennuyer de langue française comme le vieux maître tournaisien Roger de la Pasture, comme ses compatriotes Froissart et Carpeaux.
Rien ne révèle mieux, ainsi que l’a noté Séailles, l'insuffisance de la théorie déterministe du milieu que les contradictions qu’on observe entre la vie et l’œuvre de Watteau. « A ne consulter que ses œuvres, qui s’aviserait de le faire naître en 1684, qui devinerait que, des trente-sept années de sa trop courte vie, trente et une se sont écoulées au milieu des tristesses de la fin du règne de Louis XIV? » Et pareillement qui soupçonnerait que ce maître des élégances françaises était le fils d’un maître couvreur, que ce Parisien raffiné était né aux confins des Flandres, que ce peintre voluptueux de Fêtes galantes était un hypocondre? Pour résoudre cette apparente antinomie, il faut méditer la confidence de Caylus : « Parfois, loin de toute importunité, ce Watteau si sombre, si atrabilaire, si timide et si caustique, n’était plus que le Watteau de ses tableaux , c’est-à-dire l’auteur qu'ils font imaginer, agréable, tendre et un peu berger. »
Sans exagérer plus que de raison les rapports entre la maladie et le génie, il est certain que toute interprétation de Watteau doit partir de ce fait qu'il était phtisique. Interrogez son portrait gravé par Roucher au frontispice des Figures de différents caractères : « ce masque inquiet, maigre, nerveux, le sourcil arqué, l'œil noir, grand, remuant, le nez long et décharné, la bouche triste, sèche, avec, des ailes du nez au coin des lèvres, un grand pli de chair travaillant la face », et vous aurez l’intuition de son caractère, avec sa misanthropie, son dégoût de lui-même, son besoin perpétuel de changement, son ardeur inassouvie d’amoureux chétif, « libertin d’esprit, mais sage de mœurs ». Comme tous les grands consomptifs, comme Mozart qui semble avoir mis ses tableaux en musique, il a été affiné, sensibilisé par la tuberculose. Pour reprendre la saisissante formule de C. Mauclair : « En bonne santé il n’eût été peut-être qu'un Lancret. »
Sa formation artistique. — On déplore souvent le mystère qui entoure la vie de Watteau; mais ces détails biographiques n’intéressent que les anecdotiers. L’essentiel pour l'historien est de pouvoir démêler la formation d’un artiste, les influences qu'il a subies, les apports successifs dont se compose sa personnalité. Or la formation de Watteau est tout à fait limpide ; elle se réduit en somme à trois éléments : l'apprentissage chez Gillot et Audran, la découverte de Rubens à la Galerie du Luxembourg, de Véronèse dans le Cabinet Grozat.
Claude Gillot, son premier maître, était un dessinateur plein de fantaisie et de verve, féru de théâtre et spécialement des arlequinades du
T. VII
théâtre italien. C’est chez lui qu'il « se débrouilla »; mais il dut apprendre ailleurs son métier de peintre ; car Gillot était un très médiocre praticien. Il le qui tta pour passer chez Claude Audran, neveu du célèbre graveur Gérard Audran, qui avait la réputation d’être « un des premiers dessinateurs pour les arabesques et les grotesques ». Sur les murs de la Ménagerie de Versailles, du château de Meudon et du château de La Muette, sur les tapisseries des Portières des Dieux et des Douze mois, l'habile décorateur enroulait avec une ingéniosité sans pareille, dans le goût des Loges du Vatican, de légers rinceaux encadrant des médaillons en camaïeu. Ce lut pour Watteau une excellente école : « C’est là, dit Caylus, qu'il forma son goût pour l’ornement et qu'il acquit une légèreté de pinceau qu’exigent les fonds blancs sur lesquels s'exécutaient ces ouvrages. »
Audran était depuis 1704 concierge — nous dirions aujourd’hui, en style plus noble, conservateur — du Luxembourg. La Galerie Médicis faisait partie de son domaine. Watteau se l’appropria. Rubens devint son dieu, son véritable maître. Il le copie avec ferveur : parmi ses soixante-deux dessins du British Muséum, une feuille d’études illustre le Règne de Marie de Médicis’, sur une sanguine du Louvre tournoient des couples de la Kermesse. Cette admiration persista jusqu’à la fin de sa vie : avec quelles effusions touchantes il remercie l’abbé de Noirterre <pii lui avait offert une petite toile de Rubens! « Depuis ce moment où je l’ai reçue, je ne puis rester en repos et mes yeux ne se lassent pas de se retourner vers le pupitre où je l’ai placée comme dessus un tabernacle. »
Watteau ne lit point le voyage d’Italie : le prix de Rome fut décerné à un rival obscur. Mais, de même qu’il avait pu sans quitter Paris s’enivrer du génie de Rubens dans la Galerie du Luxembourg, il lui suffit de passer les ponts pour trouver dans les cartons du Cabinet Crozat la quintessence de l’art vénitien. Dans son hôtel de la rue Richelieu, à l'angle du Boulevard, Pierre Crozat, dit « le pauvre », avait accumulé plus de deux cents feuilles de croquis de Titien et de Véronèse. Watteau, logé dans l’hôtel dont il décora la salle à manger, put savourer à loisir ce régal. L 'Antiope du Louvre, Y Amour désarmé de Chantilly montrent combien il se pénétra à ce moment de l’idéal des Vénitiens. Mais son génie était déjà beaucoup trop mûri pour se satisfaire de pastiches. De la fantaisie de Gillot et d’Audran, de la fougue de Rubens, de l'élégance de Véronèse il composa un bouquet dont personne encore n’avait respiré le parfum.
Sa rECHNiyUK. — Bien que Watteau emprunte à Rubens quelquesunes de ses recettes, sa technique et sa méthode (h* travail sont très personnelles.
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Ses dessins ont toujours été considérés par les connaisseurs comme la lleur de son œuvre. D’Argenville en analyse assez bien les procédés : « Le crayon rouge était celui dont il se servait le plus souvent sur du papier blanc afin d'avoir des contre-épreuves, ce qui lui rendait son sujet des deux côtés. Beaucoup de ses dessins sont traités aux deux crayons de pierre noire et de sanguine qu'il employait dans les têtes, les mains et les chairs; quelquefois les trois crayons étaient mis en usage-; parfois il se servait de pastel, de couleurs à l’huile, à gouache, enfin
tout lui était bon, excepté la plume, pourvu que cela fît l’effet qu’il souhaitait. »
Ce procédé des trois crayons, du dessin peint , qui remplace au xviii6 siècle les ternes dessins à la pierre noire où les rehauts de craie ne servaient qu’à accuser les reliefs, sans les éclairer, on peut déjà le trouver chez ses prédécesseurs, Ch. de La Fosse et Antoine Coypel. Mais Watteau a su en tirer un parti tout nouveau. Sous ses doigts de magicien les matières se transforment. « C’est de la sanguine qui contient de la pourpre, c’est du crayon noir qui a un velouté à nul autre pareil, et cela, mélangé de craie, avec la pratique savante et spirituelle de l’artiste, devient sur du papier chamois de la chair blonde et rose. »
Ces dessins constituaient pour Watteau une sorte de répertoire où il puisait pour composer ses tableaux. « Il avait coutume, dit Caylus, de dessiner ses études dans un livre relié, de façon qu’il en avait toujours
Fig. 07. — Antoine Watteau : Feuille d’études. (Bibliothèque de l’École des Beaux-Arts, Paris )
Phot. Giraudon
un grand nombre sous sa main. Quand il avait envie de faire un tableau, il en formait des groupes, le plus souvent en conséquence d’un paysage qu’il avait conçu ou préparé. »
C’est sa propre méthode de travail qu'il recommandait à Lancret: « Il lui conseilla d aller dessiner aux environs de Paris quelques vues de paysages, de dessiner ensuite quelques ligures et d’en former un tableau de son imagination et de son choix. » Méthode dangereuse pour le commun des peintres qui ne sauraient combiner avec ces études que de laborieuses mosaïques, excellente pour Watteau qui réussit à harmoniser si bien les différents éléments de ses tableaux que les figures semblent naître du paysage. Cependant il faut convenir que ses compositions, dont il n’arrêtait jamais l’esquisse, sont quelquefois un peu lâches et que ce procédé entraîne une certaine uniformité par la répétition fréquente des mêmes types.
Ce (jue ses contemporains blâmaient déjà à bon escient, c’est une certaine malpropreté de pratique, qui a fait tourner ses couleurs. « Pour accélérer l’exécution, il aimait à peindre à gras. Rarement il nettoyait sa palette. Son pot d’huile grasse dont il faisait un si grand usage était rempli d’ordures et de poussière et mêlé de toutes sortes de couleurs qui sortaient de ses pinceaux à mesure qu’il les y trempait. » Le résultat de cette négligence est (pie beaucoup de ses paysages se sont enténébrés et ont fâcheusement poussé au noir.
L oeuvrf. de Watteau. — Peut-être ces remarques préliminaires ne sont-elles pas inutiles pour comprendre l’œuvre si abondante et si prodigieusement variée de ce malade qui a vécu dans une véritable fièvre de travail. S’il n’a fait que toucher en passant à la « grande peinture » religieuse ou historique, s’il n’a été qu’un portraitiste occasionnel, il a été un peintre exquis à' arabesques , de scènes militaires, de scènes de théâtre , de fêtes (/(liantes.
Bien qu’il fût croyant et suivît les offices de Saint-Germain-l’Auxerrois, la peinture religieuse n’était pas son fait. On pourrait rayer de son œuvre, sans grand dommage, la Sainte Geneviève qu’on lui attribue à Saint-Médard, paroisse de son ami Jullienne, dans le quartier des Gobelins, ou la petite Sainte Famille, émigréc en Russie au château de Gatchina, qu'il offrit en échange d’une esquisse de Ruhens. Nous ne connaissons plus que par la gravure de Larmessin son carton de Louis XIV mettant le cordon bleu au duc de Bourgogne, destiné à compléter la célèbre tenture de V Histoire du Boi, (jue Le Brun avait laissée inachevée : mais l’estampe suffit pour nous convaincre qu’il n’avait aucune vocation pour le métier d’historiographe.
Par contre il y avait en Watteau l'étoffe d'un grand portraitiste, et il est infiniment regrettable que des œuvres comme Antoine de la Bogue
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appuyé sur sa béquille d’invalide, M. de Jullienne jouant du violoncelle dans un parc, à côté de l’artiste en train de peindre, Mme Gersaint en habit de chasse , la Famille de Gersaint en habit de bal ne nous soient plus connues que par des gravures ou des catalogues de ventes. On remarquera que tous ces portraits sont des portraits intimes. Watteau n’était pas, comme Largillierre ou Rigaud,un portraitiste professionnel : il n'a peint que luimême et quelques amis. De là le caractère de simplicité sans apprêt, l’absence de convention et de manière qui caractérisent ces ouvrages. Nous pouvons en juger au Musée de Valenciennes par son magnifique portrait du sculpteur Antoine Pater : le seul qui soit indiscutablement authentique *. Rien de plus franc, de plus brutal dans sa construction que le masque de ce vieil artisan bougon et renfrogné, au front plissé, aux sourcils broussailleux, auquel Watteau a donné comme attribut, assez irrévérencieusement, la tête de Junon, sur laquelle s’évertue son Singe sculpteur du Musée d’Orléans. L’esquisse d’une tête de vieillard chauve et barbu, entrée au Louvre en 1921, où M. Jamot propose de reconnaître un portrait du Dr Mead peint par Watteau pendant son séjour à Londres, soulève un problème d’attribution et d'identification difficile à résoudre.
arabesques. — « Ses. premiers ouvrages, dit un de ses biographes, consistent en petites figures qu’il a faites dans les plafonds de Claude Audran et en plusieurs Chinois peints dans les lambris du château de la Muette. » Malheureusement cette partie de son œuvre a complètement sombré. Nous ne connaissons plus ses Chinoiseries de
Phot. Brunner.
Fig. 08. — Antoine Watteau :
Le sculpteur Antoine Pater.
(Musée de Valenciennes.)
I. M. Renault a retrouvé le testament de Marie-Marguerite Pater léguant à son neveu en 1704 « les portraits de ses père grand et mère grande, dont l'un peint par Watteau.. » Signalons que deux magnifiques portraits d’homme, dans la Collection Groult et la Collection Maurice de Rothschild, sont attribués, sans preuves, à Watteau.
HISTOIRE DE l/AMT
La Muette « | ne par les gravures de Boucher, de Jeaurat et d'Aubert. On s’est demandé quelles étalent les sources de ces spirituelles décorations. Watteau avait fait des études d’après nature, comme le prouve son portrait du Chinois T'sao à l’Albertina de Vienne. Mais il s’est surtout inspiré des documents rapportés par les Jésuites, notamment par le P. Bouvet qui avait offert en 1G97 à Louis XIV de la part de l’empereur de la Chine quarante-neuf volumes de dessins chinois et qui avait publié sous le titre de L'Estât présent de la Chine un recueil de planches représentant des costumes, depuis l’empereur en habit de cérémonie jusqu’au simple bonze. Les chinoiseries sont presque toujours associées aux singeries. Toutefois les fameuses Singeries de Chantilly ne sont pas, comme on l’a cru longtemps, de Watteau, mais de Christophe Huet.
SCÈNES militaires. — Les peintres de batailles ou bataillistes, si l’on peut employer ce terme barbare, se partageaient avant Watteau entre deux écoles. L’école flamande, illustrée par Van der Meulen et les Martin, excellait à dessiner d’amples panoramas de villes assiégées, avec, au premier plan, sur un tertre, un état-major empanaché; mais «elle ne savait pas tuer son homme ». L’école italienne, issue de Salvator Rosa et représentée en France par le Provençal Joseph Parrocel, prétendait au contraire évoquer la mêlée furieuse des combattants frappant d’estoc et de taille.
Les petites scènes militaires peintes par Watteau à l’époque de Denain et de Malplaquet échappent aussi bien à la formule de Van der Meulen qu’à celle de Parrocel : c’est la guerre vue sous un autre angle. Bien d'héroïque ni de tragique ; ni sièges, ni chocs de cavalerie, mais des marches, des cantonnements, des scènes de bivouac, avec leur pittoresque pêle-mêle de traînards, de maraudeurs, de vivandières et de gourgandines. Ce n'est pas ainsi que l’imagination se représente les soldais de Villars. Et cependant rien de plus véridique que ces menus tableaux intitulés : Le départ de troupes (Collection Edmond de Rothschild), L'escorte d'équipages, Le camp volant. Les délassements et Les fatigues de la guerre (Musée de l’Ermitage), Le détachement faisant halle, La recrue allant joindre le régiment ’. 11 n'est pas de meilleure illustration de celte triste guerre de la Succession d'Espagne, qui assombrit la vieillesse du Grand Roi.
scènes de thèatiœ. — C'est sans doute de Gillot que Watteau tenait son goût pour le théâtre et surtout pour les comédiens italiens qui, proscrits par Louis XIV, reparurent en 1 7 1 G après vingt ans d’exil. Tous les personnages de la Commcdia dell’Arlc passent et repassent dans son œuvre, tantôt isolés comme dans le Mezzetin de l’Ermitage et le Pierrot
I. Recrue a ici un sens collectif. C’est une file de soldats harassés piétinant dans la boue derrière l’officier qui les conduit, monté sur une haridelle.
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du Louvre, tantôt groupés comme dans les pendants du Musée de Berlin où V Amour au Théâtre italien fait la nique à l’Amour empanaché du Théâtre français. Observons qu'à la différence de Lancret ou de Coypel, \\ a t te au n'illustre jamais une scène du répertoire : il ne retient que les figurants et leurs défroques.
Le Louvre possède le chef-d'œuvre de ce genre : le fameux Gilles ou plutôt le Pierrot de la Collection Lacaze, tableau d'une dimension exceptionnelle, qui montre que Watteau, contrairement à ce que croyaient
Piiot. Hanfstaengl.
Fig. 69. — Antoine Watteau: Le Camp volant.
(Musée de l'Ermitage, Pétersbourg.)
Voltaire et Caylus, était capable de peindre de grandes figures. Chose curieuse, cet ouvrage capital n'est mentionné nulle part au xvme siècle : son authenticité n’est cependant pas douteuse; car la Colombine du second plan est gravée dans le recueil de Jullienne. D'ailleurs la qualité de la peinture est telle qu'on ne saurait l'attribuer à aucun autre maître. Coiffé du serre-tète traditionnel et d’un feutre gris, Pierrot, tout de blanc vêtu, se tient debout, les bras collés au corps, sur un tertre derrière lequel dévale la troupe moqueuse de ses camarades: le docteur à califourchon sur un âne, Colombine et Mezzetin. La blancheur immaculée de son costume de satin, avivée seulement par les bouffettes roses des escarpins, se dore sous la lumière et se marie par de délicats reflets aux tons du paysage.
HISTOIRE DK L’ART
fêtes galantes. — C’est ainsi que les Procès-Verbaux de l'Académie désignent le Pèlerinage à l'île de Cythère, le morceau de réception présenté par Watteau en 1717: source d’un genre entièrement nouveau dont Pater et Lancret allaient exploiter le succès et qui exprime merveilleusement 1 idéal de la société française sous la Régence.
Des scènes de comédie aux Fêtes galantes, la transition est presque insensible. Nous y retrouvons le même dédain du sujet anecdotique.
I ous les titres sous lesquels nous connaissons ces tableaux :
La Fêle d'amour, Les Champs- Elysées, Les Amusements champêtres, ont été inventés par les graveurs. Watteau n'en cherchait pas si long. Sur une quittance du duc d'Orléans que nous avons conservée, il signe un reçu pour un tableau qui représente un jardin avec huit ligures. Caylus n'arrivait pas à s’expliquer « ces peintures sans prétexte et sans intention, sans autre raison d’être qu’une disposition momentanée de l’âme » ; il demande une intrigue et un scénario à ce qui n'est qu’un groupement de motifs pittoresques, une musique.
Dans ces Fêtes galantes, il n’y a pas trace de libertinage. Ce sont les imitateurs de Watteau (pii introduiront ce piment. Sa sensualité, toujours voilée de mélancolie, est aussi loin de la franche gaillardise de Frago que des polissonneries sentimentales de Greuze. Les nus sont très rares dans son œuvre; on n’en pourrait citer que deux ou trois, d’ailleurs exquis : la Diane au bain (Collection Groult), la Toilette (Wallace Collection) et son pendant, \e Lever, qui est la perle de la collection de la Princesse de Poix.
Parfois Watteau nous présente un de ses personnages à part comme le Mezzetin et le Pierrot de sa troupe de comédiens : témoins Y Indifférent ou la Finette du Louvre, pimpantes poupées de salin aux reflets changeants. Mais le plus souvent il les groupe à l’ombre de grands arbres frissonnants ou devant les frondaisons rousses d'un parc automnal ( Assemblée dans un parc).
Phot. Anderson.
Fig. 70. — Watteau : La Toilette.
(Wallace Collection, Londres.)