LES DÉCORATEURS
Les principaux représentants de la « grande peinture » au début du règne de Louis XV sont, par ordre de naissance, J.-F. de Troy, .L-B. van Loo, F. Lemoine, Ch. Coypel et Xatoire.
J kan- François dk Troy (I079-I752L — II était fils du portraitiste François de Troy, ce qui facilita beaucoup sa carrière. En 1690, il fut envoyé en Italie par son père et fit un long séjour à Borne et à Bise. Il devait y revenir à la fin de sa vie comme directeur de l’Académie de France à Borne, où il remplaça Wleughels en I75S. Mais sa formation ne fut pas exclusivement italienne. Il professait les mêmes admirations que W atteau : « Je lui ai entendu dire, rapporte le sculpteur Caffieri, qu'il avait toujours regardé Rubens et Yéronèse comme ses maîtres, particulièrement le dernier ».
J.-F. de Troy est un talent facile, aimable, souvent séduisant, mais
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peu personnel. Dans tous les genres où il s’est essayé, il donne l'impression d’être le reflet d’un de ses confrères. Dans son Ex-vulo à sainte Geneviève, commandé en 172G par le Corps de Ville de Paris, il se mesure avec Largillierre qui avait peint trente ans auparavant le même sujet. 11 est aisé de comparer les deux œuvres qui sont exposées l’une en face de l’autre dans le vestibule du Petit Palais. La donnée est identique.
C’est une composition à deux registres : en bas, les échevins à genoux dans leurs somptueuses robes mi-parties;en liant, une apparition céleste.
Même défaut de liaison entre les deux étages ; plus d’aplomb, plus d’équilibre cbez Largillierre; en revanche le coloris de de Troy est plus chatoyant.
L’année suivante, en 1727, il se mesurait avec son rival Fr. Lemoine dans un concours institué par le roi pour exciter l'émulation entre les artistes et tenir lieu du Salon, qui ne devait être rétabli que dix ans plus tard. I)e Troy présentait le Repos de Diane ,
Lemoine, la Continence de Scipion. Le prix fut
partagé également entre les deux toiles, qu’on a réunies au Musée de Nancy.
Quelques années plus tard, c’est à Lancret que de Troy lançait un défi en peignant pour les petits appartements de \ ersailles un Déjeuner d'huîtres qui fait pendant au Déjeuner de jambon. Les deux tableaux sont à Chantilly.
Ce mimétisme excessif n'empêche pas J. -F. de Troy d’être un 1res bon peintre, qu’on souhaiterait de voir mieux représenté au Louvre où
Phot. Giraudon.
Jean-François de Troy : Le Déjeuner d’huitres,
(Musée Condé, Chantilly.)
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l’on ne regarde guère, à la hauteur où ils sont juchés, son Chapitre de I Ordre du Saint-Esprit et son Evanouissement d 'Est lier. Il apparaît plus à son avantage dans les musées de province et de l’étranger.
Marseille possède son grand tableau de la Peste (1 7k22), gravé par Thotnassin, Angers, sa charmante Bethsabée au bain (1727), qui faisait pendant à la Suzanne du Musée de Rouen. I n peintre de mœurs d'une rare séduction se révèle dans le Jeu du pied de bœuf (la main chaude), spirituellement gravé par Ch. -N. Cochin le père, le lietour du bal, gravé par
Beauvarlet, et dans deux ravissants tableaux passés en Angleterre : la Surprise, du South Kensington Muséum, et, à la National Gallery, I ne lecture de Molière ( 1 740), au milieu d'un cercle de jolies femmes blotties dans de vastes bergères basses, presque sans pieds. M. Brièrc a signalé en Suisse, au Musée dt* Neuchâtel, quatre grandes toiles représentant des scènes de l’histoire romaine, exécutées par l artisteen I7‘28 pour la galerie de l’hôtel du tinancier Samuel Bernard, et au Musée de Bàle une Diane surprise par Actéon I 7 T» 4 , qui rappelle le Repos de Diane du Musée de Nancy.
Les œuvres les plus populaires de J.-F. de Troy sont ses cartons de tapisseries. D’après son biographe, le chevalier de Valory, « sa célérité le lit agréer pour faire des tableaux propres à être exécutés par les Gobelins ». Il commença par composer V Histoire d'Esther en sept tableaux1, qui furent gravés par Beauvarlet en contre-partie. Le succès de cette tenture détermina le directeur des Bâtiments Orry à lui commander en 1 7 iü Y Histoire de Jason, composée également de sept pièces : ce sujet tiré des Métamorphoses d’Ovide avait déjà été proposé à Oudrv en 17Û7 pour la manufacture de Beauvais.
1. lieux de ces cartons sont exposés au Louvre; les cinq autres, au Musée des Arts Décoratifs.
IMtoL Giraïuton.
Fiü. 78. — Jean-François de Troy La Toilette d’Esther. I7»8. (Musée du Louvre, i
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Jean-Baptiste van Loo (1084-1745). — Il est le type de ces artistes hybrides et nomades dont le xvme siècle fournit tant d’exemples. Sa famille était d’origine hollandaise, mais son père s’élail fixa'* en Provence, et c’est à Aix qu’il naquit. De 1712 à 171!), il mène une vie errante à Nice, à Gènes, à Rome et à Turin. 11 entre au service du duc de Savoie, qui lui fait peindre deux plafonds au château de Rivoli; en 1719, il rejoint à Paris le prince de Carignan qui le loge dans son hôtel de Soissons. A la fin de sa vie, il émigre à Londres où il séjourne quatre ans, de 1738 à 1742. Ses (ils passent également à l’étranger :
Louis -Michel devient premier peintre du roi d’Espagne, et Charles- Amédée, premier peintre du roi de Prusse.
Jean-Baptiste van Loo est un peu noyé au milieu de cette dynastie d’artistes, dont le plus illustre représentant devait être son frère Carie, plus jeune que lui de vingt ans. Il a pratiqué à la fois la peinture d’histoire et le portrait.
Il fut chargé de restaurer à Fontainebleau les fresques du Primatice.
Son tableau de l'Institution de l'Ordre du Saint- Esprit par Henri III fait pendant, au Louvre, à
celui de J. -F. de Troy qui représente le Premier Chapitre de l'Ordre tenu par Henri IV. L’Ermitage possède son Triomphe de Galatée, que Diderot procura à Catherine IL
Fig. 79.
Phot. Alinari.
François Lemoine : Hercule et Ornphale, 1724. (Musée du Louvre.)
François Lemoine1 (1088-1757). — Le plus brillant décorateur de ce temps est un disciple des Vénitiens. Beau-fils de Robert Tournières, il avait appris le rudiment chez Galloche et les Boullongne. Mais ses véritables maîtres furent Sebastiano Ricci, pasticheur de Véronèsc, et
1. Son nom est souvent orthographié Le Moyne; mais la forme Lemoine est préférable» parce qu’elle est la plus usuelle et le différencie de son homonyme le sculpteur Lemoyne.
HISTOIIŒ Di; L’ART
Antonio Pellegrini, le beau-frère de Rosalba Carriera, qui était venu peindre, en 1720, dans l'hôtel de la Banque Royale de Law (aeluellenient la Bibliothèque Nationale), « il sof’fito délia gran sala del Mississipi ». Lemoine ne lit que tardivement le voyage d’Italie en 172." : Pierre de Gortone et Francesco Solimena n’ajoutèrent presque rien à ce (|ue lui avaient enseigné, à Paris même, les décorateurs vénitiens.
Dans ses tableaux de chevalet : I Hercule et Omphale du Louvre (1724), Versée et Andromède (Wallace Collection , la Continence de Scipion 1727, Nancy), ténus et Adonis 1720, Stockholm , on admire un coloris chaud, des demi-teintes ambrées, des nus pétris de lumière, que Boucher imitera plus tard sans les surpasser. Mais sa grande ambition était de peindre de « grandes machines » décoratives, et c’est là-dessus qu'il convient de le juger.
Bien que le plafond de la Banque Royale eût été commandé à Pellegrini, Lemoine, «< toujours porté au grand par l’envie de primer », peignit une esquisse pour cette même galerie. Il n’avait voulu, raconte son biographe Oaylus, « que donner des preuves de sa capacité, les répandre par la gravure et faire sentir indirectement qu'il était injuste de donner à des étrangers des ouvrages que les gens de la nation pouvaient exécuter ».
Attentif à chercher les grandes entreprises, il décora, en 1 727», pour une somme médiocre, le plafond du chœur de b église de> Jacobins, au faubourg Saint-Germain c’est l'église actuelle de Sainl-Thomas-d’Aquin . et, en 1701, il peignit à fresque une Assomption à la coupole de la chapelle de la \ ierge, à Sainl-Sulpicc.
Son œuvre maîtresse est, à Versailles, h* plafond du Salon d Hercule, auquel il travailla quatre ans et qui fut découvert, en 1700, en présence «lu roi. La renommée de ce chef-d'œuvre balança au xvui* siècle celle de la fameuse coupole du Yal-de-Gràce, célébrée jadis par Molière. « Il n'y a guère dans l'Europe, écrit Voltaire, de plus vaste ouvrage de peinture que le plafond de Lemoine, et je ne sais s'il y en a de plus beau. »
Dans une description qu'il lit distribuer aux gens de la cour, Lemoine prend soin d’expliquer ses intentions. « L'amour de la vertu élève l'homme au-dessus de lui-même «d le rend supérieur aux travaux les plus difficiles ; les obstacles s’évanouissent à la vue des intérêts de son roi et de sa patrie. L’apothéose d Hercule nous a paru propre à développer celle pensée. » Debout dans un char que conduisent des génies, le héros est présenté devant Rassemblée des dieux à Jupiter (pii, pour le récompenser de ses travaux, lui donne la déesse de la jeunesse, Ilébé.
La difficulté était grande de peindre dans une pièce aux jours faux une composition de cette ampleur, dont l'ordonnance n'est interrompue par aucun membre d’architecture vrai ou supposé. Lemoine réussit à en
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triompher. Ce vaste plafond, aux tons clairs, peint à l’huile sur des toiles marouflées, s’harmonisait à merveille avec le grand Cenacolo de Veronèse : le Repas chez Simon le Pharisien , qui décorait, dans une riche bordure de Vassé, un des côtés du salon. Mais le moment des grandes peintures était passé. Ce plafond, qui rivalise avec ceux de Le Brun dans la Galerie des Glaces, fait l'effet d’un anachronisme dans le siècle des trumeaux et des dessus de portes.
Ce grand effort valut à Lemoine le brevet de Premier peintre. Mais
Phot. Giraudon.
Fie. 80. — François Lemoine : Esquisse de plafond pour la Banque Royale.
(Musée des Arts Décoratifs, Paris.)
il n’en jouit pas longtemps. Sa raison s'altéra. Quelques mois après, le 4 juin 1757, il se suicidait: on le trouva étendu tout sanglant dans sa chambre, percé de neuf coups d’épée.
Charles-Antoine Coypel (1694-1752). — Sa succession échut à Charles Coypel, héritier d'une dynastie qui avait déjà produit trois peintres de renom : Noël Coypel et ses deux fils, Antoine et Noël-Nicolas (1692-1755). Ce dernier, issu d'un second mariage, appartient à la même génération que son neveu Charles. Il collabora avec le sculpteur .Jean- Baptiste Lemoyne, qui a modelé son buste, à la décoration de la chapelle de la Vierge dans l’église Saint-Sauveur. D'Argenville loue la fraîcheur admirable et la légèreté d’exécution de ce décor qui représentait Dieu le
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Père dans une gloire. « Les connaisseurs et les plus habiles peintres ont tous admiré la science et l'effet de ce plafond et l'ont estimé le plus savant dans l’art de la perspective qui se voie dans Paris. »
La carrière brillante de Charles Coypel, qui fut successivement Premier peintre du duc d’Orléans cl Premier peintre du roi, a rejeté dans l’ombre l’œuvre de son oncle. 11 ne lit pas le voyage d'Italie, ce qui lui permit de brûler les étapes. Il avait à peine vingt et un ans lorsqu’il fut reçu, le 51 août 1715, à l’Académie.
Aussi bien doué comme littérateur que comme artiste, il hésita un
Phot. Giramton.
Fie.. 81. — Charles-Antoine Coypel : Persée délivrant Andromède. 1"‘27.
(Musée du Louvre.)
moment entre la vocation d’auteur dramatique et celle de peintre. Lu I72(‘>, il lit représenter devant le roi les Folies de Cardenio , pièce héroïcomique dont le sujet était emprunté à Cervantès. Son théâtre comprend trente et une pièces, presque toutes inédites, dont les manuscrits sont conservés à la Bibliothèque Nationale.
L'insuccès de ses pièces le rejeta vers la peinture. Mais on y retrouve partout l'influence de la scène. Il suffit de voir au Louvre son Persée délivrant Andromède (1727) pour se rendre compte du caractère théâtral (h* ses «euvres où les arrangements, les gestes, les expressions sont empruntés aux comédiens français. On peut dire de lui ce qu'on reprochait déjà à son père: « Grand ami du comédien Baron, il le consullait sur le> altitudes qu'il devait donnera ses ligures et travestissait les héros de l'antiquité en héros de théâtre ».
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Une autre preuve de cette influence est le nombre de ses portraits d’acteurs. Brevet a gravé son pastel (Y Advienne Lecouvreur dans le rôle de Cornélie : les yeux levés ail ciel, elle presse sur son sein l'urne cinéraire de Pompée. L'actrice Charlotte Desmares , celle-là même qui inspira à Watteau Y Embarquement pour Cythère, revit dans un autre portrait gravé par Lépicié. Le Louvre possède un de ces portraits de théâtre : celui du chanteur Jéhjotte, grimé en femme, avec un semis de mouches assassines sur son visage fardé.
Si ses tableaux sont aujourd'hui peu prisés, sa réputation survit grâce aux cartons de tapisseries qu'il composa pour les Gobelins. La célèbre
Phot. Alinari
Fig. 82. — Charles-Antoine Coypel : Roland ou la Noce d’Angélique. Tenture des Fragments d’Opéra.
tenture de Don Quichotte , peut-être inspirée par une pièce tirée du roman de Cervantès, avait été commencée par le peintre de fleurs Blain ou Belin de Fontenay, successeur de Jean-Baptiste Monnoyer, et par son père, Antoine Coypel, qui exécuta huit cartons de cette série. C’est seulement à compter du dixième tableau que les paiements sont ordonnancés « au sieur Coypel fils ». Les originaux sont conservés au château de Compiègne, et la suite gravée a été publiée chez Louis Surugue. Comme dans les Portières des Dieux, d'Audran, les scènes sont de dimensions très réduites, et les bordures forment la partie la plus importante de la ta pisserie.
L’admirable tenture des Fragments d' Opéra , tissée de 1735 à 1741, se compose de quatre pièces dont les sujets sont empruntés à des opéras de Quinault : Boland ou la Noce d’Angélique et trois scènes de l’histoire d’Armide : l'Évanouissement d’Armide, la Destruction du palais
T. VII. — lu
d Armide et le Sommeil de Renaud. La tenture offerte, en 1705, par Louis X\ au marquis de Grimaldi, ambassadeur d'Espagne, décore aujourd'hui l'hôtel du baron Henri de Rothschild.
Au moment du mariage du dauphin avec Marie-Josèphe de Saxe, en 1717. une troisième suite de quatre modèles de tapisserie fut commandée à Coypel pour la décoration du cabinet de la reine de Pologne, à Dresde : c'est ce qu'on appelle la Tenture (le Dresde. Ces Scènes d'opéra, de tragédie et de comédie sont empruntées à 1 Alceste d<> Ouinault, à la Itodogune de Corneille et au Ilajazet (h* Racine, à la Psyché de Molière.
Ainsi, d'un bout à l'autre de son œuvre, Charles Coypel nous apparaît comme l'exemple le plus frappant de cette pénétration intime de la peinture el du théâtre qui caractérise l'art du xvm* siècle.
Charles Natoire 1700-1777). — Ce Ximois, élève de Lemoine, qui passa une grande partie de sa vie à Rome, d'abord comme élève I 7‘25- I7'2cS). puis comme directeur de l'Académie de France ( 1 75*2-1 7 77), est un peintre de dessus de portes, comme en réclamait l'architecture des hôtels du xviiic siècle. Le Louvre a hérité de son morceau de réception à I Académie : Vénus demandant à Yulcain des armes pour Enée. Mais e'esl seulement à l’hôtel de Soubise ( Archives Nationales H dans le ( labinet des Médailles, reconstitué à la Bibliothèque Nationale, qu'on peut juger de son talent de décorateur. Détachées des boiseries dorées dont elles sont la parure, ses peintures paraissent fades : il faut les voir dans leurs cadres chantournés.
La décoration du salon ovale «h* l'hôtel de Soubise, qui nous a été conservée intégralement, mérite d'être considérée comme un des plus parfaits ensembles de style Louis XV. Rolfrand avait divisé en huit compartiments ou panaches l'espace compris entre le plafond et les arcades : c'est dans ces cadres irréguliers que Natoire a peint les scènes principales de Y Histoire de Psyché 1757-1751)); ces sujets mythologiques, peints dans des tons chauds et enchâssés dans des bordures dorées, ont l'aspect velouté de panneaux de tapisserie.
Gomme presque tous les peintres île sa génération. Natoire travailla pour les manufactures de tapisseries. Aux (iobelius.il résuma en trois grands cartons Y Histoire de Marc-Antoine. A Beauvais, il entra en lutte avec Coypel en composant une nouvelle Histoire de Don Quichotte en dix pièces : on en peut voir les modèles au château de Compïègne el une suite complète au Musée de tapisseries d’Aix-en-Provence. Elle se distingue de la tenture exécutée aux Gobelins d’après Coypel en ce que les alentours sont franchement subordonnés aux tableaux.
A Natoire se rattachent deux peintres de second plan : Trémolières et Subleyras. Le Poitevin Pierre-Charles Trémolières 1705-175!)) exécuta
LA PEINTURE FRANÇAISE HT
plusieurs dessus de portes à 1 hôtel de Soubise et fut chargé «h* dessiner pour les Gobelins les cartons d’une tenture qui devait représenter les Quatre àf/es du Monde. Mais il était phtisique connue Watteau, et la mort le surprit a trente-six ans, avant (pi il eût donné sa mesure. « Il avait amasse les matériaux, gémit sur un ton d élégie son biographe Caylus ; il entrait dans l'àge on l’on bâtit. »
Son beau-frère, Pierre Subleyras (1699-1749), était un Languedocien, ne a Uzes, tonné a loulouse sous la direction d Antoine Rivalz. Il passa toute la fin de sa vie à Rome, où il s’était fixé en 1728. Le Louvre pos-
sède ses œuvres les plus célèbres : La Madeleine aux pieds de Jésus chez le Pharisien, grand tableau en largeur destiné au réfectoire du couvent d’Asti en Piémont el signé P. Subie pr as Uticiensis dinxit lionne, 1759, et l’esquisse du fameux tableau de Saint-Pierre de Rome, la Messe de saint Basile (MAS), qui, par une faveur exceptionnelle, fut traduit en mosaïque de son vivant dans les ateliers pontificaux.
Charles Parrocel (1088-1 752). — Charles ParroceL qui se spécialisa comme son père dans la peinture de batailles, esl un des peintres caractéristiques de celte époque. « Son goût, raconte son biographe Cochin, le portait à la couleur, et les maîtres qui le touchaient le j > 1 n s étaient les coloristes tels que Rubens et Van Dyck. »
Pour connaître à fond le détail des équipements et des uniformes, il crut nécessaire de servir pendant quelques années dans la cavalerie.
1' kl 8.). — Charles Parrocel: L’Entrée de l'ambassadeur turc dans le Jardin des Tuileries, 17‘21 .
(Musée de Versailles.)
De l'avis de tous les contemporains, personne n’a mieux <pie lui dessiné les chevaux.
Ses dons de coloriste et ses connaissances hippiques trouvèrent l’occasion de se déployer avec éclat dans un grand tableau qui représentait Y Entrée de l'ambassadeur turc Mehemet Effendi dans le jardin des Thuilleries par le pont tournant.
Cette entrée solennelle de Mehemet Effendi avait eu lieu en 17k21. « Elle fut pompeuse et d’autant plus favorable pour la peinture, écrit Cochin, que l’ambassadeur la fit à cheval et que les habillements des Turcs sont pittoresques et magnifiques. M. Parrocel lit alors un tableau de ce riche spectacle qui fut universellement admiré et qui est un des plus beaux morceaux qu’on puisse citer en ce genre. Quoiqu'il soit placé à Versailles vis-à-vis d’un des chefs-d’œuvre de Van der Meulen, cette concurrence ne le détruit pas, et, si l'on admire dans ce dernier quelques détails rendus avec plus de finesse, M. Parrocel, d’autre part, l'emporte par le feu de l’imagination, par la vigueur du coloris et par le large du pinceau. »
Le duc d’Antin ayant conçu que cet événement de l'histoire du roi peint en grand produirait des tapisseries intéressantes ordonna à Parrocel trois tableaux de divers moments de ce sujet : l’arrivée de l'ambassadeur dans le jardin des Tuileries, son entrée dans le palais et sa sortie après l’audience. Deux de ces cartons seulement furent exécutés.
En 1744 Parrocel fut chargé par le roi de suivre l’armée en Elandre et de peindre les conquêtes de Sa Majesté pour la galerie du château de Choisy. 11 ne termina qu’un seul tableau de ce cycle : la Bataille de Fontenop.
Son œuvre est en somme peu considérable. Mais son tableau du Louvre : Une halte de grenadiers de la Maison du liai, comme sa turquerie de Versailles justifient l’admiration des contemporains pour sa manière fière et décidée, pour son trait d'une certitude et d'une franchise étonnantes, pour son coloris vigoureux, — malheureusement compromis par l'usage excessif de l’huile grasse, — pour un feu, une furia, qu'il devait peut-être à ses origines méridionales et < j n i le distinguent du placide Flamand Van der Meulen.
Son cousin Ignace Parrocel (1688-1 7 k2k2), qu’il ne faut pas confondre avec lui, travailla surtout à Vienne, en Autriche, pour le prince Eugène < I ii i lui fit peindre ses victoires dans son palais du Belvédère.
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