I. Tonif IV, lr'’ parlie, chapitre I. p. iâ
L’ARCHITECTURE ET LA SCULPTURE EN ITALIE
moment que nous ayons dans toute l’Italie comme une reprise de l'art du xve siècle. Après l'influence antique, après ce règne de la force, cette prédominance presque exclusive de la musculature qui empoisonne l'art du xvie siècle, c’est la tendresse du cœur qui réapparaît : putti et madones, charme de l’enfance et beauté de la femme, tout ce que l’homme a de plus cher au monde renaît pour le charmer. Les anges, agenouillés dans, l’ardeur de leur adoration, rappellent ceux de Matteo
Phot. Istituto italiano d’arti grafiche.
Fig. 94. — Église Sainte-Marie-des-Anges, à Rome. Décor de la grande salle.
par Vanvitelli.
Ci vitali , les Vierges sont sensibles et aimantes comme celles des délia Robbia, les enfants, redevenus de vrais enfants, nous tendent leurs pet ites mains, et l’âme de Donatello réchauffe à nouveau les cœurs que le xvie siècle avait glacés. Les saints ne font plus parade de leurs muscles comme des guerriers ; plus chrétiens, plus humains, ils souffrent, et ils aiment, nous disant que l'amour est la consolation suprême des souffrances de la vie.
En réaction contre le xvie siècle, à Rome l'art du xvme, continuant et accentuant les tendances du xvne, sera particulièrement chaste : il évitera la nudité, surtout la nudité de la femme.
La sculpture prend de ce fait une orientation particulière: elle est l’art des draperies plus que celui des corps, et de là viennent la plupart
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de ses mérites el <le ses défauts : élégance et finesse ou lourdeur et surcharge. De là aus>i, sans doute, vient cet amour des pot i t s enfants «pii apparaissent innomhraldes dans les œuvres du xvm* siècle, et que les sculpteurs ont aimés pour le charme de leurs petites chairs nues formant un délicieux contraste au milieu du froissement des étofTes.
I n autre caractère de la sculpture du xvm" siècle, résultant de procédés techniques, est l'emploi de plus en plus général que l’on va faire
des stucs. S’associant aux peintres qui couvrent de fresques les voûtes des églises et des palais, mélangeant intimement leur œuvre à la leur et à celle des architectes, les sculpteurs contribuent à réaliscrces gigantesques compositions peintes et sculptées «pie nous montrent les monuments du xvm* siècle.
Au début du siècle, entre les mains des successeurs immédiats du Bernin : Ercole Ferrata, Guidi, Husconi, etc., la sculpture est encore en général un peu lourde. On en jugera par exemple par les statues de la grande nef de Saint-Jean-dc-Lalran.
Toutefois, le plus grand sculpteur de ce moment, Le Gros, un Français italianisé, se montre moins épris de force, plus imprégné de tendresse «|ue ses contemporains: il passa sa vie au service des Jésuites, et il a dit tout ce qu’ils ont désiré dire. Parmi ses œuvres, il faut citer le groupe si dramatique de la lielifjion chassant l'Erreur, à l’autel d<‘ Saint- Ignace du Gesù, et, dans l’église Saint-Ignace, le grand bas-relief de la Glorification du saint , où tout, soit dans la figure du jeune saint, soit dans les anges «pii lui font cortège, exprime la joie céleste «pie la religion réserve à ses élus. Et c’est enfin la tombe «le Grégoire XV, tombe triomphale, plus somptueuse encore «pie celles «pie le Bernin et ses élèves avaient conçues, «‘livre purement sculpturale, où Le Gros renonce aux «déments architecturaux pour obtenir tous ses effets avec <l«‘s statues dont la blancheur se détache sur un fond de riches draperies : c’est le plus
Phot. Moscioni.
l ie,. 95. — Pietà, par Montant i.
(!Ï;rlise Saint-Jean-de-Latran, Home.:
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beau monument, et le plus original qui ait été fait entre la tombe d’Alexandre VII du Bernin et celle d’innocent XII de Fuga.
Ou peut reprocher pourtant à la tombe de Grégoire XV quelque excès théâtral. Dès le début du xvnUsiècle, Home nous montre des œuvres d’un art plus sensible et beaucoup plus fin. J eu veux citer deux particulièrement caractéristiques.
La Pietà de Montauti est une œuvre que la critique semble ignorer, sans doute parce que pas assez classique et trop émotive. Mais le peuple, dans sa simplicité naïve, ne s’y est pas trompé et lui a donné une popularité «à laquelle seule celle de la Sainte Cécile de Stéphane Maderne peut être comparée. C’est une œuvre très savante et très profondément émue. Comme la douleur est exprimée d'une façon attendrissante dans cette Vierge qui pleure son tils, et dans ce corps du Christ si jeune, si beau, si étonnamment réaliste ! Comment un artiste tel que Montauti, dont nous ne connaissons, pour ainsi dire, aucune autre œuvre, a-t-il pu faire un tel chef-d’œuvre? Il est difficile de l’expliquer, et l’on est conduit à attacher une
par Francesco Siciliano.
grande importance à la tradi- (Église Santa Maria sopra Minerva, Rome.)
lion qui veut que le Bernin ait
donné le dessin de ce groupe. Je serais disposé à accepter l'hypothèse d'un dessin du Bernin, exécuté après sa mort par un artiste qui aurait peu vécu, et qui aurait eu le génie d'ajouter à l’art du Bernin quelque chose de plus jeune et de plus tendre : lame sensible d’un homme voué de bonne heure à la douleur et à la mort.
La deuxième œuvre que je citerai, non seulement en raison de sa beauté, mais en raison de son caractère très individuel, est une Sainte Famille de Fr. Siciliano, qui se trouve à Santa Maria sopra Minerva. Ce qui frappe tout d’abord, c'est la figure de la Vierge; par l'intensité de sa pensée, par l’émotion, elle fait songer en même temps à Michel-Ange et à Léonard. Et quel charme dans les figures poupines de ces petits enfants, si vrais, si loin de toute convention, de toute forme tradition-
nelle, si charmants, avec leurs attitudes et leurs gestes naïfs, dans la réalité de leur personnalité! Et quel art de rendre, comme le ferait un sculpteur moderne, par des traits souples (“I voilés, 1rs figures où la vie na pas encore mis la rudesse des formes! Comme détails de facture,
on remarquera le dessin des yeux et des lèvres, et l’étonnante habileté avec laquelle, dans une large masse, est indiquée par (juelques rares traits de ciseau la légèreté des chevelures.
Le groupe tout entier est « bloqué », suivant la t radition miclielangelesque.
Xe devrait-on pas étudier avec j >1 ns d'amour un siècle qui nous réserve des surprises semblables?
Bien des statues du xvme siècle n'ont sans doute pas la valeur individuelle de celles-là ; mais, par le charme de leurs lignes et la grâce de leurs attitudes, elles contribuent à compléter les ensembles dont elles font partie. Combien pourrait-on citer d intérieurs d églises ou de palais, qui, dépourvus de leur statuaire, perdraient la moitié de leur beauté ?
Un des plus jolis exemples de ces ensembles sculpturaux est la chapelle du Mont-de-Piété, à Rome, chapelle peu connue, charmante cependant, avec le bel effet de lumière venant d’en haut (d la polychromie de ses marbres, et digne d’être classée parmi les belles œuvres de Rome. C'est une reprise de la chapelle Chigi. du Bernin, à Sienne : uni' chapelle ronde surmontée d’une coupole, et que décorent quatre grandioses bas-reliefs séparés par quatre niches contenant des statues de I Crins, œuvres de Moderali, Maz/.uoli, Camelli et Cornacchini. Nous pouvons remarquer que chacune de ces Vertus est accompagnée d un groupe d’enfants : s'il est naturel et tout à fait dans la tradition de
Phot . corom. pai H Indi é Michel Km. 9". — L’Espérance, par Cornacchini.
(Église du Mont-de-Piété, Home.)
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voir trois enfants aux pieds de la Charité, il est moins normal d’en trouver deux aux pieds de l’Espérance et de la Foi. C’est là un exemple de celte prédilection que nous avons signalée chez les artistes du xvuie siècle pour les petits enfants. Notre gravure de la statue de V Espérance montre l’élégance de l’œuvre de Cornacchini et laisse deviner le joli goût décoratif de la chapelle.
Nous trouvons de délicieux enfants aussi à la chapelle Corsini de Saint- Jean-de-Latran, autre exemple d’un rtionument où l’architecture et la sculpture s’associent intimement et contribuent pour une égale part à l'harmonie de l’ensemble. De nombreux sculpteurs ont travaillé pour cette chapelle, notamment Cornacchini, Maini, Lironi, Rusconi, Monaldi,
Valle.
Valle mériterait d’être étudié spécialement, comme étant un des maîtres les plus représentatifs de l'art du milieu du xvme siècle, de cet art qui repousse les complications excessives et
vise surtout à la linesse et à la distinction. 11 a laissé à Rome deux œuvres qu’il faut mettre hors de pair : le bas-relief de Y Annonciation, et le tombeau d’innocent XII.
L 'Annonciation, qui décore un des autels du transept de l’église Saint-Ignace, peut être considérée comme le point culminant de l’art du bas-relief. Cet art admirable, créé par Donatello et Ghiberti, avait été renouvelé par l’Algarde, qui avait donné à ses œuvres des dimensions et
Phot. Alinari.
Fig. 98. — Tombeau d’innocent \II. par Fuga et Valle. (Église Saint-Pierre de Punie )
une puissance inconnues jusqu'alors. Valle, après Le Gros, reprend cel art de l'Algarde, mais il l’affine; avec moins de saillie dans les reliefs, avec des formes plus légères et plus séduisantes, il retrouve l’élégance du xvc siècle. La grâce des attitudes, la souplesse du dessin, l'habileté de la facture sont admirables ; l'art de la composition ne l'est pas moins.
Cette scène de l'Annonciation, qui presque toujours avait été traitée d'une manière très simple, comme un motif à deux personnages, dans une conception que I on pourrait appeler terrestre, prend ici un développement surnaturel et triomphal. A côté de l'Ange et de la \ ierge apparaissent, dans l’éblouissement des rayons de l'Esprit Saint, les êtres invisibles du Ciel venant assister au grand événement qui va transformer le monde. Entre le messager céleste et la Vierge un groupe d’anges les unit, et c’est une merveille, et je ne sais rien de plus séduisant que ces petits enfants qui regardent avec tant de joie, d'étonnement et de respect, la femme appelée par Dieu à une aussi haute mission. Plus haut, la joie se reflète sur la figure de Dieu le Père entouré de chérubins. El, sur tous ces motifs traités en demi-teinte, comme ressort nettement le groupe de l’Ange et de la Vierge! Comme tout est chaste et chrétien! Le xvme siècle, si tendre, si sensible, a pu, à de certains moments, trouver dos accents qui correspondent à ce qu'il y a de plus profond dans la religion : à l'amour.
Non moins important que Y Annonciation est le tombeau d Innocent XII, dont l'architecture est de Fuga et les sculptures de Valle. Ce tombeau se trouve dans la nef latérale de Saint-Pierre ; il s'ordonne en hauteur dans l'espace étroit compris entre les colonnes du Bernin, et ces belles colonnes en marbre veiné l'encadrent et semblent en faire partie. La polychromie en est admirable : au rose des colonnes s'unissent, par les marbres gris du fond, les marbres orangés de la porte, le bleu foncé et l’or de l’urne, le blanc des sculptures. Au charme des couleurs s'associe merveilleusement la délicatesse tles statues. L une <1 '(‘1 1 es . la Justice , par sa finesse, son exquise distinction, prend rang parmi les plus belles statues du xviuc siècle, comme le tombeau est. dans cette église Saint-Pierre qui réunit les plus belles œuvres faites à Borne depuis plus d’un siècle, l'un des plus beaux tombeaux qu'elle possède.
A côté de Valle, il faut mentionner Michel-Ange Slodt/., Flamand profondément italianisé, pensionnaire de l'Académie de France à Borne, où il séjourna dix-neuf ans 1728-1717). Son Saint Bruno de Saint-Pierre est son chef-d’œuvre. Certes, on y chercherait en vain l'image de l'ascète qui fonda l’ordre des Chartreux, (d sans doute jamais Chartreux n'eut pour repousser l'offre d'une mitre ce geste* gracieux semblable à celui d'une femme repoussant des bijoux; mais on y voit ce qu’un bloc de
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Phot Anderson