‹ Histoire de l'art (volume 3)Chapitre 40 sur 84 · LE SUD DE L’ITALIE. LA SICILE. NAPLES · texte numérisé non relu

LE SUD DE L’ITALIE. LA SICILE. NAPLES

Le style rococo, que nous n’avons trouvé que si faiblement développé à Rome et dans les autres villes du Centre et du Nord de l'Italie, même à Turin, va nous apparaître dans toute sa splendeur au Sud de l'Italie. Et il nous y apparaîtra non pas comme une production spontanée du génie italien, mais comme un apport de l'art espagnol.

L’exemple le plus complet est la ville de Lecce, construite, pour ainsi dire, tout entière en style rococo. La perle en est l’église Santa Croce, qui date des toutes premières années du xvnT siècle : on y trouve réunies comme en un bouquet toutes les richesses décoratives des styles les plus divers, depuis l’antiquité classique, et même les arts de l'Asie, jusqu'au gothique et à la Renaissance. Elle évoque plus particulièrement les décors les plus exubérants de la fin du gothique et du début de la Renaissance : la façade de Santa Croce n'est pas si éloignée qu’on pourrait h* croire de celle de la Chartreuse de Ravie.

Il faut cilerencore, parmi les quarante églises de Lecce, celle de Santa Cliiara, dont la façade, plus architecturale, mieux ordonnée que celle de Santa Croce, est un véritable bijou par l'élégance et la finesse de son décor.

M. Paul Bourget a bien senti le charme de Lecce, et dès 1801 il l'exprimait dans ses Sensations d Italie:

« Avant d’être venu ici, je n attachais aux termes de baroque et de rococo qu’un sens de déplaisance et de prétention. Lecce m'aura révélé qu’ils peuvent aussi être synonymes de fantaisie légère, d'élégance folle cl «h* grâce heureuse. Cette ville n’est pour ainsi dire tout entière qu'une

sculpture cl qu'une mignardise L’œil est charmé jusqu'à en être ébloui,

l’esprit amusé jusqu’au ravissement par ce marivaudage de pierre qui pose comme une guipure, comme une broderie sur toute la petite ville. » L'influence de l'art espagnol s'étend non seulement sur tout le Sud de l'Italie, mais aussi sur la Sicile. A Païenne, nombreux sont les beaux décors rococo; à Modica, l’église San Pietro rappelle les plus extravagantes fantaisies de Lecce; enfin la cathédrale de Syracuse possède une

L’ARCHITECTURE ET LA SCULPTURE EN ITALIE

façade vraiment magnifique ; mais là toutefois le style italien est prédominant : à côté de 1 exubérance espagnole on trouve les puissants effets architecturaux dus à la brisure des corniches, à l’accouplement et à la superposition des colonnes ; ce sont les formes mêmes de l'art romain du xvne siècle.

Cet art où le décor lient une si large place devait susciter une importante école de sculpteurs. J'ai déjà parlé de Serpotta en étudiant le xvne siècle, et je le devais, puisqu'il esl né en ](io5, mais il appartient ] > h 1 s encore au xviii6 siècle, n’étant mort qu’en 1752. Elevé à Rome, dans l’école du Bernin, il continue son art en lui donnant une forme nouvelle, la forme même du rococo. La gravure que l’on a vue déjà (tome VI, page (iô) donne une idée de la magnificence de ses décors.

On l a appelé le Roi du ■si uc ; pour mieux le louer, il faut dire qu'il fut, avec Rubens, le Roi des petits enfants. Serpotta, d'abord un peu trop lié aux .

formes conventionnelles rapportées de Rome, un peu lourd, un peu monotone, avec trop de souvenirs de statues antiques aux hanchements trop semblables, au fur et à mesure qu'il avance en âge, va vers un art plus libre; il adopte le costume moderne, des allures plus mouvementées, plus de subtilité. Son art est le poème de l’enfance et de la femme, non pas de la sensualité

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