Façade de l'éiïl
Santa Croce
à Lecce.
Iflf,
féminine, mais <lo la grâce féminine, du charme du la jeunesse; il sait tout le prix de la beauté d une dentelle, d’un fichu noué autour du cou, do l'élégant échafaudage d une coiffure. Serpotla oublie les Grecques et les Romaines, et il se confie à son cœur pour nous dire la beauté des Siciliennes.
Pendant toute la première moitié du xvme siècle, qui vit la floraison de l’art de la Sicile et du Sud, la ville de Naples ne fut pas très prospère.
Sous la domination de la maison d Autriche, ses arts continuent à sommeiller, comme ils l avaient fait à la fin du xvnc siècle sous les vice-rois espagnols.
Mais un grand changement se produit lorsque Charles III, fils de Philippe V d’Espagne, fut, en 1 754, reconnu roi des Deux-Siciles. Sous sa royauté, Naples retrouva au point de vue architectural la splendeur qu’elle avait connue au xivp siècle, avec la maison d’Anjou, et au xve, avec la maison d’Aragon.
L’œuvre capitale de Charles 111 fut le
Pliot Vlinai i
I'k;. 117. — Façade de l’église Santa Cliiara, à Lecce. palais de Caserte. Ce
n'esl plus ici une de
ces \ illas charmantes, mais modestes, telles que les construisaient les Médicis en Toscane, ou les grands seigneurs vénitiens sur les rives de la limita, ni une de ces demeures (tins importantes, mais plus sévères, des papes et des cardinaux aux environs de Rome: pour la première fois, c’est en Italie une demeure royale, faite pour loger toute une cour, avec les agréments d’un immense parc ; c'est le N ersailles de 1 Italie.
L entrée du château de Caserte et son grand escalier sont particulièrement célèbres : le château, construit sur un plan rectangulaire, avec une longue façade de deux cent cinquante mètres, (‘si travers)', de part mi part, parmi large portique orné de colonnes, s'ouvrant en son milieu
L’ARCHITECTURE ET LA SCULPTURE EN ITALIE
en un grand espace polygonal. De là, la vue s’étend d’un côté sur l’avenue d entrée, de 1 autre sur le parc, sur ses prairies, ses bois, ses eaux et ses cascades, et, sur l'un des côtés, s’ouvre le grand escalier à deux rampes, qui, montant au premier étage, conduit à un magnifique vestibule orné de vingt-quatre colonnes de marbre, sur lequel s’ouvrent la chapelle, très richement décorée, et, de chaque côté, les appartements. Rarement de plus grandioses formes architecturales se sont unies à un plus riche emploi de beaux matériaux. Vanvitelli,que le roi Charles III avait fait venir de Rome après ses beaux travaux à Sainte- Marie -des -Anges, se montra digne de sa confiance, et lit pour lui le plus beau palais de l'Italie.
L’église de l Annunziata 1760-1782), à Naples, est également l’œuvre de Yanvitelli, et c’est encore un chefd'œuvre. Dans une harmonie blanche et grise, la nef, sur laquelle s'ouvrent de petites chapelles carrées, est ornée de colonnes co- IT<;. 118.
rinthiennes cannelées
entre lesquelles se trouvent des statues d'un ravissant rococo. Le chœur est d'un très bel effet, avec son autel dont les colonnes rappellent celles de la nef; mais la merveille, c est la coupole, avec son haut tambour où s ouvrent huit fenêtres séparées par des groupes de colonnes, cl surmontées par des guirlandes soutenues par de grandes figures sculptées.
Du même artiste et appartenant au même goût architectural, nous citerons encore l'église de Santo Spirito, où 1 on trouve pourtant des formes un peu plus grosses, un peu plus voisines de 1 art baroque.
Phol. Alinari.
Façade de la cathédrale de Syracuse.
L éludé de la sculpture a Naples nous conduit à examiner un groupe (I œuvres assez, étranges H sur lesquelles il faut s’arrêter un instant pour ni comprendre le caractère: ce sont les statues rassemblées à la chapelle San Severo, le Disinganno, de Oueirolo, la Pudeur, de Corradini, et 1<* (dirisl, de Sammartino, aboutissement extrême de toutes les virtuosités de facture, hiles eurent un prodigieux succès, et, depuis leur apparition,
la sculpture italienne, au grand détriment de sa réputation, s’attarda trop souvent à des recherches analogues, «pii deviennent fort déplaisantes entre les mains de médiocres ouvriers.
Malgré les réserves qu’appellent de telles œuvres, il faut savoir les regarder et les comprendre. Le Disinganno de Oueirolo, cet homme se dégageant d'un filet, symbole de l’erreur qui l’opprimait, c’est vraiment un chef-d’œuvre, et, je le < I i s, non pas malgré son habileté, mais en raison même de son excès d habileté. C’est un modèle de pittoresque, avec le traitement si varié des mailles du filet, l’adroite interprétation des accessoires, et l’opposition de la jeunesse souriante de l’ange avec les traits virils de l’homme. Dans ce siècle où bien des sculpteurs se sont un peu confinés dans la représentation des figures de saints, toujours dans les mêmes altitudes, toujours enveloppés dans les mêmes lourds vêlements, cet amusement d’artiste me réjouit, comme il dut réjouir celui qui eut I esprit de I inventer.
Les deux autres statues ne sont pas à beaucoup près aussi plaisantes. La Pudeur de Corradini est un peu commune et a des formes lourdes et peu intéressantes ; on jugerait mal de la valeur de cet artiste par cette seule œuvre. Le Christ de Sammartino lui est très supérieur ; son altitude est simple et digne, et l’on doit admirer l’habileté avec laquelle l'artiste a su faire apparaître sous le linceul, par des procédés variés, les jambes, les bras, le torse et surtout la ligure. Ces deux statues sont entièrement voilées et ont, de ce fait, donné lieu à do nombreuses critiques.
Phüt. Al mari.
Fig. 119. — L’Humilité, par Serpotta.
Fragment du Décor de la Confraternité di San Loren/.o, à Païenne.
L’ARCHITECTURE ET LA SCULPTURE EN ITALIE
Bien que I on puisse remarquer que la figuration du nu sous des voiles transparents ait etc une des formes favorites de fart grec, et que, en somme, la «seule nouveauté de ces œuvres du xviue siècle ait été de voiler non seulement le corps, mais les figures, et qu’il n’y ait rien là de condamnable en soi, on peut dire pourtant que les recherches excessives dans le rendu de ces voiles transparents, et, d une manière plus générale, la volonté de virtuosité que dénotent ces œuvres, 11’étaient pas dans la
Phot. Alinari.
Fig. L20. — Grand escalier du château de Caserte. par Vanvitelli.
vraie tradition italienne. Les sculpteurs italiens, qui ont été par excellence les sculpteurs de la figure humaine, n’ont pas recherché les subtilités d’exécution autant que le firent les sculpteurs ornemanistes et notamment les sculpteurs -gothiques, et, plus que les gothiques français, les gothiques des Flandres et de l’Allemagne.
Ce goût d'un des sculpteurs que nous venons de nommer, Corradini, qui était un Vénitien, lui vint-il d’Allemagne? C’est possible; ce qui est certain, c’est que son art fut très goûté en Allemagne où il laissa la plus grande partie de ses œuvres, notamment à Dresde, où il mourut. S’il fut appelé à Naples, c’est parce (pie cette ville était alors espagnole, et était, comme l'Espagne, passionnée pour les tours de force de l’exécution.
Nous avons reproduit plus haut, comme exemple de statue voilée, la Foi, <1<‘ Spinazzi, beaucoup moins connue que les statues de Naples.
Nous rencontrons à Naples une autre série d’œuvres d'un caractère tout particulier, et dont il nous faut dire un mot : ce sont les Presepi ou crèches. On connaît ces vastes compositions où des foules de petits personnages costumés représentent les scènes d’adoration de l'Enfant Jésus ;
le Musée de Cluny nous en montre un exemplaire ; il en existe de beaux spécimens au Musée national bavarois, à Munich; Naples (“ii a conservé un magnifique à la Chartreuse de San Martine. 11 faut voir dans ces œuvres une influence de l'art espagnol qui, dans ses recherches émotives, dans son désir d’atteindre les limites du réalisme, ne s’est pas contenté de peindre ses statues. mais lésa couvertes de vêtements véritables, afin d’écarter tout ce qui évoque une idée d'interprétation et de donner à l’œuvre d'art l’illusion de la réalité.
Le Presepio de San Marti no est un chef-d’œuvre de composition pittoresque, amusant parla variété' des scènes représentées et 1 esprit avec lequel sont traités les moindres détails: tout y a été combiné pour satisfaire lame populaire, pour être compris sans effort. Si Ion songe qu aujourd hui il sut fit de mettre dans nos églises de pauvres crèches en carton et quelques poupées pour <pie le peuple s’y précipite en foule, on devine le succès qu ont pu avoir de telles œuvres, et l'on comprend que le plus grand artiste de Naples, Sammartino, n'ait pas dédaigné d'en diriger 1 exécution.
Bien (pie les œuvres dont nous venons de parler aient en Italie un caractère exceptionnel, elles appartiennent encore au mouvement de 1 art baroque et rococo. Nous allons trouver a Casertc une œuvre d un caractère tout nouveau. Au bord de la grande cascade du château, une série
IMiot. Alinari.
1 T < ; . I‘2I. — Il Disinganno, par Queirolo. Chapelle San Severo, à Naples.
(Parc du château Je Gaserte.
IIISTOIRK DE I.'AHT
de slalues, plus grandes (pie nature, représentant Diane et ses nymphes, sont disposées en groupes très pittoresques sur les rochers au milieu desquels roulent les eaux, tandis que la meute des chiens poursuivant Aetéon leur fait pendant, de I autre côté de la chute. C’est un ensemble tout à fait charmant ; en le voyant, il n’est pas possible de ne pas évoquer \ ersailles et les groupes du Bosquet d Apollon.
Cette réapparition du nu féminin dans la sculpture italienne valait d’ètre notée. Nous en citerons un autre exemple, un bas-relief de Francesco Moschino. au Musée national de Florence : Diane et Aetéon.