‹ Histoire de l'art (volume 3)Chapitre 46 sur 84 · PEINTURES AM ÉRIEL RES A · texte numérisé non relu

PEINTURES AM ÉRIEL RES A

— Les premières oeuvres de Tiepolo conservées à Venise sont deux figures A' Apôtres, qu'il peignit en 1715, à l’âge de dixneuf ans, pour 1 église de l’Ospedaletto, où l'on voit également de lui un Sacrifice d' Abraham. Le Pharaon submergé, qu'il exposa, l'année suivante, sur la place de San Rocco, semble perdu, ainsi que les dessus de porte et les tableaux exécutés à San Polo pour le doge Cornaro (qui mourut en 1722 . Un Saint Barthélemy martyr, à Sant’Eustacchio, Y Abraham visité par les Anges et YAgar au désert, à la Scuola di San Rocco, un Saint François de Faute, à San Renedetto, un Saint Jean Xépomucène, à San Polo, une Adoration de Y Enfant Jésus, à la sacristie de Saint-Marc, montrent le jeune peintre dans la dépendance encore de Lazzarini et de Piazzetta, mais se libérant peu à peu des contrastes trop violents de la lumière et de l’ombre. Le retable d'autel de Santa Maria délia Consolazione l'église de la Fava . Sainte Anne apprenant à lire à Marie enfant, est d'une mièvrerie extrême, et les nuages de théâtre qui enveloppent ou supportent les anges y paraissent bien ridicules; mais déjà le chatoiement des soieries, le gris rosé des vapeurs y annoncent les tons délicats ofi excellera Tiepolo.

Il commence à entrer en lutte avec Yéronèse dans un panneau du Palais des Doges, où Venise recuit les dans de Xeplune; les ducats qui ruissellent de la corne d’abondance aux pieds de la reine de l'Adriatique donnent cette note dominante du jaune clair, qui, mariée aux roses francs,

Phot. Alinai i.

Fig. I.">9. — La Justice, fresque de la voûte de la chapelle Colleoni (Bergame), par G. B. Tiepolo.

Phol. Anderson.

Fig. HO. — Le Banquet de Cléopâtre, fresque du palais Labia (Venise),

par G. B. Tiepolo.

aux lilas, aux blancs ardentes, illuminera désormais scs joyeuses toiles. Lorsqu’il approche de la quarantaine, il n ’est déjà plus possible d’énumérer scs tableaux de sainteté, d'histoire ou de fantaisie païenne; mais l’essentiel de son œuvre immense, ce sont les décors à fresque, répandus

à profusion dans toute la Vé-

nétie,

Dès avant \~i'2'2. il commençait le décor de l’église des Seal/.i par une Gloire de sainte Thérèse , où les anges agitent des jambes extraordinaires ; en I 7‘2(>.

il se rendait à Udine, pour y travailler au Dôme; en 1755, il y revenait, pour décorer le palais archiépiscopal. Il y laissait toute une lloraison de scènes bibliques arrangées en décors de ballet où les anges font encore des ronds de jambes et des entrechats merveilleux ; ce Sacrifice d' Abraham , cette Echelle de Jacob, cette llépudiation d'Agar , ce Jugement <le Salomon, de quelle verve, de quelle furie joyeuse de peindre ne sont-ils pas animés! Le plafond de l’église de la Purità est une féerie sous h* titre de \ Assomption ; qu'auraient dit de Tiepolo les magistrats qui autrefois condamnaient \ éronèse?

En I 7 ,-> I . Tiepolo est appelé à Milan, pour décorer, avec son compatriote Piazzetta et les Polonais Bigari et Orlandi, la maisondes Vrchinto. Il y peignit à fresque un plafond, le plus grand qu'il eût encore entrepris, où il célébra h* Triomphe des Arts. On ne l'y sent pas en possession de tous ses moyens : de galantes ligures se perdent parmi les nuages, disparaissent à demi dans I immensité du ciel. Il est plus heureux, cette même année, à Bergame. bien (pie ses grâces maniérées contrastent «d rangement avec I austérité du lieu, dans les fresques (h' cette chapelle ( .olleoni où reposaient depuis 1471» les restes du fameux condottiere. Les

Phot. Alinari.

l ie. III. — Le Martyre do saint Jean évêque, par G. 15. Tiepolo.

(Cathédrale de Bergame )

LA PEINTURE EN ITALIE

figures des Vertus de la voûte comptent parmi ses chefs-d'œuvre (fig. 1 31) ) ; quant aux histoires de la Vie de saint Jean liaptiste, elles font un peu trop songer à un Arioste poétisant des sujets pieux. Cependant le retable qu’il peignit pour la cathédrale, le Martyre de saint Jean évêque, est lumineux et tragique, dans un décor digne de \ éronèse fig. I il .

En 1 7Ô4, il décore de figures et de compositions allégoriques la villa Loschi , aux environs de \ icence, et, en I7Ü7, il revient du même côté, à San Sebasliano, pour emplir de chefs-d'œuvre la villa Yalmarana. Le

Pliot \linaii.

Fin. \'rl. — Le Charlatan, par G. I’>. Tiepolo.

(Palais Papadopoli, Venise.)

Sacrifice d Iphigénie est le thème du décor du grand salon; et toute la pompe théâtrale de l’époque y prodigue ses plus ingénieuses ressources. Mais c’est dans les quatre chambres suivantes que cet art galant et plaisant au possible semble avoir dit son dernier mot. Dans la première, de s scènes homériques : Minerve défendant Agamemnon <le la colère d'Achille, Briséis enlevée à Achille, Ulysse dans f ile de Calypso le héros médite, pensif et sombre, appuyé aux pilastres d’un portique, au delà duquel les jeux des nymphes parmi l’onde écumeuse cherchent en vain à gagner son attention . Dans la seconde, des scènes du Roland furieux : la Délivrance d'Angélique par /loyer, et les Amours d'Angélique et de Médor. Dans la troisième, des scènes de la Jérusalem délivrée : les Amours de Renaud et d Annale. Dans la quatrième, trois épisodes de V Enéide : la Rencontre de l'énus et

IIISTOIHK I)K K'AMT

'.Mil

d'Enée, Ascayne présenté à Union, Mercure apparaissant à Enèe. Homère, Virgile, Ariostecl Tasse, voilà loule la poésie é j >i< | ne chère au xvin* siècle italien, « j u i a oublié Dante; mais quelles illustrations délicieuses, et où pourrait-on trouver de plus parfaits modèles de tapisseries?

Ce ne sont point là tous les trésors que renferme celte villa trop peu connue. La maison des hôtes, la foresleria, qui l’avoisine, est une sorte de casino doid les sept pièces sont merveilleusement fleuries de toute la fantaisie du maître. De la mythologie d’abord, des ligures de dieux et de

déesses qui se profilent sur le ciel et les nuages dans les poses les plus hardies, et avec des étoffes dont les tons sombres ou lumineux, — jaunes, ou roses, ou violets, — soutiennent fortement les harmonies blondes des carnations. Puis, parmi de gracieux ornements, trois compositions larges d'un mètre, des Scènes de carnaval :

Pantalon présente ses hommages à Colombine, triomphante dans l’évasement de sa vaste jupe, et qui s’évente sous son loup de velours noir, suivie d’une troupe de masques entre les arbres. Nous voici ensuite sur la place d’une ville, où 1rs masques (‘content un chanteur ambulant, tandis qu’un grand gaillard, au premier plan, se dresse dans le domino blanc et noir, la bauta chère à Venise. Enfin c'est l’astrologue qui dit la bonne aventure à de joyeux couples; les dominos s'empressent, les éventails s’agitent, et les confidences s’échangent mystérieusement.

Exquise frivolité, tout le meilleur de l’art de ce multiple Ticpolo. Il s'y est complu : les deux toiles, signées et datées de 17àf, qui ont fait partie de la collection de la princesse Mathilde, le Charlatan sur la place publique et le Menuet, reprennent le thème avec une infinité de personnages heureux de vivre et de rire; et, en 175(>, les deux tableaux conservés au palais Papadopoli de Venise nous donnent de

Pilot. Anderson-

Page 1