AK
avec plus d’habileté. 11 les fait peupler de figures par un compatriote, décorateur d'églises et de palais, Stefano Torelli, qui l'avait précédé à Dresde en 1740, et alla mourir à Saint-Pétersbourg en 1785. C’est à Dresde qu'il faut aller pour connaître Bellotto; le Musée royal ne possède pas moins de trente-sept de ses toiles. La ville de richesse et de plaisir nous y apparaît, tantôt reflétée dans les eaux de son lleuve, tantôt déployant ses larges places devant les galeries du château, son marché neuf, la tour écroulée de l'église de la Croix; il faut y joindre les six vues
Phot. Alinari.
Fig. Î55. — Le Grand Canal de Venise, par Fr. Guardi. (Pinacothèque de Milan.)
de Pirna, qui fut, pour un temps, la seconde capitale d’Auguste III : sa Place du Marche (au Musée de Berlin) se présente comme une splendide étude d’architecture. La grande vue du Château royal de Schœnbrunn (Musée de Vienne) fait songer à ces vues de Versailles que les Martin peignirent pour Louis XIV et Louis XV. Il y a à Borne, dans la Galerie Corsini, quatre vues de Venise, où le métier de Bellotto rappelle de très près celui de son oncle; la Piazzetta surtout est une toile charmante. Mais c’est plutôt dans les deux toiles excellentes de Milan que l'on goûtera la véritable originalité du second Canaletto (lig. 154). Elles représentent la Gazzada, une belle ferme, des maisons autour d’une église, dans la campagne de Varese, qui ondule doucement sous un grand ciel clair
2 itï
jusqu'aux premiers conlreforls des Alpes; il y a là quelque chose de ce senlimenl de la terre qu'un Hobbema exj>ri me si prof'ondémenl.
Bellotlo, comme Antonio Canal, est un magnifique graveur, et l'on retrouve le charme et la netteté de ses peintures dans ses treize vues de la cité de Dresde, qu’accompagnent des vues de Varsovie, et divers paysages.
Francesco Guardi. — Un artiste admirable et modeste, qui se tint
soigneusement à l’écart de toutes les intrigues et de tous les honneurs officiels, apprécié seulement des collectionneurs étrangers de son temps, a, depuis quelques années, grandi dans l'histoire de l’art au point de dépasser les deux Canaletto; peut-être y a-t-il là quelque exagération. Francesco Guardi (171 '2- 1795) était d une famille vénitienne de peintres. Son père.
Domenico Guardi, lui enseigna les premiers rudiments de son art; son frère aîné, Giovan Antonio, continua l’enseignement, et Giambattista Tie
lui offrit d'inégalables modèles. 11 travailla chez Antonio Canal, et il ne semble point qu'il soit sorti de \ enise, sinon pour remonter la vallée de la Brenla, et pénétrer à peine dans le T y roi ; la maison toute simple où il mourut existe encore à Venise, dans la paroisse de San Canziano. Il a une façon chatoyante et nacrée de rendre le ciel et I eau, de faire étinceler ici de petits nuages, là de menues vagues serrées et rapides; sa composition, moins savamment ordonnée, moins architecturale que celle des deux Canaletto, comporte une mise en toile plus originale et plus amusante, qui semble garder quelque chose de la fraîcheur et de la vivacité du lavis lig. 155 et 156). 11 lui arrive de peindre la lagune et le ciel d’un seul ton. les séparant par la ligne lumineuse (“I légère de Venise profilée à l'horizon; seule, au premier plan,
polo, son beau-frère.
Phot. Alinm i.
Fig. IôG. La Loggia, par Fr. Guardi.
(Académie de Venise.)
LA PEINTURE EN ITALIE
glisse une gondole noire, dont la note sourde fait vibrer doucement toute cette harmonie à la Whistler (Musée Poldi-Pezzoli, à Milan . Le rôle joué par les grandes voiles et les mâts qui s’allongent sur le ciel est nouveau dans ses toiles; et ce peintre des journées chaudes et calmes sous un ciel gris a rendu aussi la tempête sur l’Adriatique avec la puissance de drame d'un Ruysdaël. 11 ne craint pas de peindre la foule tumultueuse des fêtes vénitiennes, la pompe solennelle des processions du doge, la réception et la bénédiction du pape, les plaisirs du carnaval et les jeux des bateleurs; enfin il rivalise avec Longhi en nous montrant le Ridotto où les masques se croisent et s’abordent, et le joli Parloir des religieuses où de belles dames et de jeunes seigneurs conversent élégamment devant les grilles qui les séparent des recluses.
On a tenté récemment d’enrichir l'œuvre de Guardi de toute une série de peintures décoratives, entre autres de volets des orgues de l'église de l'Angelo Raffaele, où est racontée, non sans mièvrerie prétentieuse, F Histoire de Tobie ; mais il ne faut pas confondre ici Francesco avec son frère aîné, Giovan Antonio, de qui le Musée de Rerlin possède une Mort de saint Joseph très caractéristique, où la fadeur sucrée exagère déplorablement les pires déviations de la peinture religieuse sous l 'influence de Tiepolo.
La grande peinture italienne a donné son dernier éclat ; à peine siedil de citer le dernier disciple de Canaletto et de Zuccarelli, Giuseppe Zais, qui meurt très jeune encore en 1784, sans avoir même continué la tradition charmante des paysagistes de Venise. La vieille République de Saint-Marc va disparaître avec toutes les élégances et les plaisirs du xvme siècle, et la réaction classique saluera le nouveau César, suivi d’une rigide escorte de Grecs et de Romains.
BIBLIOGRAPHIE
Ouvrages généraux, déjà cités. — Ch. Blanc. Histoire des Peintres de toutes les écoles. Écoles napolitaine, romaine, bolonaise , florentine , génoise, milanaise, vénitienne. — Mostra délia Pittura italiana del sei e settecento in Palaszo Pitti, Florence, 1922 (Catalogue) ; articles sur cette importante Exposition dans les revues d’art, notamment Gazette des Beaux-Arts et Dedalo.
Peintres napolitains : Vite de ’ Pittori, Scultori cd Architetti napoletani scritle da Bernardo de Dominici, napolelano, Naples, 1742. — L. Dimier. Un mot sur l’école napolitaine. La galerie de S. A. le comte Harrach, dans Les Arts, septembre 1909.
Peintres romains : art. Baloni. par IIans Posse, dans Allg. Lexikon, de Thieme. — Onofrio Boni. Elogio di Pompeo Girolamo Batoni, 1787.
Peintres bolonais, etc. : Luigi Crespi. Vite de’ Pittori bolognesi, 1769. — Alr. Bacciii della Lega. Il Pitlore Marco Antonio Franceschini e l’opéra sua in Bologna, Città di Castello. 1911. — Art. Crespi. par HermannVoss, dans Allg. Lexikon.
Peintres génois, etc. : Benno Geiger. Alessandro Magnasco, Berlin, 1914. — Exposition des œuvres d’Alessandro Magnasco , préface par Émile Dacier, Paris, 1914. — Émile Bernard. .Magnasco, clans Gaz. des B.-A., 1 920, t. I. p. 551 et suiv. — Zucchi. Délia vita e delle opéré di Claudio de Beaumont , primo piltore di gabinetlo de l re di Sardegna, Turin, 1921.
Peintres vénitiens : .Iaiin Rusconi. Exposition des portraits italiens des trois derniers siècles, dans Les Arts , déc. 1911. — Journal de Bosalba Carriera, trad. par A. Sensier, Paris, 1865. — T. de Wyzewa. Peintres de jadis et d’aujourd’hui. — E. v. Hoerschelmann. Bosalba Carriera , Leipzig, 1908. — Y. Malamani. Bosalba Carriera , Milan, 1910. — Aldo Bava. G. B. Piazzelta, Florence, Alinari, 1921. — Meissner. Tiepolo, Leipzig, 1897. — Il de Chennevières. Les Tiepolo, Paris, 1898. — Modern. Gio Baltista Tiepolo, Vienne, 1902. — Molmenti. Tiepolo. sa vie, son œuvre , son temps, Paris, 1911. — Aldo Bava. Pielro Longhi, Florence, Alinari, 1925. — B. Meyer. Die. beiden Canaletto, Dresde, 1878. — Ad. Moüreau. Les Canaletto, Paris, 1894. — O. Uzanne. Les deux Canaletto , Paris, s. d. — Giglio Ferrari. Les deux Canaletto , Bruxelles, s. d. — G. A. Simonson. Francesco Guardi. Londres, 1904. — II. Lapauze. Un nouveau chapitre sur l’œuvre de Francesco Guardi, dans La Renaissance de l'art français, janv. 1922.