CHAPITRE VI
L’ART Dll XVII ET DU XVI IL SIÈCLE EN ALLEMAGNE, EN SCANDINAVIE, EN RUSSIE
Le grand fait qui domine l’histoire de l’art dans l’Europe centrale, septentrionale et orientale au xvne et surtout au xvme siècle est Y universalité de l'art français, qui va de pair avec l'universalité de la langue française. De même qu’au moyen âge l’architecture gothique avait conquis toute la chrétienté, pour la seconde fois l’art français se répand triomphalement à travers le monde.
L'influence française ne s’implanta pas du premier coup. C’est peu à peu qu’elle se substitua à l'influence italienne et à l’influence hollandaise, qui depuis la fin du xvie siècle se partageaient l’Europe.
L’Allemagne du Sud, l’Autriche, la Pologne, la Moscovie étaient devenues des colonies de la Renaissance italienne, tandis que l’Allemagne du Nord, la Scandinavie et, d’une façon générale, tous les Etats riverains de la Baltique constituaient, sinon une dépendance, du moins la zone d'influence artistique des Pays-Bas.
Dans tous ces pays on distingue donc, après la Renaissance, deux périodes bien nettes : une première phase où les écoles italienne et hollandaise défendent encore leurs positions, — une seconde période, à partir de 1715 environ, où elles reculent devant l'offensive victorieuse de l’art français, qui atteint son apogée au milieu du xvme siècle.
Parmi les nombreuses causes de cette expansion du goût français, il faut placer en première ligne le prestige du Roi Soleil, qui continua à éblouir l'univers longtemps après son déclin. « L’Europe, écrit Frédéric le Grand2, enthousiasmée du caractère de grandeur que Louis XIV imprimait à toutes ses actions, de la politesse qui régnait à sa cour et