‹ Histoire de l'art (volume 3)Chapitre 51 sur 84 · >NI · texte numérisé non relu

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noise : elle n’oftre aucune particularité locale. Le chef de ce groupe, Straub, <pii vécut à Munich de 1734 à 178 4, forma trois élèves remarquables : Ignaz Günther, qui évoque à merveille la grâce coquette et maniérée du rococo; Boos, qui a sculpté d’expressits médaillons, et surtout Franz Xaver Messerschmidt, artiste étrange, déséquilibré, mais par-

fois génial, qui, après son apprentissage à Munich, émigra à Vienne, puis à Presbourg, où il mourut fou. Féru de la doctrine du magnétisme animal, prêchée par le médecin viennois Mesmer, il étudia dans soixante-dix bustes grandeur nature, d'une étonnante intensité d’expression, l'action des mouvements de l’âme sur les muscles de la face.

La sculpture de jardins a été très en faveur à cette époque. Pieter van Verschaffelt (1710-1793), Gantois formé à Paris et à Borne, décore le parc de Schwetzingen, près de Mannheim;

Friedr. Wilh. Baier (1729-1 797) travaille pour le château de Schônbrunn. Enfin Job. Peter Wagner (1739-1809) peuple les jardins de Würzbourg, ainsi que le parc voisin de Veitshôchheim, où les princes-évêques de Wurzbourg possédaient un petit château d’été, d'innombrables groupes d’enfants : danseurs et ramoneurs, joueurs de vielle et montreurs de souris savantes. Si toutes ces statues sont d’une anatomie douteuse et

i, , ... .. . Phot. Gundermann.

dune execution médiocre, elles temoi- „ . ,

Fig. I/o. — Saint Jean-Baptiste, gnent d un sens remarquable de l’effet décor de façade, à Wurzbourg.

et du pittoresque, et elles ont le grand

mérite de s’harmoniser à merveille avec leur entourage. A la sculpture de jardins le siècle suivant préférera les statues de musées.

IL — Berlin. — C’est à la Prusse, le premier État qui se releva des désastres de la guerre de Trente ans, qu'il était réservé de posséder le seul grand sculpteur allemand de cette époque : Andréas Schliiter.

Ses origines sont très contestées. Gurlitt le fait naître à Hambourg en 1664 d’une famille originaire des Pays-Bas, dont le nom apparaît par-

t. vu. — 36

fois sous la forme hollandaise Sluyter1. 11 esl plus vraisemblable qu'il naquit à Danzig en l(>40. Ainsi s’expliquerait qu'il soit entré en 1084 au service du roi de Pologne Jean Sobieski. Quoi qu’il en soit, si la destinée le lil débuter à \ arsovie et mourir à Pétersbourg, c'est à Berlin, sous le règne de ITllecteur de Brandebourg Frédéric III. devenu roi de Prusse sous le nom de Frédéric Ier, que s’écoula la majeure partie de sa vie.

Sa première œuvre berlinoise : la statue en bronze de V K lecteur Frédéric III l(it)7 , était destinée primitivement à couronner un arc de triomphe. Pendant longtemps elle orna la cour de l’Arsenal : elle se

dresse aujourd’hui devant le château royal de Konigsberg. Dans cette statue pédestre apparaissent encore quelques traces du style néerlandais de I hiquesnov et d’Artus Quellyn, qui dominait au xvii' siècle dans l’Allemagne du Nord.

Mais ses deux œuvres capitales : la décoration plastique de l’Arsenal et la Statue équestre du (irand Electeur , décèlent nettement les progrès de l'influence française.

Les masques de guerriers mourants , d'un naturalisme si pathétique, qui évoquent dans la cour de I Arsenal toutes les horreurs de la guerre par opposition av.ee les trophées de la façade, qui célèbrent toutes les ivresses de la victoire, nous donnent à penser que Schliiter connaissait l'œuvre de Puget qui s'était déjà efforcé avant lui de rendre les multiples expressions de la douleur et de I effroi, de la haine et de 1 agonie.

Si les mascarons de l’Arsenal rappellent la « turia » du fougueux sculpteur marseillais, c’est à la statue équestre de Louis X 1 \ .par Girardon, (‘levée en I ht)!) sur la place Vendôme et détruite en 179*2 parle fanatisme révolutionnaire, que fait penser le Monument équestre <lu (irand Electeur, qui se dresse sur le Pont Long Lange Briicke , a quelques pas du Châleau royal. L’analogie des deux œuvres est frappante: la silhouette et l’allure du cheval, l’attitude impérieuse du cavalier et son costume hybride de ( lésai* en perruque, tant de concordances cl si précisés ne peuvent être l’effet d'une rencontre fortuite. Il est vrai que la maquette du monument de Berlin était terminée en l(>98 et que la statue de Girar-

1. C’est le même nom que celui < I u célèbre sculpteur bourguignon Clans Slutcr, qui était originaire de Hollande.

don ne lut inaugurée (ju'en 1099. Mais les relations artistiques étaient si étroites à cette époque entre Paris et Berlin que Schlüter a très bien pu connaître le projet de son confrère parisien et se l’approprier.

Le socle du monument, alourdi de pompeuses volutes, est cantonné de quatre ligures d’esclaves enchaînés qui symbolisent les victoires du Grand électeur : leur agitation impuissante fait ressortir le calme majestueux du cavalier. Gurlitt prétend que ces esclaves qui complètent si heureusement le monument n avaient pas été prévus par Schlüter et qu ils ont été ajoutés après coup. Mais Seidel a prouvé (pie dès 1702, c’est-àdire un an avant l’inauguration, on songeait déjà à fondre ces statues. Ce motif des esclaves enchaînés, qui apparaît en Italie dès le x\T‘ siècle, par exemple dans le monument de Ferdinand L' de Médicis, élevé à Livourne par Pietro Tacca, avait été importé en France par Marie de Médicis qui adopta cette ordonnance pour la statue équestre qu elle dédia à Henri IV sur le Pont-Neuf. One la statue de Henri I \ ait servi de modèle à la statue du Grand Electeur, qui se dresse également sur un pont, c’est possible, mais Schlüter pouvait s’inspirer d’un exemple beaucoup plus récent. La statue pédestre de Louis XIV, que le sculpteur Martin Desjardins avait élevée en 1086 sur la place des Victoires, était en effet cantonnée de quatre esclaves de bronze, assis et enchaînés, représentant les nations dont la France avait triomphé sous son règne.

Telles sont les sources purement françaises île la statue du Grand Electeur, qui nous apparaît en définitive non comme un dérivé de la statue de Marc-Aurèle ou des monuments des Farnèse à Plaisance, mais comme un amalgame de deux statues de Louis XIV : la statue équestre de la place \ endôme et la statue pédestre de la place des Victoires. La disparition de ces modèles a seule permis aux historiens allemands de croire — ou de laisser croire — que ce monument, chef-d’œuvre de la sculpture allemande du style baroque, était une œuvre originale, comparable au Colleone de Verroecbio ou au Pierre le (irand de Falconet. G est en réalité un reflet de l’art français'.

Sons le règne (h* Frédéric le Grand, l’inlluence française allait devenir toute-puissante. Les batiments et les jardins de Potsdam réclamaient une décoration plastique. G’est aux sculpteurs français, dont la renommée était alors universelle, que Frédéric la demanda.

La liste- dos travaux de sculpture exécutés à Paris pour le roi de Prusse a été dressée par Seidel. On y relève un Mars et une Venus de Coustou, exposés au Salon du 1709, une statue en marbre d ’ Apollon, par .I.-B. Lemovne, une Diane de Vassé, des copies de statues antiques du ( '.apitoie, par Bouchardon, du Mars Luduvisi , par Lambert-Sigisbert Adam :

I. La fonte de la statue, admirée comme un tour de force par les contemporains, est due à Jacobi, qui s’était formé à Paris, à l’école de Relier.

L’ART EX ALLEMAGNE

toutes destinées à Sans-Souci. Louis XV lui lit présent de quatre magnifiques statues en marbre : la Chasse et la Pêche d’Adam, Mercure et Vénus de Pigalle. Houdon, qui entretenait des relations étroites avec d’autres princes allemands : le prince Henri de Prusse, le duc Ernest-Louis de Saxe-Gotha, le duc Frédéric de Meeklembourg, et dont les œuvres peuplaient les résidences de Bheinsberg, de Gotha, de Schwerin, lui envoya en 1781 un buste de Voltaire destiné à l’Académie des Sciences de Berlin.

Non content d’acquérir les œuvres de nos sculpteurs, Frédéric II s’efforça de les attirer eux-mêmes à Berlin pour diriger l’atelier de sculpture royal et collaborer sur place à la décoration de Sans-Souci. Il aurait désiré prendre à son service le second des frères Adam, Nicolas-Sébastien.

C’est François-Gaspard qui partit à sa place en 1718. Ses meilleures œuvres sont : l 'Uranie, de la salle de marbre de Sans-Souci ; le Feu et la Terre, qu'il sculpta en pendant à la Chasse et à la Pêche, de son frère Lambert-Sigisbert Adam, qu’on avait rebaptisées l'Air et 1 Eau. En partant, il laissait inachevées les statues du feld-maréchal comte Schwerin et du général de Winterfeld.

Le titre de « premier sculpteur de S. M. le roi de Prusse » échut en 1 7(ii à son neveu, Sigisbert-François Michel, frère de Claude Michel, plus connu sous le nom de Glodion. 11 était mieux doué pour la petite sculpture que pour la sculpture monumentale et se plaisait à modeler de petits groupes en « terre de Saxe ».

Mécontent de sa paresse, Frédéric II le remplaça en 1774 par Jean- Pierre-Antoine Tassaert, Anversois de naissance, mais tout Français par l’éducation, qui lui était recommandé par d’Alembert. Plus tenace que ses prédécesseurs, Tassaert resta treize ans à Berlin jusqu à sa mort

Phol.Van dcr Smissen.

Fig. 178. — Tassaert: L’Amitié brûlant les llèches de l’Amour.

(Château de Sans-Souci.)

en 1788.

Dans ses statues du Général von Seidlitz et du F eld- maréchal heilli, transportées à l’école des Cadets de Gross-Lichtertelde, près de Berlin, il osa, le premier, donner à des généraux prussiens, au lieu du costume pseudo-romain, des uniformes du temps de Frédéric.

HISTOIHE UE L'ART

Mais son principal titre de gloire est la formation de Joh. Gottlried Sckadow 1764-1850 qui est après Schlüter le plus grand sculpteur de 1 école berlinoise et dont l’art, où la grâce du rococo tempère la sévérité du classicisme, serait inexplicable sans cette tradition Irancaise créée dans l’atelier royal de Berlin par les trois premiers sculpteurs de Frédéric 11 : Adam, .Michel et Tassaert.

PEINTURE

Si la sculpture allemande du xvne et du xvnT' siècle manque d’originalité et d’éclat, la peinture est peut-être encore plus pauvre en grands noms et en grandes œuvres. L Exposition Centennale <le l'art baroque et rococo, organisée à Darmstadt en 1014, tout en permettant d’apporter quelques retouches, n’a pas réussi à provoquer la révision de ce jugement.

A quoi tient cette éclipse de la peinture allemande, après l'époque glorieuse de Durer, de Grünewald et d'IIolbein? Les circonstances politiques et économiques y sont pour beaucoup. L’Allemagne dépeuplée, ruinée par la guerre de Trente ans, n'offrait plus aux artistes de gagnepain. Ils émigrent en masse. Les uns vont en Italie, comme Adam Elsheimer (Adamo Tedesco), l’ancêtre de la colonie des Allemands de Home, le Munichois Cari Lotli, surnommé Carlotto, et Jean Lys d’Oldenbourg, qui s’établissent à Venise, Philipp Peter Boos, plus connu sous le nom de Bosa de Tivoli. D’autres émigrent en Hollande, comme Govaert Flinck de ('.lèves, Ludolf Backuysen d’Fmden, Johann Lingelhach de Francfort, Caspar Netscher de Heidelberg. Le peintre Ileinsius, le graveur W i lie s’établissent à Paris. Quelques-uns poussent même jusqu’à Londres, comme le Westphalien Peter van der Faes (sir Peter lady . le Lubeckois Gottlried Kneller et John Zoflany de Ratisbonne, <pii continuent à la cour d’Angleterre la tradition d’IIolbein. Les Hambourgeois Ehrenstrahl et David von Krafft passent en Suède. Tannauer, les frères Groolh, plus tard les Lampi s(* laissent attirer par la Bussie. La petite cohorte des peintres allemands est décimée par cet exode.

Ceux qui restent ne sont guère moins déracinés que ceux qui s’en vont. Ce sont presque tous de médiocres imitateurs des portraitistes hollandais, des décorateurs italiens ou des peintres de fêtes galantes de l’école française : pâles reflets de Hembrandt, de Tiepolo et de Watteau. Lorsqu’à la lin du xvme siècle, sous l’action des théories de Winckelinann, la peinture allemande s'efforce de rejeter ces influences étrangères, c’est pour s’asservir à une antiquité mal comprise qui la stérilise au lieu de la féconder.

L’ART EN ALLEMAGNE

I. — Le courant hollandais. — Rien de plus naturel que la prédominance de l’école hollandaise dans l’Allemagne du xvne siècle. D’étroites affinités de race, de langue et de religion rapprochaient les Allemands du Nord des Néerlandais. Dès le xve siècle, les peintres de Cologne, de Westphalie et de Hambourg avaient subi l'ascendant de la grande école de peinture des Pays-Bas. Nous avons vu que Roger de la Pasture en particulier avait été le maître ou l'inspirateur non seulement de Martin Schongauer, mais de la plupart des Primitifs rhénans ou souabes.

Le magnifique épanouissement de la peinture flamande et hollandaise au xvne siècle ne pouvait que renforcer cette attraction séculaire. C'est la Hollande, délivrée du joug espagnol, qui reprend l’héritage de Durer, de Grünewald et d'Holbein et qui crée l'art bourgeois et protestant auquel aspirait l’Allemagne de la Réforme. Toute la peinture allemande du xvie siècle- aboutit à Rembrandt, le maître germanique par excellence, et c’est de Rembrandt ou de ses satellites que dérive à son tour toute la peinture allemande du xvne siècle.

Les centres les plus importants de celte peinture germano-hollandaise sont Francfort, Hambourg et Danzig, villes de riche bourgeoisie, (pie la guerre de Trente ans avait relativement épargnées.

FRANCFORT. — Francfortois transplanté à Rome, Adam Elsheimer nous intéresse surtout comme trait d’union entre Grünewald et Rembrandt, entre l'école allemande du xvie siècle et l'école hollandaise du xvne siècle. Ses menus paysages arcadiens, étoffés de figures bibliques ou mythologiques, valent surtout par l’art avec lequel il ménage la lumière qu'il concentre sur les objets principaux du tableau en laissant h* reste noyé dans une ombre plus ou moins transparente. Ce nouveau principe du clair-obscur frappa vivement ses adeptes hollandais, parmi lesquels se trouvaient les deux maîtres de Rembrandt : Jacob van Swanenburgb et Pieter Lastman. A ce titre, bien qu’il n’ait jamais été en Hollande, il mérite une place parmi les précurseurs de Rembrandt.

Son compatriote Joachim von Sandrart 1006-1688^ est plus connu comme historiographe que comme peintre. Il est l’auteur de la 7VaY.sc/ic Academie, qui fait pendant aux Vite de Vasari et au Schilderboeck de Karel van Mander. L’édition originale en allemand parut fà Nuremberg en 1075; quelques années plus tard, en 1083, il en fit faire une traduction latine sous le titre d ' Academia Xobilissimæ Artis Pictoriæ. L’ouvrage s’adresse moins aux érudits qu’aux amateurs (curiose Herrn . Toute la partie consacrée à l’esthétique générale et aux écoles de peinture étrangères est une compilation sans valeur. Ce qu’il dit des artistes allemands et notamment de Grünewald est plus intéressant, encore que les inexactitudes y abondent. C’est une source indispensable à consulter, mais qu'il faut contrôler de très près.

Sandrart sc considérait comme le plus grand artiste de son temps et se laissait volontiers décerner le titre de « teutscher Apelles ». A défaut d’un grand talent, il a le mérite d'être très représentatif. Sa vie d'éclectique nomade le mit en rapport avec des peintres de tous pays. Il (il son apprentissage à Utrecht dans 1 atelier de Gérard van Honthorst. En l(i‘2K il se rend à Venise pour étudier «die Venediger Mahlerey »; de là il passe à Bologne et à Borne où il resta six ans 1629-1655). Le marquis Giustiniani lui lit graver les tableaux de sa galerie Galleria Giustiniana et le pape Urbain \ III lui commanda son portrait. Il lit des études en plein air dans la campagne de Rome avec Claude Lorrain qui, s'il fallait croire ses hâbleries, ne serait devenu un si grand paysagiste qu’en lui empruntant sa manière de peindre directement d’après nature. Il revint à Francfort en I 053 ; mais, chassé par la peste, il alla s'établira Amsterdam 1638-1645). La fin de sa vie s’écoula à Augsbourg et à Nuremberg, où il mourut en 1688.

Cavalier accompli, très fier de son « hoflisches Comportement », il reproche à Rembrandt de déroger en s’acoquinant avec la canaille. Il considère que c'est un malheur pour un artiste de n’avoir pas vu l'Italie et de ne pas s’être formé dans 1rs Académies où l'on apprend à dessiner « sans fautes ». Les sujets qu'il recommande sont 1rs allégories, les «grosse Historien ». Pour cela il est indispensable au peintre de connaître la mythologie qu'il étudiera dans 1rs Métamorphoses d'Ovide, « la Bible des peintres ».

Ses œuvres sont en conformité avec celte doctrine académique. Rien • | ue protestant, il a point quelques tableaux religieux pour dos églises catholiques, comme la Sainte Famille du Musée de Rennes; mais il se complaît surtout dans l’allégorie : son cycle des Mois plut à l’Electeur Maximilien de Bavière, qui en décora la salle à manger de son château de Sehleissheim '. Il a peint aussi dans la manière hollandaise des portraits collectifs et des tableaux de corporation. Le Rijksmuseum possède son grand tableau de la Compagnie (doelen) < In capitaine Ficher ran Sicieten, peint en 1658 à l’occasion de la réception solennelle de Marie de Médicis par la ville d Amsterdam. En 1630 il eut l’occasion de commémorer un autre événement historique dans un tableau, malheureusement très dégradé, qui orne la grande salle du conseil de l'Hôtel de \ i 1 le de Nuremberg: c’est le Banquet des Ambassadeurs, donné à Nuremberg en 1640, en l'honneur de la paix de Westphalie, par le comte palatin Charles-Gustave qui devint plus tard roi de Suède sous le nom de Karl X Gustaf*.

Les autres peintres francfortois ne méritent qu’une brève mention :

1. Des répliques de ce cycle sont dans la collection Bonde à Eriksberg, en Suède.

‘2; Le portrait équestre de ce prince par Sandrart est en Suède, au château de Skokloster.

L’ART EN ALLEMAGNE

Matthæus Merian le jeune (1621-1687), élève de Sandrart, (ils du célèbre topographe et graveur d'origine bâloise, fit pour le connétable comte Karl Gustaf Wrangel de nombreux portraits qui sont conservés au château de Skokloster en Suède. Le peintre animalier Johann Heinrich Roos (1651-1685), qui subit à Amsterdam l'influence de N. Berchem et de J. -B. Weenix, le peintre de fleurs Abraham Mignon (1640-1679), qui fut à Utrecht l’élève de Jan Davidsz de Heem, ne sont que des épigones de l'école hollandaise.

Dans le groupe des petits maîtres francfortois contemporains du jeune Goethe : Seekatz, Trautman, Schütz, on observe un curieux mélange d’influence hollandaise et de goût français. Le comte Thoranc, « j u i , pendant l occupation française de Francfort(l 759-1 763), était logé dans la maison de Goethe, commanda à ces peintres toute une décoration de salon, dont les panneaux, destinés à Grasse en Provence, ont été rapatriés en 1907 par le Gœthe-Museum.

Hambourg . — Les peintres de Hambourg constituent un groupe presque aussi important que les Francfortois. A l'abri de ses remparts, la vieille ville hanséatique avait échappé aux ravages de la guerre de Trente ans. Située dans le voisinage immédiat des Pays-Bas, elle était encore plus exposée que Francfort à l'influence de l'école néerlandaise.

Après David Kindt (1580-1652), dont la Kunsthalle de Hambourg possède un remarquable autoportrait ( 1604), et Jurian Jacobsen, qui fut à Anvers l'élève de Frans Snyders, le maître hambourgeois le plus séduisant de la seconde moitié du xvne siècle est Mathias Scheits (vers 1650- 1700), élève de Wouwerman, qui s’est essayé dans les genres les plus variés : portrait, tableaux bibliques, batailles, paysanneries. Ses scènes de la vie de société font pressentir Watteau et les peintres de fêtes galantes.

Au xvnie siècle, Balthasar Denner 1685-1749) acquit ou plutôt usurpa une réputation européenne par ses tètes d’étude d’une facture lisse et porcelainée, où les cheveux, les rides, les poils et les pores de l’épiderme sont détaillés avec une application puérile. 11 applique au visage humain la technique des peintres de nature morte hollandais. Son élève Dominicus von der Smissen est un portraitiste plus pénétrant.

A la fin du siècle, trois membres de la famille des Tischbein, originaires de Cassel, séjournèrent plus ou moins longtemps à Hambourg. Johann Heinrich le Vieux (1722-1789) a peint pour Hambourg le retable de l'église Saint-Michel, brûlé en 1906.

danzig. — Danzig est au xvne siècle un des postes avancés de l’art hollandais dans les pays de la Baltique : de là il rayonne en Pologne et en Silésie. Les meilleurs peintres de ces Marches orientales sont, à Danzig, Daniel Schultz (1620-1686), qui avait décoré à Paris une chapelle

t. vu. — 37

de Saint-Germain-des-Prés, et dont les œuvres les plus connues sont le grand Portrait de famille de rsarskoe-Selo et le portrait du Roi de Pologne Jean-Casimir I Gripsholm ; — à Konigsberg, Willmann, qui a peint, outre des tableaux religieux, une allégorie à la gloire du Grand Electeur; — - à Breslnu, Barthélemy Strobel, qui, chassé d'Allemagne par la guerre de Trente ans, passa en Pologne les dix dernières années de sa vie.

Afin d'étoller leur art national, les historiens d’art d’outre-Rhin ont pris l'habitude d'annexer à l'érole allemande un certain nombre de

peintres qui. pour avoir travaillé en Allemagne, n’en sont pas moins des Slaves :

tels Cari Skreta et Jean Kupetzky. Ce dernier, (ils d'un émigré tchèque de la secte des Frères Bohèmes réfugié en Hongrie, s’établit en 1700 à Vienne où il devint le portraitiste attitré de la cour et de l'aristocratie ; il y tit les portraits des empereurs Joseph l"r et Charles I /, du Prince Eugène de Savoie , d'archiducs autrichiens et de magnats hongrois. En 17 IC), Pierre le Grand l imita à venir à Pétersbourg : il se fixa à la fin de sa vie à Nuremberg.

C'est un éclectique vigoureux qui réussit, tout en imitant Rembrandt et les Bolonais, à garder sa personnalité.

Phot Si'hrMer.

Fui. 17!). — Daniel Sehult/. :

Portrait de Constance von Holten.

( M osée île la Ville, Danzig.l

II. — Le courant italien. — Si les Hollandais l’emportent dans l’Allemagne du Nord, toute la peinture décorative de 1' Wlemagne du Sud et de l’Autriche relève de l’école italienne.

C’est aux Italiens que Daniel Cran 100L1757), qui décora à Vienne le palais Schwarzenberg, la Bibliothèque Impériale et le palais de Schônbrunn, que les frères Asam, qui enluminent l’église Saint-Jean- Népomucène de Munich et la cathédrale de Freising, empruntent leurs raccourcis cl leurs effets d’éclairage en trompe-l'œil.

Dans ses plafonds du château de Wurzbourg I750\ le grand décorateur vénitien Tiepolo donne à tous ces médiocres fresquistes allemands

L’ART EN ALLEMAGNE

une magistrale leçon. Son génie s'est magnifiquement déployé dans le cadre que lui avait préparé B. Neumann. Au-dessus du grandiose escalier d’honneur, il fait planer les Dieux de l'Olympe et les Quaire Parties du Monde ; au plafond et sur les murailles de la salle à manger, dite aujourd’hui salle de l’Empereur (Kaisersaal), il déroule les Noces de Frédéric Barberousse .

L ouverture des archives de \\ urzbourg permet aujourd hui d’étudier I école allemande de Tiepolo. Parmi ses imitateurs, il faut citer Johann

Phot Van der Smissen.

Fie.. 180. — ..lanuarius Zick : La Famille Remy, 1770.

(Beridorf.)

Zick (1 7 0t2- 1 762) et son fils Januarius (1732-1797), qui décorèrent la résidence de Coblence et le château de Bruchsal. Mais le mieux doué des « Tiepolesques » allemands est peut-être Anton Franz Maulpertsch (1724- 1796), qui a peint des frçsques ou des tableaux d’autel à Kremsier, en Moravie, à Schwechat près de Vienne, à Ehrenhausen en Styrie. Les esquisses de ces décorations sont surprenantes de brio, de mouvement : leur coloris clair, où prédominent les tons rose, lilas, safran, est d’un modernisme qui fait songer aux affiches de Chéret.

Outre Tiepolo, le plus grand de ses décorateurs, l'école vénitienne du xvme siècle délègue en Allemagne un représentant de ses « perspectivistes », Bernardo Bellotto (1720-1780), neveu et élève d'Antonio Canale, dont il s’appropria le surnom de Canaletto. Ses « vedute » de Dresde

IIISTÜ1 1ÎE I)K L'ART

n’ont pas seulement une importance documentaire. Nommé en 1 7 1»«S premier peintre du roi de Pologne Stanislas Poniatowski, ce Vénitien déraciné alla mourir à Varsovie.

III. — Le courant français. — La substitution de l’influence française à celle des deux grandes écoles d Italie et des Pays-Bas est aussi frappante dans le domaine de la peinture <|ue dans lkistoire de l'architecture et de la sculpture. Le goût des collectionneurs, la création d académies sur h* modèle de Paris, la vogue des peintres français dans les cours allemandes: tout révèle ce changement d’orientation.

Les princes allemands du xvne siècle collectionnaient de préférence les tableaux de l'école hollandaise : c’est l’époque où se sont formées les galeries de Gassel, de Brunswick, qui sont de véritables musées hollandais. Au xvmc siècle, ils recherchent surtout les tableaux français. La margrave Caroline-Louise de Bade demande à l’architecte Louis- Philippe de la Guépière de lui procurer des Chardin, qui font aujourd’hui l'ornement du Musée de Carlsruhe. Oudry, patronné par le duc de Mecklembourg, Christian Ludvig, devient le fournisseur attitré de la Galerie de Schwerin, qui ne possède pas moins de quarante-deux tableaux de sa main, parmi lesquels des chefs-d’œuvre comme la Grue morte et le Ré fléchissement de / aqueduc r/’ Accueil dans l'eau 1745 : document précieux pour l’histoire du paysage en France1 2.

Le plus illustre de ces collectionneurs princiers est le roi de Prusse Frédéric II. Ce qu’il apprécie surtout dans l’art français, c’est la fantaisie légère, « les idées couleur de chair ». II écrit à l'un de ses correspondants : « Pendant mon absence, peins-toi tout en beau et sers-toi des touches de Watteau préférablement à celles de Rembrandt ». Lorsqu'il n’était encore que prince héritier, il avait déjà réuni à Rheinsberg une petite collection de tableaux de Watteau et de Lancret. L ue fois sur le trône, il ne manqua pas une seule occasion de l accroître par l'intermédiaire de son agent à Paris, le comte de Rothenhurg, ou de rabatteurs bénévoles, comme Voltaire et d’Argens. 11 écrit à son frère, le prince Henri de Prusse : « .l ai reçu huit tableaux de France, plus beaux que tous ceux que vous avez vus et d’un coloris «pii fait honte à la nature; j'en attends encore incessamment quatorze que j'ai trouvés par hasard pour un morceau de pain* : cela servira à décorer ma Vigne (Sans-Souci) et Charlottenbourg. Ces tableaux me font peut-être plus de plaisir que le roi de Pologne en

1. Locquin, L’art français à la cour de Mecklembourg au xviii* siècle, Gazette des Beaux-Arts , 1906.

2. H s’agit probablement d'un cycle de peintures de Pater, illustrant les scènes du Roman comique de Scarron.

L’ART EN ALLEMAGNE

•iur

trouve à considérer sa galerie de Modène1, et certainement il n’y a pas de comparaison entre l'objet et la dépense. »

Dans son Catalogue des œuvres d’art français du dix-huitième siècle appartenant aux Hohenzollern, qui ont été exposées partiellement à Paris lors de l’Exposition de 1900 et à Berlin en 1910, Seidel ne relève pas moins de treize Watteau, vingt-six Lancret, trente-sept Pater, quatre Chardin, presque tous de la qualité la plus rare. Ce magnifique ensemble, qui comprend, entre autres chefs-d œuvre, Y Embarquement pour Cythère et YEnseigne de Gersaint, est, après le Louvre, la première galerie du monde pour l’école française du xvme siècle.

Non content de collectionner des tableaux français, Frédéric II s’efforçait d’attirer nos artistes à Berlin pour former des élèves. Les grandes vedettes qui avaient une situation acquise à Paris répugnaient à s’expatrier et résistaient souvent aux sollicitations : mais beaucoup se laissaient persuader, qui n’étaient pas, tant s'en faut, des médiocrités.

Le plus célèbre de ces expatriés est Antoine Pesne 1683-1757 , neveu de Charles de La Fosse, qui, après un voyage d'études en Italie, se fixa à Berlin en 1710. Il y passa quarante-six ans comme « premier peintre » des trois premiers rois de

Prusse. Néanmoins, il ne perdait pas tout à fait contact avec sa patrie. En 1725, Frédéric-Guillaume 1er l’ayant envoyé à Londres pour peindre la famille royale d’Angleterre, il en profita pour faire un séjour à Paris, pendant lequel il fit les portraits du peintre Nicolas Wleughels (Louvre) et du célèbre collectionneur Jean Mariette. D’ailleurs les tableaux de Watteau et de Lancret qui ornaient les appartements royaux auraient suffi à maintenir autour de l’exilé une ambiance française.

Nous lui devons toute une iconographie du grand Frédéric. Il nous le montre à trois ans, jouant avec sa sœur Wilhelmine, la future margrave de Bayreuth (1715), et plus tard, à la veille de devenir roi, le ruban orange de l'Aigle noir barrant sa cuirasse, avec un manteau de velours

Phot. Van der Smissen.

Fig. 181. — Pesne: Portrait de femme.

(Collection Seidel, Berlin.)

1. Auguste III avait acheté en 1745 pour dix mille sequins la célèbre galerie du duc de Modène.

rouge bordé d'hermine jeté sur ses épaules. La charmante suite de portraits de femmes de la cour de Prusse, le portrait du graveur Schmidt lisant à sa femme les Contes de La Fontaine 1748), et surtout le groupe où le peintre s'est représenté lui-même assis devant son chevalet, la palette à la main, entouré de sa femme et de ses deux Mlles 1754 , montrent la robustesse de son talent qui s’apparente à celui de Largillierre.

A partir de l'avènement de Frédéric II 1740), il fut chargé de grands travaux de décoration, à Rheinsberg, à Charlottenburg, à Sans-Souci : son dernier travail de ce genre est un tableau colossal, Y Enlèvement

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Phol. Van der Sniisscn.

Fie.. IX'2. — Chodowiecki : La Famille Calas. (Château de Darmstadt.)

d'Ilélène, peint sur l’ordre du roi pour la grande salle du nouveau palais de Potsdam. Il mourut en 1757 et fut enterré dans l'église française du Marché des Gendarmes, à côté de son ami l'architecte Knobelsdorff, qui incarne avec lui l’art du temps de Frédéric le Grand. Son influence a été considérable : il est le créateur de l’école berlinoise de portrait.

Son enseignement fut continué de 1748 à 1769 par Amédée van Loo. que Frédéric 11 lit venir à Berlin à défaut de son oncle, le célèbre Carie. Ses portraits du Evince llenvi de Prusse 1765) et de Frédéric II 1769 valent mieux que les grandes peintures décoratives qu'il exécuta pour Potsdam et Sans-Souci.

Que les artistes berlinois élevés dans ce milieu aient été imprégnés d’art français, c'est ce qui ne saurait surprendre. Plusieurs étaient

L’ART EN ALLEMAGNE

d’origine polonaise. La dynastie des Lisiewski est connue par deux femmes peintres, Anna Rosina Lisiewska 1716-1783), «pii signe habituellement du nom des deux Français qu'elle épousa successivement : Rosine Mathieu ou Rosine de Gasc, — et Anna Dorothea Lisiewska 1722- 1782), qui s’intitule « peintre du Roy ».

L’artiste qui nous a laissé les documents les plus caractéristiques sur cet le époque, le peintre graveur Daniel ( diodowiecki ( I 726- 1801 , était , malgré son nom polonais, de souche française. Sa grand'mère avait émigré à la révocation de l’Edit de Nantes, et lui-même épousa à Berlin une jeune Française de la colonie des réfugiés.

Son éducation artistique doit beaucoup à la France.

L'influence de Pesne lui fut transmise par son maître Rode. Ses petites toiles : le Concert dans un jardin , le Déjeuner dans un parc 1756), sont des pastiches maladroits de Watteau et de Lancret. Ce bourgeois satirique n'avait rien d’un poète :

il ignore la grâce légère et la fantaisie voluptueuse des peintres de Fêtes galantes.

Il eût été mieux inspiré en prenant pour modèle le bon Chardin, peintre de la bourgeoisie, avec qui il avait

Phot. Van der Smissen.

Fig. 185. — George de Marées:

Portrait du comte Preising.

(Château de Berlin.)

plus d affinités. Il se sent plus à son aise dans les scènes d’intérieur ou de la vie de famille. Son tableau le plus célèbre, dont le sujet devait particulièrement plaire aux réfugiés français : les Adieux de Calas (1 767), est une tragédie larmoyante dans le goût de Greuze. Mais il renonça bientôt à ces essais de peinture pour se consacrer exclusivement à la gravure et à l’illustration.

Chodowiecki a été pendant tout le règne de Frédéric II l’illustrateur a la mode, et, bien qu il se souvienne tantôt des vignettistes français: Eisen, Cocliin, Gravelot, Moreau le jeune, tantôt de Hogarth et de ses sermons humoristiques, c’est dans ce genre qu’il se montre le plus original : son

manque de fantaisie est racheté par une observation sincère et méticuleuse. Il illustra nombre d'œuvres françaises : le Roman comique de Scarron, le G il Rlas, la Nouvelle Héloïse, le Mariage (Je Figaro. Mais il doit surtout sa popularité aux vignettes qu’il composa pour V Elément aviver k du philanthrope Basedow, le SebaUlus Mothanker de Xi col aï, les Fables de Gellert, les Idylles de S. Gessner, la Minna de Barnlielm de Lessing. Ces vignettes sont, avec la série de dessins qui illustrent son Voyage de Berlin

à Danzig 1 775 , la partie durable de son œuvre, dont la saveur toute spéciale tient à la fusion de l’esprit berlinois et de la culture française.

L’influence française est également très apparente chez un autre graveur allemand du xviii® siècle : Georg Friedrich Schmidt 1712- 1 775), qui s’était formé à Paris à l'école de Larmessin. C’est pendant son séjour à Paris qu’il grava la série des scènes galantes de Lancret et trois admirables portraits d’après Rigaud : le plus beau, celui de P. Mignard, fut son morceau de réception à l'Académie. Rappelé à Berlin en 1744, il grava le portrait de Frédéric II d’après Pesne. 11 s’inspire de la manière et de la technique de Rembrandt, pour lequel il avait une profonde admiration, dans le célèbre portrait où il s’est représenté luimême à la fenêtre, le crayon .à la main : cette gravure fut exécutée pendant son séjour à Pétersbourg (1757-1 762) où il avait été appelé par l’impératrice Elisabeth. Il consacra ses dernières années à illustrer les œuvres de Frédéric II.

Son ami Johann Georg Wille avait émigré à Paris en même temps (pie lui en 1757; mais il y resta toute sa vie et devint un vrai bourgeois de Paris1. Sa maison du quai des Grands- Augustins était le rendez-vous

Phot. Van der Smissen.

Fig. 184. — G.-D. Matthieu : La princesse Sophie Friederike et le prince Friedrich Franz de Mecklemhourg, 1764.

(Musée de Schwerin.i

1. Journal de .L-G. Wille, publié par G. Duplessis, Paris, 1857.

PhotVan der Snussen.

J. G. ZIESENIS.LA COMTESSE DE SCHAUMBURG- LIPPE

( Collection Schaumburg -Lippe I

Librairie Armand Colin .Paris .

Histoire de l'Art. VII. Pl.IV.

L’ART EN ALLEMAGNE

des artistes et des amateurs de toute l’Europe. Ses portraits gravés d’après Rigaud, Tocqué, fondèrent sa réputation. Plus tard il se spécialisa dans la reproduction des tableaux de genre de l’école hollandaise. h' Instruction paternelle , d’après Terborch, la Tricoteuse hollandaise, d'après Mieris, le Petit Physicien, d’après Net.scher, sont ses planches les plus célèbres. Moins pénétrant et moins varié que Schmidt, il est plus apte à rendre des accessoires qu'à caractériser une physionomie.

Le spectacle qu'offrait la cour de Prusse, avec ses artistes français tels que Pesne et Van Loo, ou francisés comme Chodowiecki et Schmidt, se répétait dans toutes les cours allemandes.

Jacques van Schuppen(1669- 1751), élève de Largillierre, devient directeur de l’Académie de Vienne. L’Académie des Beaux-Arts de Dresde, fondée en 1697 par Auguste II, est placée en 1725 sous la direction de Louis de Silvestre (1675- 1760) qui orna de peintures décoratives le Zwinger et le Palais Japonais et qui eut pour successeur un autre peintre français, Charles Hutin (1 7 15-1 776).

Quelques-uns de ces Français d’Allemagne n'ont pas la notoriété qu ils méritent. Ainsi Pierre Goudreaux (1694-1751), qui se tixa «à Mannheim à la cour de l’Electeur palatin, Charles-Philippe, et mourut prématurément en 1751, est un des meilleurs disciples de Largillierre : son tableau d’autel de la chapelle du château de Mannheim, son portrait d’apparat de Y Electeur palatin suivi d’un page portant la traîne d’un magnifique manteau rouge (1724), son autoportrait et sa Pastorale, dans une collection privée de Munich, attestent un coloriste supérieurement doué. Joseph ^ ivien (1657-1755), premier peintre de l'Electeur de Bavière Max- Emmanuel et de son frère l'Electeur de Cologne, est un excellent portraitiste dont les pastels font pressentir les chefs-d’œuvre de La Tour et de Perronneau.

Parmi les descendants de Français émigrés, deux noms sont à

t. vu. — 58

Phot. Van der Smissen.

Fig. 185. — J. G. Ziesenis : Le comte de Schaumburg-Lippe.

(Collection Schaumburg-Lippe.)

retenir : George de Marées, né à Stockholm en 16!)7, a vécu comme « Ilofmaler » à Munich de 1730 à 1776*. Ses portraits de Max III Joseph de Bavière , du Comte Preising, du paysagiste Beich Schleissheim) ont peu d’égaux dans la peinture allemande de ce temps.

Georges-David Matthieu 1737-1778), qui appartenait à une famille de huguenots réfugiés à Berlin, s'engage en 1764 au service du duc de Mecklembourg, et c’est à la cour de Schwerin qu'il a peint toute une "éric de portraits d’allure très française : notamment ceux du petit prince

Friedrich Franz de Mecklembourg avec sa sœur ( I 764), ou avec son gouverneur (1767, qui supposent la connaissance des œuvres de Xattier et de Tocqué. Le Français germanisé ne se reconnaît q u à une certaine insistance, une certaine lourdeur dans la sincérité.

La fin duxviu' siècle est u ne des époques qui ont manifesté lin té rè t le plus passionné pour la figure humaine. Le célèbre pasteur de Zurich, Lavater, publie en 1775 ses Physiognomisclie Fragmente : la mode des silhouettes faisait fureur dans tous les salons. 11 ne faut donc pas s’étonner que les meilleurs peintres de ce tempsaient été presqueexclusivement des portraitistes !.

Le groupe des portraitistes allemands n’est pas comparable à l’école de portrait anglaise ou russe du xviue siècle. L’Allemagne, même en faisant appel aux contingents danois, suisses et autrichiens, n’a suscité ni un Gainsborough, ni un Levitski. Mais Ziesenis, Grafi’, Füger, les Tischbein «‘t les Lampi forment cependant une pléiade d’artistes qu’on ne saurait négliger dans l’histoire du portrait.

Phot. Van der Smissen.

Fig. 1X6. — Fr. A. Tischbein :

Le duc Charles-Auguste de Saxe-Weimar.

(Collection du Grand-duc de Saxe-Weimar.)

1. Il signe généralement Georgius Demarées, Ifolmensis Suecus et Autæ Boicæ pivlor primarius. C’est de la même famille <|ii’est issu un des plus grands peintres allemands du xix' siècle : Hans von Marées.

2. Les paysagistes sont très rares à l’époque rococo. L'un des plus connus, le Munichois Beich (1665-1718), est un pèle imitateur tle Claude Loirain.

L’ART EN ALLEMAGNE

L’œuvre du danois Johann Georg Ziesenis. né en 1 7 1 (» à Copenhague, mort en 1 777 à Hanovre, a été la révélation la plus intéressante de l’Exposition de Darmstadt. Les admirables portraits du Comte de Schaumburg- Lippe et de sa femme suffisent pour lui assurer une place éminente parmi ses contemporains.

Les Tischbein forment une véritable dynastie de portraitistes. La renommée de Johann Heinrich 1722-1789), élève de Van Loo, a été éclipsée par celle de Friedrich August (1750-1812' dont le portrait de Christiane Amélie , princesse héréditaire d'Anhalt-Dessau , entourée de ses trois enfants (1798), est un chef-d’œuvre de grâce, et surtout par celle de Wilhelm (1751-1829), l’auteur du célèbre Goethe en méditation du Musée de Francfort. Le dernier des Tischbein, qui est certainement le moins doué des trois, a peint surtout à Home et à Naples sous l’influence néfaste de Winckelmann. Gœtlie et lady Hamilton lui ont servi de modèles pour son tableau d' Iphigénie reconnaissant son frère Oreste (1788).

La Suisse alémanique a produit à la fin du xvme siècle deux artistes d’une grande réputation : Anton Graff et Angelica Kaufmann, dont il sera parlé dans le chapitre sur Y Art en Suisse au xvme siècle *.

L’aristocratisme des portraitistes autrichiens contraste avec le caractère essentiellement bourgeois d’un Graff ou d’un Chodowiecki. Les deux Lampi, Jean-Baptiste l’ancien (1751-1850) et Jean-Baptiste le jeune (1775- 1857), qui étaient originaires du Tyrol welche, et firent à Vienne et à Pétersbourg une brillante carrière, s’inspirent des arrangements et de la technique des portraitistes anglais : Reynolds et Romney, très en faveur à la cour d'Autriche. Friedrich Heinrich Füger (1751-1818) rivalise avec Isabey dans la miniature, comme le prouve le célèbre groupe con-^ servé dans les trésors d’art viennois, représentant Marie-Thérèse et ses enfants (1776).

Winckelmann et la renaissance de l’antiquité. — A partir de 1750 environ, on voit se dessiner en Allemagne, dans l’art comme dans la littérature, un violent mouvement de réaction contre la France. L Allemagne secoue le joug français, mais c’est pour tomber sous celui de 1 antiquité.

Le principal initiateur de ce mouvement est l’archéologue prussien Winckelmann (1717-1768), qui, dès 1755, dans ses Réflexions sur l'imitation des ouvrages grecs, énonce les idées essentielles qu’il exposera en 1764 sous une forme plus systématique dans sa grande Histoire de l art chez les anciens '1 2. Cet ouvrage fut l’évangile des nouvelles générations.

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