Voir la deuxième partie du présent tome
2. Gedanken über die Nachahmung der griechischen Werke. — Gescliichte der Kunst des Altertums.
Sa doctrine se résume en trois propositions essentielles :
1. La beauté est une et non diverse Das wahre Schône ist nur eines inid niclil mancherlei . Elle consiste dans une certaine généralité typique Vnhezeichnung d'où sont exclues toutes particularités individuelles qui
altéreraient sa pureté.
2. Cet idéal a déjà été réalisé par l'art grec. Par suite le seul moyen pour nous de devenir grands est l imitation des Anciens.
.”. Malheureusement les monuments de la peinture grecque ont dis-
Phol. ltruckmann.
Fi»;. 1X7. — \Y. Tischbein : Gœthe dans la Campagne de Rome. (Musée Staedel, Francfort.)
paru. C'est donc sur 1 a plastique : statues, bas-reliefs, camées, «pie le peintre devra prendre modèle. D'ailleurs ce n’est pas le coloris, la lumière et l’ombre qui font le prix d’un tableau, mais la noblesse du contour Kolorit, l.iclil imd Schatteu m adieu ein Gemalde niclit so scluitzbar ii'ie ( 1er edle Contur).
Ainsi, suppression du « caractère » dans 1 œuvre <1 art au prolit d un idéal uniforme et impersonnel, imitation servile de 1 art grec, c est-à-dire de l'a rl gréco-romain de la décadence, le seul connu à cette époque, subordination de la peinture à la sculpture et partant de la couleur à la ligne, bds sont les dogmes promulgués par Winckelmann.
Nul n'a fait plus de mal à l’école de peinture allemande. En lui pré-
L’ART EN ALLEMAGNE
chant un idéalisme conventionnel qui sacrifie la technique au sujet, il l'a dévoyée et stérilisée pour plus d’un demi-siècle. Il est le père de la peinture littéraire : historique, philosophique, encyclopédique, qui va sévir en Allemagne jusqu’au jour où, sous l’influence salutaire des « réalistes » français, les peintres allemands égarés par les esthéticiens s’aviseront de rapprendre leur métier.
Les victimes de Winekelmann sont innombrables. Ni Wilhelm Tischbein ni Angelica Kaufmann n’eurent à se louer d’une conversion qui impliquait un reniement de leur passé. Les deux artistes qui s’identifièrent le plus avec la doctrine winckelmannienne furent le Juif saxon Mengs et le Danois Carstens : si l’un fut l’apôtre de l’esthétique nouvelle, d’autre en fut le premier martyr.
Anton Rafael Mengs (1718- 1779), l’enfant prodige (pie son père Ismaël destinait dès sa naissance à devenir le plus grand peintre du monde et qui avait reçu les prénoms d Antonio et de Raphaël en souvenir des deux grands hommes : Corrège et Raphaël, dont il devait cumuler le génie, était à vingt et un ans peintre du roi de Saxe. Il commença par faire des portraits au pastel dans le goût de la Rosalba. Son talent facile lui aurait permis d’être un agréable peintre de cour. Mais il rencontra à Rome Winekelmann, et de ce jour sa destinée fut changée. Dans son plafond du Parnasse , à la villa Albani, qui fut salué comme un chef-d’œuvre, il s’efforce de réaliser l’idéal de « noble simplicité et de grandeur calme » proposé par Winekelmann : il ne réussit à produire qu’un poncif insipide. Mandé en 17(il à la cour d’Espagne, il séjourna plusieurs années à Madrid où il exécuta de grands travaux de décoration, qui pâlissent singulièrement à côté des prouesses de son prédécesseur Tiepolo.
Le Danois Jacob Asmus Carstens (1754-1798), qui mourut tout jeune à Rome, poussa la doctrine de Winekelmann jusqu’à ses extrêmes conséquences, c’est-à-dire jusqu'à l'abolition totale de la couleur. Son ambition était de faire en peinture ce que son illustre compatriote Thorvaldsen
Phot. Van (1er Smissen.
Fig. 188. — J. -B. Lampi :
L’Impératrice de Russie Marie Féodorovna, femme de Paul Ier, 1797.
(Palais de Stuttgart.)
HISTolHK UK I. AHT
réalisa clans la sculpture. Mais il s’épuisa tragiquement à la recherche de cet idéal décevant. Ses cartons du Musée grand-ducal de Weimar: les Parques, la \uil arec ses enfants , le Sommeil et la Mort, Hélène el les vieillards de Troie, sont le pitoyable avortement d'une volonté mal dirigée.
Ces carions marquent le début de l’école de Cornélius, l’école de la /teinture incolore, la plus prodigieuse* aberration que connaisse l'histoire de l’art.