I. Ancienne orthographe pour Sèvres
La faveur royale et l'enseignement de l'Académie imposèrent notre architecture, notre sculpture, notre peinture, si bien que le Danemark du xvme siècle apparaît comme une province de l'art français.
Architecture. — Sur le modèle îles Plus Excellais Bâti mens de France, Tliurah publia Den danske Vitruvius (Le Vitruve danois , qui reproduit les principaux édifices du Danemark; malheureusement, ce recueil gravé s’arrête à 17 iti.
Le château royal de Christiansborg, construit de 1 7. VJ à 1740, sous le
Fig. 189. — Jardin : Projet de décoration pour le château de Christiansborg,
à Copenhague.
règne de Christian VI, le palais d’Amalienborg et l'église Frédéric ou église de Marbre, qui datent du règne de Frédéric \ , sont les œuvres capitales de l’architecture danoise du xvmc siècle.
Christiansborg, qui s’élève dans I île du château Slotsholmen . noyau de la vieille ville de Copenhague, a été presque entièrement détruit par deux incendies en 1784 et en 1894. A en juger d’après le i'itruve danois . qui en donne le plan et la façade, c’était une construction assez, lourde, comportant un rez-de-chaussée en gros appareil et deux étages relies par un ordre colossal de pilastres. L influence de I art français était partout visible. La Salle des Chevaliers était l’œuvre de l’architecte français Jardin, et la décoration plastique avait été confiée, en 1755, au sculpteur
L’A HT DANS LES HA Y S SCANDINAVES
français Louis-Auguste Le Clerc, lils du graveur Sébastien Le Clerc et élève de Coysevox. Les appartements royaux étaient décorés de nombreuses peintures françaises. Les inventaires du xviiC siècle signalent, à l'étage du roi, des tableaux de bataille de Parroeel, des scènes de chasse d’Oudry, le portrait de Louis AT par \ an Loo ; à l'étage du prince royal, le Printemps de La ncret, des dessus de porte deJeaural. La plupart des pièces étaient tendues de magnifiques tapisseries de liante lisse des Gohelins : les Métamorphoses d'Ovide d’après Oudry, la suite d'ils (lier d’après de I roy, que le roi Christian Vil avait rapportées, en ITbS, de son voyage à Paris.
Fhot. Ilude-
Fig. 190. — La place d’Amalienborg, avec la statue île Frédéric V. par Salv, à Copenhague.
Le nouveau quartier A' Amalienborg , création de Frédéric \ , est également de conception toute française. La belle place octogone qui en forme le centre est entourée de quatre pavillons, primitivement séparés, qui servaient de résidence à de grandes familles de l’aristocratie danoise; après le premier incendie du château de Christ iansborg, ces quatre hôtels furent achetés en bloc par le roi, et, reliés par des galeries, formèrent les quatre ailes du palais royal.
De cette place, une perspective est ménagée vers 1 Eglise Frédéric ou Eglise de Marbre, dont la coupole en cuivre doré domine tout le quartier. Les plans de cette église monumentale furent remaniés par le Français Jardin, qui emprunta au Panthéon de Soufflot le péristyle corinthien de la façade et le tambour à colonnade de la coupole. Commencée en 1749,
T. VII
l’église resla inachevée, faute d’argent, en 1770 : elle n'a été terminée que de nos jours 1878-1894 .
A la fin du xvin' siècle, Kaspar Frederik Harsdorff 1735-1799 , élève de Jardin, formé à Paris sous l'influence de Soulllot, introduit le classicisme en I )anemark.
Sculpture. — Dès le xvn' siècle, le Danemark fait appel aux sculpteurs lrançais. (.est le Lyonnais Ahraliam-César Lamoureux, élève de
Coustou, qui dressa, en 1688, sur la Place Royale Kongens Xytorv , centre du vieux Copenhague, la sial ne équestre de Christian I dont le cheval foule aux pieds le symbole de I Envie.
C’est également à un Français, Jacques-François Saly 1717-1 776 .
qu’est due la sial ne équestre de Frédéric P, qui marque le centre de la place d’Amalienborg. Le roi s'était d’abord adressé à Bouchardon pour exécuter la statue dont la Compagnie Asiatique désirait lui faire hommage. Saly, qui s’était fait connaître par la statue pédestre de l.ouis AT, qu il venait d’exécuter, en 1752, pour Valenciennes, sa ville natale, fut désigné pour le remplacer, et il partit, en 1755, pour Copenhague. Sa statue équestre, <jui, comme le Louis A7J de Cirardon, représente Frédéric Y la mort du roi, en 1766 : mais elle
En;. 191. — Salv Buste de Frédéric Y. 1754. (Académie do Copenhague.)
en costume romain, était terminée ne fut inaugurée qu'en I7681.
Presque aussitôt après son arrivée, Saly avait été nommé directeur de l'Académie royale 1754). Il forma des élèves (h* talent, entre autres \ndré \\ iedenhanpt, qui partit en 1762 pour Paris où il travailla sous la direction de Pajou. Quand Saly rentra en France, en 1774, il fut remplacé, comme directeur de l'Académie, par le sculpteur Johann Wiedewelt, qui avait été à Paris élève de Coustou U* jeune, mais qui, pendant les quatre années qu'il passa ensuite à Borne dans le cercle de \\ inckel-
I. Elle a été gravée par le \urembergeois Johann Martin Preisler.
L’ART DANS LES PAYS SCANDINAVES
mann, s’était converti à la « noble simplicité » des anciens. Dans ses monuments funéraires de Christian VI et de Frédéric I à la cathédrale de Rôskilde, Wiedewelt apparaît comme le précurseur direct de Thorvaldsen.
Peinture. — Après l'invasion des peintres des Pays-Bas, le Danemark accueille une colonie de peintres français : de ce double apprentissage sortira l'école nationale.
Dès le xvne siècle, en 1684, le réfugié français Jacques d’Agar 1640- !715\ qui avait été rayé comme protestant des registres de l'Académie royale, devient le peintre attitré de Christian \ .
C’est à des peintres français que recourent de préférence les rois de Danemark pour faire leur portrait, décorer leurs palais, enseigner dans leur Académie. En outre, Copenhague est pour nos artistes nomades une étape tout indiquée sur la route de Pétersbourg. C’est ainsi que Le Lorrain et Tocqué, (pii firent en 1758 le voyage de Russie, l'un pour professer à l’Académie qui venait d'être fondée, l'autre pour faire le portrait de la tsarine Elisabeth, s'arrêtèrent à la cour de Danemark. Tocqué fit le portrait du roi et de la reine, et, de retour à Paris, offrit à l'Académie de Copenhague, qui
l’avait nommé membre étranger, un Fig. 192. — Tocqué : La reine
1 Juliane-Marie de Danemark, 1792.
poitiait (le iVdliei . (Palais Moltke, Copenhague.)
L’école danoise proprement dite
s'annonce avec Nicolas Abildgaard (1745-1809), dont malheureusement les décorations de Cbrist iansborg ont péri, et J eus Juel 1 745-1802), que ses portraits et ses scènes de mœurs ont rendu populaire.
En somme, à la fin du xvme siècle, l’apprentissage français, dont Jardin et Saly ont fait bénéficier les élèves de l'Académie de Copenhague, semble porter ses fruits. Une école nationale se dégage avec l’architecte Harsdorff, le sculpteur Wiedewelt, le peintre Abildgaard. Pour la première fois, avec Thorvaldsen, un artiste danois va conquérir une réputation européenne.
HISTOIRE DE l/A HT
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