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RUSSIE

L’histoire de l'art russe, comme celle de la civilisation russe, en général, se divise en deux périodes inégales : la période antépét revienne , 1 (pii va de la conversion de \ ladimir au christianisme, en 1)88, jusqu au règne de Pierre le Grand, et la période pét revienne ou pétersbourgeoise, qui comprend les deux derniers siècles. Dans la première période, les Russes élaborent, avec des éléments empruntés à Byzance, un art original : la seconde est caractérisée par la transplantation en Russie de l’art d’Occident.

Cette division commode n’est juste que sous certaines réserves. Il est certain que la fondation de Petrograd, sous le nom allemand de Pétersbourg 1705), marque un tournant décisif de l’histoire de Russie. En transportant sa capitale du centre de l’Empire au bord de la Baltique, Pierre le Grand mettait fin à l'isolement séculaire de son peuple et lui ouvrait, selon le mot célèbre d’Algarotti, « une fenêtre sur l’Europe ». Aucun autre pays n’offre l’exemple d'une révolution aussi brusque, aussi radicale, accomplie non par le soulèvement des masses populaires, mais par la volonté d’un autocrate. Il semble qu’un abîme sépare la vieille

liussie atitépélrorietmi' I topetrovskaïa Rouss delà nouvelle liussie pétri. vieune fPetrovskaïa Rossia

En réalité, cet h' césure rst beaucoup moins nette (pie ne l'imaginent des esprits simplistes ou systématiques. Il ne faut pas croire que « 1 occidentalisation »> de l’art russe date des réformes de Pierre le Grand. Ce phénomène est bien antérieur, puisque, dès le mi* siècle, on trouve dans 1rs églises de Vladimir et dans celles de Novgorod des motifs ornementaux empruntés aux églises romanes, et qu'à la fin du xve siècle le Kreml de Moscou, — ce sanctuaire de l’art et de l’histoire russes.

— a été édifié par des architectes italiens. Tout ce qu’on peut dire, c’est qu’avant Pierre le Grand les influences occidentales sont subordonnées aux traditions byzantines, tandis

Fia. 201. - I*. A, Solari : Le Palais à facettes. <lu « Partir de son règne<

Kreml de Moscou, lioi. ces influences prédominent

sans contrepoids.

I — PÉRIODE ANTÉPÉTROVIENNE

Nous n étudierons ici que la fin de cette période, caractérisée par la prépondérance de Moscou, qui se substitue, à partir du w1 2' siècle, aux anciennes capitales de I art russe : Kiev', \ ladimir et Novgorod*.

Architecture. — Si les églises construites avant l’invasion mongole du xi 1 r siècle ne sont que des variantes plus ou moins originales du schéma byzantin, l’architecture qui se développe à Moscou, à partir du règne d Ivan III. le rassemblent- de la terre russe, s en écarte de plus en plus. Elle subit, en effet, deux influences qui viennent eontre-balancer la tradition byzantine : I" 1 influence de l’architecture Renaissance ('I baroque de I Occident ; "J" celle de I architecture nationale en bois.

/./. KREML DE MOSCOi N — Les palais, les cathédrales, les murs du

1. Comme on le voit, les Musses emploient doux mots différents pour désigner In Russie ancienne et la Russie nouvelle.

2. Sur Part russe du \i" au \vi° siècle, cl’., au tome III de Vllistoire <!e l'Art, le chapitre de M..G. Millet, intitulé : L'Art chrétien < l'Orient .

". La forme Kremlin, «jue Voltaire écrit Cremelin. n'a aucune raison d’étre.

L’ART EN RUSSIE

Kreml de Moscou, où de naïfs voyageurs croient reconnaître les caractères du « style russe » le plus pur, ont été construits à la fin du xve siècle par une colonie d architectes italiens, appelés en Russie par le grand prince Ivan 111 (1462-1505), qui avait épousé Sophie Paléologue, héritière des basileis de Byzance. Le plus célèbre de ces artistes « francs », que les Russes désignent sous le nom générique de Friazines, est l architecteingénieur bolonais Ridolfo Fioravanti, surnommé Aristote, qui construisit, en 1478, sur le type de la cathédrale de Vladimir, YFglisedela Dormition ou de Y Assomption (Ouspenski sobor). Un peu plus tard, en 1505, le Milanais Alevisio Novi (Aloisio de Carezzano élevait une autre église à cinq coupoles,' la Cathédrale de l' Archange ( Arkhangelski sobor , qui, tout en conservant les formes traditionnelles, introduisait dans l'architecture russe des motifs purement italiens : corniches, niches à coquilles, pilastres décorés de rinceaux. L’appareil à bossages en pointe de diamant du Palais à facettes Granovitaïa Palata), construit en 1491 par Marco Ruflfo et Pietro Antonio Solari, est visiblement imité des palazzi florentins. Les courtines crénelées, hérissées de tours de défense ou de guet, qui enferment ce prodigieux assemblage de palais et d'églises, rappellent la menaçante silhouette du Castello Sforzesco de Milan.

L'ARCHITECTURE EN ROIS de la RUSSIE DU nord. — Les architectes italiens d’Ivan 111 eurent le mérite d'enseigner aux Russes, outre certaines formules décoratives de la Renaissance, les secrets d'une technique qui s’était perdue sous la domination mongole. Mais, sans déprécier l'utilité de cet apprentissage, on peut dire que la formation du style nouveau est due principalement à l'architecture en bois de la Russie du Nord. L histoire de l’architecture de Moscou est, en grande partie, Y histoire de la transposition des formes de la construction en hais dans l'architecture en pierre.

HISTOIRE DK L'ART

La plupart dos églises en bois de la Russie du Nord ne remontent guère qu'au xvn" et au xviii siècle : les incendies, les persécutions dirigées contre les communautés de « vieux croyants » en ont diminué' le nombre. Mais le conservatisme de I art populaire nous donne lieu de croire que les églises subsistantes reproduisent fidèlement des types beaucoup plus anciens.

Les églises, particulièrement répandues dans les gouvernements de \ ologda, d ( Monels et d Arkhangelsk, sur les bords de la Dvina septentrionale cl de la Mezen, présentent une très grande variété de formes : en

pyramide, à étages, à coupoles; quelques-unes, comme l’église à vingt et une coupoles de Kiji Gouvernement d’Olonets). atteignent <-> des proportions grandioses. Pour

limiter le danger des incendies, les édifices religieux forment souvent des groupes isolés à une assez grande distance des villages. Rien de plus poétique que ces gerbes (b* clochers qui surgissent , comme une fantastique apparition, sur le bord d’un fleuve ou au milieu d’épaisses forêts de sapins. Cette architecture, 'd’une merveilleuse logique, semble l’émanation même du paysage.

ÉGLISES MOSCOVITES DI XV h ET Di xvii’ sieci.e. — C’est à cette architecture nationale en bois que les architectes moscovites empruntent, au x\T siècle, le plan et les principaux éléments de leurs constructions. Le plan carré des Byzantins est remplacé par une forme polygonale. Pour passer du carré à 1 octogone, on imagine des rangées d’arcs en encorbellement kokochniki), qui souvent se chevauchent de la façon la plus pittoresque. Lutin, la coupole arrondie g lava cède la place à un haut clocher conique en forme de pyramide ou de tente [cimier)'.

Ce tyj >e d'églises pyramidales cliatrovijê klirannj n’évince pas du premier coup le type traditionnel à coupoles. L’église de la Décollation de saint Jean-Baptiste à Diakovo , près de Moscou, construite en 1.V2!), à la suite d’un vœu, par le grand prince \ asili Ivanovitch, est un curieux

l ie. ‘20.". Eglise en bois <le Sainl-Xicolas. 1 légion d’Arkhangelsk.

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