CHAPITRE II
LA SCULPTURE FRANÇAISE DANS LA PREMIÈRE MOITIÉ DU XVIIIe SIÈCLE1
Girardon et Coysevox étaient encore vivants le jour où, pour représenter la Sculptvre, Antoine Watteau eut la fantaisie de faire, à la sanguine, le pétillant dessin d’un petit singe goguenard et lyrique, brandissant la masse et le ciseau, fort agité devant un bloc de marbre où il achève de tailler le buste d’une jeune femme. Le marbre ne « tremble » pas devant ce statuaire imprévu comme devant Puget, mais il sourit de tous ses souples modelés et se prête complaisamment aux caresses de l'outil comme aux grâces un peu chiffonnées du féminin visage. Si Coysevox eut jamais l’occasion de jeter les yeux sur la sanguine de Watteau, il éprouva sans doute quelque surprise, mais put sourire avec indulgencç. La jeune génération qui entrait en scène s’était formée à son école et à celle de Girardon. Elle assistait sans tristesse au mélancolique couchant du trop long règne du « roi Soleil ». De toutes parts, les palettes s’égayaient à la demande du décor architectural devenu plus léger, comme l’ébauchoir et le ciseau se plaisaient à la recherche de formes toujours plus sveltes et frémissantes. C’est bien à la sculpture de la première moitié du siècle que s’applique la définition que Falconet, vers la fin de sa vie, devait encore donner de son art en lui assignant comme mission l imitation de la « nature vivante, animée, passionnée » et l’expression, « dans les moindres plis et mouvements de la peau selon les mouvements des membres » (trop négligés, à son gré, par les anciens), des plus fugitives palpitations de la vie. Quand Piron louera Guillaume Coustou d’avoir su donner à la pierre et la vie et le sentiment, c’est