‹ Histoire de l'art (volume 4)Chapitre 100 sur 119 · Par M. Jean Laran · texte numérisé non relu

Par M. Jean Laran

T. vm.

et de si bons élèves. C'est à juste titre que l'estime des amateurs de beau métier est allée naguère à des hommes comme Jules François (1809- 1861), Émile Rousseaux (1841-1874), Louis Boutelié 1843-1915), Jules Jacquet ( 1 841-1915) et son frère Achille 1846-1908). La Chalcographie du Louvre, la Société française de Gravure (fondée en 1868), les publications de l’éditeur Goupil ont fait connaître de ces praticiens accomplis des planches pleines de savoir et de goût.

Partout, tà l’étranger, subsistent des représentants impeccables de la tradition : à Rome, Paolo Mercuri 1804-1884); à Düsseldorf, Joseph Kcller 1811-1875); à Berlin, Eduard Mandel 1810-1882)

Mais, si cet arl probe et guindé garde encore sa place dans la hiérarchie officielle, les artistes et le public s’en détachent de jour en jour. Longueur de temps et discipline sont des préceptes périmés.

Gaillard. — Seul, parmi les adeptes du burin, Claude-Ferdinand Gaillard 1834-1887) a provoqué ce sentiment de surprise qui est devenu la condition du succès. Issu d’une famille d’artisans, il s’imposa un apprentissage sévère, puisqu’il eut le prix de Rome en 1856. La réprobation des puristes atteignit cependant, au Salon de 1865, son Jean Bellin, qui fut relégué parmi les refusés avec l'Érasme de Bracquemond. En 1869, L llomme à l'Œillet, d’après Van Eyck, fut admis à regret par Charles Blanc à la Gazelle <les Beaux-Arts.

Une délicatesse d’œil et de main sans précédent caractérise ces planches. Les modelés, blonds ou vigoureux, sont obtenus par des travaux qui échappent au regard : tailles serrées, parallèles, d’une ténuité impondérable. Cétait la négation du métier classique. Mais on ne pouvait rester longtemps insensible à l’exécution prodigieuse d'œuvres comme le petit bronze du Gallamelala , La Vierge au donateur de Bellini 1865), La Vierge et /’ Enfant, d’après Botlicelli 1865-1872), Le Crépuscule de Michel-Ange ( 1876), la Tète de Cire de Lille (1878).

Ses portraits originaux ont été plus célèbres encore. Dirigé par des idées mystiques, il s’était imposé de représenter successivement le Pape i Vie IX), le Roi ( comte de Chambord), l’Évêque Mgr Pie), l’Abbé Dont Guéranger ), le Jésuite de Père Ilubin), la Religieuse ( Sœur Posai ie).

Un modelé en trompe-l’œil, une recherche de l’expression intense, une application de primitif à rendre jusqu’aux rides, aux pores et aux verrues ont assuré le succès de ces figures. Mais, comme le disait André Michel en 1885, « on éprouve je ne sais quel invincible regret à voir une science si merveilleuse aboutir par endroits à donner l’aspect d’une héliogravure ». Il y a en effet, dans cette hantise du détail, dans certains dégradés, dans certains flous et jusque dans ce procédé facile du brillant.

dans I œil, un goût de retoucheur photographe qui gâte un peu un si beau métier.

Telle est la dernière tentative, au xixe siècle, pour renouveler la technique du burin. Depuis lors, l'outil est devenu, pour les jeunes, comme une survivance d’un passé lointain. C'est précisément par sa saveur archaïque qu'il séduit de nouveau quelques contemporains. Mais alors ce n'est [tas à Henriquel ou à Gaillard qu’ils demandent conseil. C'est à Durer, comme le faisait naguère, en Hollande , l’énergique Pieter Dupont. C'est à des maîtres de plus haute époque encore, comme le font aujourd'hui nos graveurs «d’avant-garde ».

L'Eau-forte de reproduction. — Quoique l’art classique ne l'ait, à vrai dire, jamais renié, le procédé confère à ceux qui l’emploient un cachet de modernisme.

Les transfuges du burin, comme le souple Léopold Flameng 1851- 1011 ) ou comme Wal tuer 1846-1025’', aux effets plus sonores, ont eu des admirateurs dans les deux camps. Jacquemar a connu un long succès avec ces natures mortes extraordinairement habiles que sont les Gemmes et Joyaux de la Couronne , gravées de 1864 a 1868. K. Kœpping (1848-1014), élève de Waltner, et W. Unger ont occupé en Allemagne une situation considérable.

Mais c'est la gravure de reproduction tout entière qui perd du terrain chaque jour. Ses derniers fidèles ont consommé eux-mêmes leur défaite en appelant la photographie à leur aide, et en ne nous donnant ainsi trop souvent que des traductions de traductions. Un homme comme IL Rivière est plus conséquent avec lui-même quand il pratique franchement les techniques industrielles et les élève au rang d'un art véritable.

Fie. 558. — Gaillard : Dom Guéranger.

Gravure au burin. 1878.

1857-1880), malgré sa facture un peu maigre,

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l’eau-forte et la pointe sèche originales

Suivant l’exemple des romantiques, la plupart des peintres, des illustrateurs et même des sculpteurs ont manié la pointe.

En France, il faut tout au moins citer Degas, Manet, Marcellin Desboutin, Pissarro, Bonvin, Ribot, Besnard, Forain, Lepère, Bodin, Steinlen, Huard. En Espagne, Fortuny. En Belgique, Leys, Baertsoen et Ensor. En Hollande. Jongkind, Israëls et M.-A.-J. Bauer. En Allemagne, Hans Thoma, Wilhelm Leibl, Max Klinger, Max Liebermann et Kâte Kollwitz. En Suisse, Van Muyden. En Suède, Karl Larsson. En Amérique, Mary Cassait

Ce n'est pas sans remords que nous nous bornons à cette sèche et incomplète énumération. Mais, quelle que soit la valeur de leur œuvre sur cuivre, la personnalité de ces artistes a su. s’exprimer mieux encore par d’autres moyens, et il nous faut réserver un peu de place à ceux qui nous semblent avoir été essentiellement des graveurs.

Seymour IIaden. — Chirurgien notoire, Sir Francis Seymour Haden, né à Londres en I<X1X, est, parmi les aquafortistes, beaucoup plus qu'un amateur. S'il ne parvint pas à forcer les portes de la Boval Academy, il fut le président respecté de la Painters-Etchers Society. Quand il mourut, en 1910, il était depuis longtemps le « leader » de la gravure originale.

C'est au cours d’un voyage de détente en Italie, en 1845, qu'il aurait gravé ses premiers croquis. 11 est déjà tout entier dans ces indications cursives soutenues par quelques noirs savoureux. Nous connaissons la formule pour l'avoir rencontrée chez Geddes, chez Wilkie... et chez Rembrandt, que Seymour Haden saura interroger jusqu’à l’indiscrétion.

Si la date inscrite sur ces premières planches est celle de leur exécution, l’intervention de Whistler n’était pas si nécessaire qu'on l’a dit pour lui remettre, en 1858, la pointe en mains. Peut-être n'a-t-il pas échappé alors à l’emprise de son futur beau-frère; mais l'influence est tout au moins réciproque, et ce n’est pas le moindre de ses titres de gloire.

Seymour Haden est le graveur des rivières et des parcs de la vieille Angleterre. Il donne parfois l'impression d’avoir vu surtout dans la limpidité des eaux l’occasion d’une belle morsure et dans la ramure des grands arbres le prétexte à de belles valeurs veloutées de pointe sèche. Les deux cent cinquante pièces de son œuvre sont de brillantes variations exécutées par un remarquable virtuose.

L’ESTAMPE

Wiiistler. — Il n'avait que vingt-trois ans, quand il fit, en 1857, ses premiers essais. L'année suivante, il dédiait à son « vieil ami » Seymour lladen ses Douze eaux-fortes d'après nature, que l'on a nommées la « suite française», car elle fut imprimée à Paris, chez Delâtre. Ce sont des paysages et des types de France et d’Alsace, traités en croquis, d une pointe vive et spirituelle.

En 1859, paraissent à Londres les Seize vues de la Tamise. C’est le fleuve des docks, grouillant et déguenillé, avec son décor sordide de « warehouses » de planches, couvertes d’enseignes tapageuses, avec sa

F i « ; . 5ô9. — Whistler : La Tamise. Eagle wharf. Gravure à l’eau-forte, 1850.

végétation de pilotis, de mâts et de cordages, ses relents de saumure et de suie. Or, la merveille, c’est d’avoir exprimé ce pittoresque un peu louche dans la langue la plus aristocratique.

A plusieurs reprises, notamment en 1861 et 1879, Whistler reviendra sur ce sujet. 11 remontera les rives du lleuve, passera sous le vieux pont de pilotis de Battersea, ira respirer les cieux moins fumeux de Chelsea, de Fui liant et de Putney. Sa pointe, toujours plus subtile, rendra la légèreté de la hrume et la délicatesse de l'atmosphère. Ses mises en page auront la hardiesse d’arabesque des Japonais.

En même temps, il esquisse de nombreuses figures, où, parmi des indications par trop fugitives, se laissent entrevoir quelques charmants petits modèles, Maude, Tillie, sveltes comme des gazelles et fines comme des Tanagra.

S, Si,

Son œuvre de paysagiste se complète et se transforme encore avec scs deux séries de Venise (1880 et 1880). Lntre le ciel et la lagune, la ville allonge une mince IVange de dômes et de clochers. Nobles et

délabrés, les palais plongent dansl’eau dormante leurs façades fleuries.

Desvoûtes offrent la paix de leur ombre transparente. Visions délicates, qu’expriment des morsures légères, une encre blonde, une pointe qui évite d’insister et d'appuyer.

Puis l’artiste nous promène à Londres, Amsterdam, Ostende, Bruges, Bruxelles, Calais, Tours. Loches, Paris.

Sur un ton de plus en plus détaché, en quelques touches papillotantes, il évoque les ateliers de forgerons, les échafaudages de maçons, les pauvres éventaires de tripiers, de fruitiers, de barbiers, de chiffonniers, de bouchers. Le dernier croquis (le n° 442 du catalogue) est daté de Corse, en 11)00.

Fin. 500. — Tissot : Mavournern. Pointe sèche. IN77. Ll-.GIiOS Kl llSSOI.

— On sait comment le

peintre dijonnais Alphonse Legros 1857-1911 a trouvé, vers 1803, en Angleterre une seconde patrie. Quelques années auparavant, il avait gravé ses premières planches. Des sept cents pièces qui composent son œuvre, beaucoup se signalent par une gaucherie et un laisser-aller agressifs, qui n’ont ()ue trop fait école. Mais ce primitif sait fort bien, à l'occasion, graver de la main la plus souple de petites planches fort habiles,

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