LES NÉO-FLORENTINS ET LES NÉO-GOTHIQUES
A côté de ceux-ci, avant eux même, étaient apparus dans l'école, parmi les plus brillants élèves de Home, des esprits plus aventureux qui avaient ouvert les yeux sur d'autres modèles que ceux de l’antiquité classique, sur cette plastique nerveuse et vibrante du quattrocento florentin que la curiosité découvrait vers le même temps. Les élégantes maigreurs toscanes les séduisirent, l’âpre naturalisme d'un Donatello les influença, sans les convertir complètement . Au Salon de 1865, où figurait le classique Mercure de Chapu et où nous allons noter tout à l'heure l'apparition de la première grande œuvre caractéristique de Carpeaux, ÏUyolin, Paul Dubois donnait le modèle de son Saint Jean-Baptiste enfant , dont un bronze, fondu l'année suivante, allait traduire au mieux l’élégante et nerveuse sveltesse, en attendant le pittoresque accoutrement et la gracilité un peu banale de son Chanteur florentin de 1865. Plus tard 1876), le tombeau du général Lamoricière, à la cathédrale de Nantes, devait lui donner encore plus directement l’occasion de s’attaquer à cc> modèles de la Renaissance qu'il aimait entre tous, avec ses quatre statues allégoriques du Courage militaire, de La Charité, de La Loi et de L'Etude
Phot. Giraudon
Fig. ">08. — Falguière :
Vainqueur au combat de coqs (bronze).
(Musée du Louvre.)
LA SCULPTURE EN FRANCE
disposées comme dans les grands tombeaux du xvie siècle français et, inspirées évidemment pour la plupart de types italiens.
Ce fut, un moment, une véritable mode, assez concordante, du reste, avec le goût du pastiche qui sévissait dans larchitecture et le mobilier contemporains. Le Vainqueur au combat de coqs de Falguière (né en 1851 | montra, au Salon de 1864, une imitation flagrante du Mercure de Jean Bologne, avec une de ces figures d adolescents graciles, parmi lesquels pouvait déjà se placer le Pêcheur napolitain de Carpeaux, paru quelques années plus tôt, et parmi lesquels allaient venir se ranger le IhUre et ['Enfant monté sur une tortue de Delaplanche, Y Abel mort de Fei gère des Forts et, en 1872, le David vainqueur d’Antonin Mercié qui évoque, toujours dans la vigueur nette et incisive du bronze, le souvenir de Verrocchio. Un peu plus tard, le joli Mozart enfant de Barrias (1881 i se rattachera encore à cette série de statuettes fines et pittoresques que guettaient les reproductions réduites des éditeurs d’art, dont le commerce se développait de plus en plus à celle époque.
Barye continuait, d’ailleurs, de sou côté, durant cette période du Second Empire, et jusqu’à sa mort en 1875, avec une perfection technique singulière de ciselure et de fonte, l’édition de ses petits animaux et de ses puissantes figurines de bronze. Il n était pas le seul. Le neveu et 1 élève de Rude, bourguignon comme lui, Emmanuel Frémiet, né en 1824, avait commencé dès 1850, avec son Chien courant blessé, une série d’animaux, moins grandioses que ceux de Barye, mais spirituels et précis; il avait créé aussi toute une série de figurines pittoresques et réalistes comme son Cavalier gaulois et son Cavalier romain du Musée de Saint-Germain, ou ses soldats destinés a 1 amusement du Prince impérial. A côté de lui, Mène, puis Jacquemart et Auguste Caïn se spécialisaient à peu près entièrement dans 1 évocation d une laune grouillante menue ou monumentale; mais brémiet, tempérament plus
Pliot. Girandon.
lii;. 301). — Antonin Mercié :
David vainqueur (bronze).
(Musée tlu Luxembourg, Paris.)
varié et plus divers, rivalisait avec ses contemporains épris du quattrocento dont nous parlions tout à l’heure, dans son jeune Pan aux oursons de 1867. d’un classicisme nerveux et fin, ou bien il se laissait aller à une inspiration historique qui le rapprochait des romantiques dans son Duc d'Orléans de Pierrelonds par exemple (1869); il renonçait, du reste, à toute fougue désordonnée, à toute couleur locale approximative; chacune de ses figures de restitution, la Jeanne d'Arc, le Porte-falol, le Duguesclin,
le Velâzquez, soigneusement étudiée et « documentée », témoignait d’un esprit vigoureux et d'une science anatomique parfaite, en même temps que d’une sorte de force réaliste dont on retrouverait l’origine dans renseignement et la tradition de Rude. Même lorsqu'il s'ingénia à évoquer les figurés et les drames de L'Age de pierre , moins heureusement servi peut-être ici par une science conjecturale approximative, il conserva une vraisemblance et une force d’évocation surprenantes.
La renaissance du goût pour l'art national du moyen âge, l’effort de reconstitution des Lassus et des Viollet-le- Duc, auraient pu, semble-t-il, susciter d’intéressantes créations parallèles en sculpture, d’autant que ces architectes ne se faisaient pas faute de compléter largement la parure plastique des édifices qu’ils restauraient. Mais leurs collaborateurs, les Michel-Pascal et les Geoffko y-Dechaume, qui exécutèrent, pour les façades des cathédrales de Laon et de Paris par exemple, telles séries de figures d’apôtres et de prophètes, ou tel Christ bénissant, imité de celui d’Amiens, qui sont certainement d'un bon style, ne s’élevèrent guère au-dessus de l’honnête pastiche, et les rares œuvres de caractère gothique réel qui aient vu le jour alors sont, avec l’émouvant Cavaignac et le magnifique Calvaire de Saint-Vincent-de-Paul de la fin de la vie de Rude, quelques morceaux de Frémiet, consciencieux travaux d'archéologue, servis par un don incontestable d’évocation historique.
Fig. 510. — E. Frémiet : Louis d’Orléans (bronze).
(Château de Pierrefonds.)
LA SCULPTURE EX FRANCE