CARPEAUX
C’est à Rude que se rattache aussi, avec celle d’autres élèves moins brillants ou moins doués, comme Cabet, Cordier ou Becquet, la formation initiale du talent de Carpeaux. Né en 1827 à Valenciennes, dans un milieu très humble, celui-ci vint à Paris de bonne heure, dès 1858, et fréquenta tout jeune les cours de lEcole de dessin de la rue de l’Ecole - de - Médecine, la « petite Ecole », comme on l’appelait.
Il chercha ensuite l’appui et les leçons d’un sculpteur son compatriote et son parent,
Henri Lemaire, l’auteur du fronton monumental de la Madeleine. Découragé de ce côté, il fut accueilli au contraire et deviné, semble-t-il, par Bude avec lequel il travailla à plusieurs reprises en 1844 et 1840. Reçu dès cette époque à l’Ecole des Beaux-Arts, soutenu par ses amis de Valenciennes, Victor Liet et Foucart qui lui commandera en 1848 son premier grand travail, un bas-relief de La Sainte Alliance des peuples, tout inspiré de l’esprit du moment, par le notaire Beauvois dont il fera plus tard un admirable buste, il arrive à poursuivre ses études, malgré la gêne de sa famille, dans l’atelier classique de Duret où il entre en 1850. Premiers succès d'école, premiers essais infructueux pour le prix de Rome, premiers travaux. Déjà la Soumission d'Abd-el-hader paraît au Salon de 1 855 ; elle se rattache toujours, du reste, à la manière assez Iroide dans laquelle Lemaire et David d'Angers avaient traité le bas-relief historique, sans trahir encore le bouillonnant génie du jeune sculpteur.
Fig. 511. — Carpeaux : Ugolin et ses enfants (bronze). (Musée du Louvre.)
C’est a Rome, où il arrive enfin en 1854, que celui-ci se révèle, avec son petit Pêcheur à la coquille ; le souvenir du morceau réalisé par Rude vingt ans auparavant y éclaté ; mais une grâce nerveuse et un peu tourmentée, moins de calme simplicité y trahissent le tempérament ardent et fougueux du jeune homme qui va s’exprimer bien mieux encore, peu de temps après, dans le groupe tragique et mouvementé d I cjolin el ses fils. Malgré son éducation classique et le milieu dans lequel il travaille, c'est comme une poussée de romantisme- qui jette notre artiste vers l'épopée moderne de Dante et qui lui fait choisir cet épisode d’un dramatique exaspéré et horrible, dont les acteurs convulsés vont s’inspirer, par une sorte de hantise évidente, des damnés de Michel-Ange.
I ne science exacte s’y affirme cependant dans le rendu natura-
Phot. Arclî. phot. d’art et d’histoire.
Fig. 512. — Carpeaux :
Buste de Mademoiselle Fiocre (plâtre original).
(Musée du Louvre.)
liste des figures, qui témoigne de l'influence féconde de Rude, avec une sorte d’équilibre dans la composition pyramidante que ni les romantiques de 1850, ni les « expressionnistes » passionnés de 1800 n'auraient su conserver.
Cependant YVgolin, célébré à Rome avec enthousiasme, avait déplu à Paris en 1862. L'exécution en marbre fut refusée. Une intervention officielle permit la fonte du bronze, et c’est seulement en 1867 qu’une commande privée en amena la réalisation en marbre qui appartient encore aujourd'hui à une collection particulière, tandis que le bronze exposé un temps dans les Tuileries a été abrité au Louvre.
Phot. Arch. phot. d’art et d’hisloire.
Fig. 513. — Carpeaux :
Buste de Ch. Garnier (bronze).
(Musée du Louvre.)
Histoire de l'Art VIII. PI .VIII.