‹ Histoire de l'art (volume 4)Chapitre 13 sur 119 · CARPEAUX. LA DANSE · texte numérisé non relu

CARPEAUX. LA DANSE

Modèle original en plâtre pour le groupe de l'Opéra. ( Musée du Louvre.)

Librairie Armand Colin. Paris.

LA SCULPTURE EN FRANCE

Carpeaux ne devait plus revenir à cette inspiration farouche et grandiose qui se rattache au romantisme et fait présager les recherches d'expression outrancière d’un Rodin. 11 fut emporté par le goût moyen de son époque, par le succès qui accueillit ses œuvres plus brillantes et moins profondes. Il allait être, en effet, presque aussitôt son retour à Paris, consacré comme portraitiste par la faveur du public le plus élégant et le plus haut placé. A Valenciennes et à Rome, des études de ligures diverses, la Palombella, qui est une figure de modèle italien, la Meuse qui n'est qu’un portrait d’Anna Foucart, avaient déjà montré ce

Phot. Giraudon.

Fig. 314. — Carpeaux : La Flore îles Tuileries (plâtre original). (Musée du Trocadéro, Paris.)

dont il était capable en cette matière. Le buste de la Marquise de La 1 alette, femme de notre ambassadeur au Vatican, tut un des premiers de ses grands bustes mondains. En 1865, il allait faire celui de la Princesse Mathilde , dont on sait le caractère décoratif et la noble élégance. L année d’avant, la vigoureuse effigie du notaire Beauvois, le « A itellius de la Rasoche », avait prouvé sa maîtrise si souple, en attendant les portraits du peintre Giraud , de l'architecte Garnier, du Marquis de Laborde, de Gérôme et d Alexandre Dumas, ou la délicieuse et piquante Mademoiselle l iocre. En 1865, l’impératrice lui faisait demander la statue du Prince impérial, et, peu de temps après, on lui commandait la décoration de la laçade Sud du pavillon de Flore.

Dans celle-ci, il revenait, pour le fronton, à ses souvenirs michel-

T. VIII. t)6

angesques dans les deux figures de V Agriculture el des Sciences, tout inspirées des allégories de la chapelle des Médicis. Une France impériale portant la lumière dans le monde , (pii les domine, est assez tourmentée et déclamatoire; mais, au-dessous, un bas-relief, dont l'utilité n’était peut-être pas absolue sur celte façade surchargée et compliquée à plaisir, est, en lui-même, un véritable chef-d'œuvre. C’est le groupe gracieux et animé de la Flore; au centre, une jeune femme épanouie, aux formes souples et pleines, à demi agenouillée, autour d'elle une ronde d’enfants charnus et joyeux qui rappellent à la fois ceux de Clodion et ceux de Donatello.

Un peu plus tard et dans le même sentiment où reparaît quelque chose de la fougue et de la plantureuse vitalité du grand Flamand Rubens dont il avait peut-être hérité d’une part du tempérament, dont il avait senti en tout cas l'influence certaine, il composait pour la façade de l’Opéra de Garnier le fameux groupe de La Danse , où éclatent l'exubérance joyeuse, la vie intense, le rythme entraînant, un peu insoucieux toutefois des lignes de l’architecture à laquelle il vient s'appliquer comme un magnifique hors-d'œuvre. L’œuvre fit scandale, plus pour son allure débridée, que nous excusons, que pour sa conception plastique, qui, elle, reste discutable. Mais la qualité du modeleur prodigieux, du pélrisscur de glaise et de l’animateur merveilleux des formes humaines qu'est Carpeaux y apparaît avec intensité.

La Danse était à peine achevée que Carpeaux songeait au groupe des Quatre parties du monde soutenant et faisant tourner la sphère céleste. Il ne le réalisa qu'après la guerre de 1870, pour la fontaine des jardins de l’Observatoire, et ce fut la dernière grande œuvre de ce génie ardent, de ce travailleur forcené. Il semble qu'il y ail mis, quelque critique que l’œuvre ail subie de son temps, un sens monumental plus parfait, une grandeur plus simple que dans La Danse, bien que la souplesse des formes vivantes et agissantes y apparaisse toujours au premier plan de ses préoccupations.

En dix ou quinze ans, Carpeaux avait accumulé les œuvres les plus significatives, et certainement les plus nouvelles de sa génération; à peine Clésinger l’avait-i 1 précédé dans cette voie de la sculpture mouvementée et brillante avec sa Femme au serpent de 1847 et sa Bacchante, pour retomber ensuite dans un classicisme assez banal. II avait créé une formule nouvelle et émancipé définitivement la sculpture du terrible moule constitué sous le Premier Empire. Il s’éteint à quarante-huit ans, épuisé par une jeunesse laborieuse et pénible, une activité débordante pendant les années de l'àge mûr el du succès, par une maladie terrible aussi qui rendit ses dernières années douloureuses et angoissées. Les milieux officiels et mondains lui ontfait fête, mais l’Académie lui est restée fermée. 11 ne laisse pour ainsi dire aucun élève.

LA SCULPTURE EN FRANCE

Page 1