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Les sexes sont séparés an cimetière comme à l’église. Tandis que le fossoyeur, en bras de chemise, un genou en terre, attend placidement le moment d’enfouir la bière portée par quatre croque-morts qui détournent la tête à cause de l'odeur nauséabonde du cadavre déjà putréfié, le curé, revêtu d’une chasuble noire aux crépines d’argent, marmonne d’un air indifférent les prières des morts. Autour de lui se pressent les desservants en surplis, les enfants de chœur à calottes rouges, deux chantres affublés de robes écarlates avec des empiècements de velours noir et coiffés de bautes toques à côtes, qui les font ressembler à « des juges de Cour d’Appel, malgré l'indignité de leurs faces bourgeonnantes1», enfin deux vieux notables en habit de droguet, gilet à
Phol. Giraudon.
Fig. 350. — G. Courbet : Un Enterrement à Ornans, 1850.
ramages, culotte courte et bas blancs. A ce groupe pittoresque s’oppose à droite le cortège sévère des femmes en coiffe et cape noires, visiblement plus émues, quelques-unes étouffant leurs sanglots avec le mouchoir sur la bouche. Toutes ces figures, disposées en bas-relief, se détachent sur un fond de falaises crayeuses, sous un ciel livide à l'unisson de ce deuil.
Ce chef-d’œuvre fit scandale au Salon de 1850, où il déchaîna un véritable tollé. « Caricature ignoble et impie », fulmine Chennevières. Un certain Courtois estime que « c’est à dégoûter d’être enterré à Ornans ». Jamais, selon Delécluze, le culte de la laideur n'a été poussé plus loin ; la scène produit l'impression d’un daguerréotype mal venu. Th. Gautier lui-même s’esclaffe : « On ne sait, écrit-il, si on doit pleurer ou rire. L’intention de l’auteur a-t-elle été de faire une caricature ou un tableau