Jamot. Degas
quement pour Cytlière, et surtout Boucher, « l'un des hommes ayant le mieux compris le corps de la femme », avec lequel il communiait, pour parler comme Diderot — et comme lui — dans « le sentiment des tétons et des fesses ». « La Diane au bain de Boucher, disait-il, est le premier tableau qui m’ait empoigné, et j'ai continué toute ma vie à l'aimer, comme on aime ses premières amours. »
Parmi les peintres français du xixp siècle, sa prédilection allait à Delacroix, dont il transposa les Femmes d'Alger dans un groupe de Parisiennes travesties en Algériennes, à Diaz et à Courbet, dont il commença
par imiter les vigoureux empâtements et la peinture au couteau.
Ses principaux chefs-d’œuvre s’échelonnent entre 1875 et 1885. Beaucoup ont malheureusement émigré en Amérique :
par exemple La petite danseuse (Coll. Widener, Philadelphie), La famille Charpentier (Metropolitan Muséum, New York), Le déjeuner des canotiers (Philipps Memorial Gallery, Washington).
D’autres ont passé en Angleterre, notamment La Loge { Coll.
Samuel Courtauld, Norwich), en Allemagne, comme L'après-midi à Wargemont (Nalional-Galerie, Berlin), ou en Bussie : le portrait de Jeanne Samarg (Galerie Tretiakov, Moscou .
Le Musée du Luxembourg a su du moins retenir en France Le Moulin de la Galette, où h' soleil crible de taches lumineuses les visages et les vêtements des étudiants et des grisettes assis sous les arbres, et le délicieux petit portrait de Mme Charpentier, la femme de l’éditeur de Zola et de Goncourt, qui se flattait de ressemblera Marie-Antoinette.
A celte même période appartiennent d’admirables nus d’une construction parfois un peu molle, mais d’une fraîcheur de pulpe qu’aucun peintre de la chair n’a égalée. La femme de Renoir est une créature instinctive, un joli animal aux yeux candides, sans la moindre perversité à la Greuze, qui boit le soleil par tous les pores et s’épanouit comme un beau fruit. L’artiste se servait généralement de ses bonnes comme modèles : la principale qualité qu’il exigeait d’elles était d'avoir « une peau prenant bien la lumière ».
Phot. Bulloz.
Fig. 569. — Auguste Renoir : Baigneuse.