Par M. Louis Ilautecœur
T. VIII
GU
lono-éé et la rue Turbigo, aux boulevards extérieurs par le boulevard Mao-e n ta, au Père-Lachaise par le boulevard des Amandiers (avenue de la République). La place de l'Opéra est créée avec ses dégagements : rues Auber, Lafayette, boulevard Ilaussmann, et l'on prépare 1 avenue Napoléon (avenue de l’Opéra). Autour de l'Etoile rayonnent des avenues qui vont au quartier de Monceau aménagé, au Bois, au pont de l'Alma. Des parcs et des jardins sont tracés pour le peuple : bois de Boulogne, bois de Vincennes, Buttes-Chaumont, squares des Arts et Métiers, de la tour Saint-Jacques, de la Trinité, etc.
Ilaussmann n’était pas un artiste, mais il avait des théories esthétiques. La ligne droite lui semblait la plus belle; il nivelait la butte de Chaillot, détruisait les vieux hôtels, interdisait toute saillie. Bien ne tut plus monotone que ces couloirs bordés de « boîtes à loyers » d’une désespérante platitude. Il reprit l'idée des « beaux percés » et voulut (pie chaque trouée eût un point de vue : le Tribunal du Commerce, l'église Saint-Paul, l’Opéra, la gare de l'Est. Il aimait, en bon préfet, la symétrie, et contraignait Hittorf à donner un pendant à Saint- Germain l'Auxerrois et à dresser, entre les deux, un faux beffroi. Il n’admettait pas la discussion. Viollet-le-Duc a jugé sans bienveillance « ce préfet illustre qui disait à qui voulait l'entendre : « l'architecture n'est autre chose que l’administration ». César Daly ajoutait : « les représentants de cette époque ne reconnaissaient pas, semble-t-il, la nature véritable de l'art qui est le libre rayonnement de l’émotion humaine. Ils y voyaient plutôt un luxe particulier, la satisfaction de certains appétits plus ou moins raffinés, peut-être un moyen d’action matériel utile au gouvernement, et les artistes ont été plus d une fois abreuvés d'amertume ».
Cette mentalité nous étonne, mais rappelons nous le besoin de s'imposer, de paraître, d'étinceler; évoquons la gaieté qui régnait aux jardins de Compiègne comme aux couloirs des Variétés, aux charades de l’Impératrice comme aux cancans de mylord l'Arsouille. Nous comprendrons alors qu'au respect du siècle commençant pour la Grèce et pour Borne aient succédé les parodies d'Ofiènbach et les adaptations des architectes; l'éclat tapageur des cafés gagnait les clubs, des clubs passait dans les salons où régnaient des princesses qui jouaient à la lorette et des lorettes qui, comme la Païva, devenaient des comtesses. Le luxe de cette époque est un peu « tape à l'œil » et ne laisse point d’être canaille.
Cette architecture, lourde d'ornements, survivra à nos défaites et s étalera dans les expositions universelles. La réaction sera longue a se produire.
L'ARCHITECTURE EN FRANCE