‹ Histoire de l'art (volume 4)Chapitre 49 sur 119 · SG · texte numérisé non relu

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Lé pan te fui 1res apprécié au Salon de Paris, en 1874), puis il passa aux sujets modernes dans le goùl de Favretto ( Rayons et ombres, La Promenade du Lungarno), et, à partir de 1881, au grand paysage ( Ermitage , Lever de lune. Elévation , liant plateau de Biella, Manteau d'hiver, Mort de l'automne, etc... . Il est, en Italie, le premier peintre de la montagne, dont il rend avec justesse el simplicité les espaces ensoleillés et la riche verdure.

Cependant, l’impressionnisme français s'était transformé, et son action à distance fut sensible. Ce fut un marchand de tableaux milanais, grand voyageur et critique d’art, peintre même fort curieux et savant, Vitlore Crubicy, qui rapporta de Paris la pratique du divisionnisme. L’art d'un maître admirable, dont la place est unique dans l'histoire de la peinture italienne moderne, Segantini. reçut des procédés nouveaux un regain de force el de splendeur.

La vie de Giovanni Segantini, comme sa peinture, rappelle par plus d’un côté celle de Millet. Né en 1858 dans la petite ville, alors autrichienne. d’Arco, près du lac de Garde, orphelin de mère, abandonné par son père, après une enfance solitaire et triste, il obéit à une vocation impérieuse et réussit à suivre les cours du soir à la Brera de Milan. Agé de vingt et un ans, son premier gain le décide à l'indépendance, et le voilà qui essaie de vivre en vendant des dessins el des peintures d'une correction incertaine, mais où perce déjà une poésie singulière. Il se lie avec Grubicy, qui l’encourage; il se marie en 1880, et s'installe à Pusiano, dans la Brianza, dont les grandes et lumineuses prairies s’allongent jusqu’à la muraille neigeuse des Alpes du Tyrol. C’est là qu’il commence, avec un métier encore un peu timide et lourd, à traduire la vie rustique et ses « Idylles » i Le liaiser à la fontaine, Les Deux mères , Scène de famille, le Berceau vide, Pastorale, etc...). L'Ave Maria, de 188'2, sa première œuvre vraiment personnelle, fut refusé par le jury de Milan, mais obtint, la même année, une médaille d’or au Salon d’Amsterdam. La conception en est toute différente de celle de Y Angélus de Millet. Un passeur dans sa barque fait traverser le lac à la bergère et à ses moutons; la femme serre dans ses bras son enfant; sur la rive, à l’horizon, un clocher dresse sa fine pointe dans le ciel crépusculaire, dont l’or se reflète à la surface des eaux. Une douceur musicale et grave émane de ce poème si simplement et sagement peint.

Les œuvres qui vont suivre, Y Ave Maria dans les montagnes, de 1885, La Tonte des moutons, de 1881, sont plus directement apparentées à Millet; mais voici que battrait de la montagne entraîne le peintre plus loin et plus haut, à Caglio Valassina, d’où il rapporte son premier chef-d’œuvre, La Barre (Alla Stanga, Galerie Nationale de Borne, fig. 454). La barre, c’est la traverse de bois à laquelle sont attachées les vaches, dans la grande

(Galerie Nationale d'art moderne, Rome.)

plaine verte que termine la première ondulation des montagnes; on sent l’air libre et pur qui se joue, avec la lumière, autour de la robe des animaux, et rien n’égale la sincérité de celle vie cl le calme de celte immensité.

En 188(3, il monte encore, pour s'arrêter à Savognino, où il se lixe avec sa famille. Il esl désormais maître de sa vision, et de son génie; il ouvre à l’arl un domaine nouveau, où l’air vivifiant rafraîchit la pensée, où la voix de la nature parle seule dans le grand silence de la montagne. Des lacs luisent comme des yeux d’azur, dans la douce toison des prairies, et ces espaces où règne une lumière divine n’ont pour limite que les crêtes neigeuses pareilles à un diadème d’argent. Pour rendre cette poésie inconnue jusqu'alors, le peintre se fait un métier nouveau : son divisionnisme procède par de menues stries, des filaments de couleur parallèles et presque imperceptibles, qui luisent comme l’outremer sur le fond d’or des primitifs.

Ce royaume de la lumière el du silence a son peuple rustique et simple, dont les occupations journalières sont pieusement rendues par leur peintre. Sur le plateau à l’extrémité duquel le pelil village se blottit au pied des monts, voici les Cltcvaux au labour (Pinacothèque de Munich), L' Attelage des vaches, la bergère et son troupeau sous la lumière de Midi, le Crépuscule, l’admirable Pâturage alpestre (fig. 455), le llelour a l'étable, La Bergerie, le Soir < l'hiver , avec sa neige épaisse d’où s'élance la flèche de l’église, la Bergère qui tricote au soleil, puis la vie des chalets, la Fenaison, le Nouveau printemps, et la scène poignante du Reloue au pays natal, le cercueil ramené sur un char avec la femme et l’enfant en deuil.

Ces magnifiques sujets de la vie de la montagne, d'où la poésie jaillit spontanément comme une source du rocher, auraient dû suffire à l'artiste; malheureusement Seganlini voulut les dépasser, et incarner cette poésie en des figures symboliques; et là où nous avions eu la joie de voir ses jeunes paysannes, avec leurs chèvres et leurs brebis, nous avons la surprise de rencontrer une femme aux longs cheveux flottants, qui berce un enfant sur les branches d'un arbre — c’est L'Ange de la vie , ou une pauvre créature à demi nue suspendue par scs cheveux à ce même arbre au-dessus de la neige, tandis que d’autres dans le lointain subissent le même supplice — ce sont Les Mauvaises Mères', ailleurs c’est L'Amour à la source de la vie, ou encore La Source du Mal. Comme il est mieux Iuimèine quand il se contente de peindre un buisson de rhododendrons fleuris au bord d’un ruisseau des Alpes!

Mais son ambition rêvait d'un nouveau triomphe. Montant toujours plus haut, il s’était transporté en 1804 à la Maloja, au cœur de l’Engadine; enfin il s'était fait construire une cabane au sommet du Schafberg, a trois mille mètres, voulant y prendre un suprême essor; il y succomba

LA PEINTURE EN ITALIE

brusquement, en pleine force, le 28 septembre 1899, laissant inachevé le solennel triptyque où il résumait, du matin au soir, de l’enfance à la mort, la vie de ses chères Alpes.

Plus inquiet et moins grand que Seganlini, Gaetano Previati 1852- 1920) porte à 1 excès les procédés divisionnistes, d'ou il tire des moyens d expression poussés à 1 immatériel. Ses premières compositions historiques et décoratives sont vides et prétentieuses comme celles, à Vienne, d un Makart; puis son métier change avec son idéal, et, de sa Maternité ou de sa Madone des lis aux tableaux de la vie du Christ, il se donne tout entier, avec une exaltation de visionnaire, à une peinture religieuse où la

Fig. 435. — Segantini : Pâturage alpestre.

couleur se spiritualise jusqu’à n’êlre plus qu’un seul ton de lumière.

Eugenio Gignous (1855-1907), élève de Cremona, Giuseppe Carozzi, né en 1864, Lodovico Gavaleri, né en 1867, l berto Dall’Orto, Francesco Filippini, Giuseppe Mentessi, Angelo Morbelli (que I on a pu justement rapprocher du peintre anglais Herkomer , Pielro Ghiesa, tous d'école lombarde, et les Piémontais Marco Calderini, né en 1850, Giuseppe Pellizza 1868-1907), imitateur outré de Segantini, Alberto Falchetti, Giacomo Grosso, surtout portraitiste, Vittorio Gavalleri, surtout paysagiste, nés l'un et l'autre en 1860, Andrea Tavernier, né en 1858, et conquis à i’Alpe sur le tard, mériteraient, eux aussi, de brèves notices, pour avoir, comme les peintres de Venise, donné à leur pays le meilleur de leur art, et glorifié d une poésie plus rude les hautes régions de l'Italie.

In arte liberia s », la devise que Nino Costa donnait à son groupe de

jeunes peintres romains est devenue le signe de ralliement de 1 art nouveau. La guerre a relâché, sinon rompu, en Italie comme ailleurs, les liens souvent artificiels qui maintenaient 1 art national dans les voies connues; une jeunesse impatiente a cru se libérer par l’anarchie d’un passé trop glorieux et trop lourd. On a vu des peintres excellemment doués, comme le pauvre Amedeo Modigliani (1884-19'2ü), chercher le succès dans une déformation presque caricaturale de figures d ailleurs rendues avec un sens parfait du décor; les cubistes et les « fauves » ont sévi de l'un et de 1 autre côté des Alpes; et l'Italie est même allée plus loin, en inventant le « futurisme ». Mais la très heureuse institution permanente d’une Exposition Internationale à Venise, qui permet à 1 art italien, depuis 1895, de se confronter, tous les deux ans, avec des représentants choisis des arts étrangers (Rome a aussi adopté le principe des grandes Expositions biennales), doit contribuer à maintenir ou à rétablir une tradition, mieux que partout ailleurs indispensable à la patrie de Giotto, de Raphaël et de Yéronèse. Il importait, en achevant de suivre à travers les siècles une histoire magnifique, de n’esquisser une brève revue de l’art des vivants que dans la mesure où il se rattache, autant qu’il est possible, à l’art des grands morts.

RIRL10GRAP1IIE

Voir les ouvrages cilés au chap. v du tome VIII, I" partie. Ajouter : Francesco Sapori. La Peinture italienne dans la seconde moitié du xix* siècle (Revue de l’art ancien et moderne , janvier-avril 1923); Il pittore Luigi Serra (Nuova Antologia, 1" janvier 1922). — Léonce Bénédite. Exposition Universelle Internationale de 1000 à Paris. Rapports du jury international. Introduction générale. Beaux-Arts, Paris, 1904. — Pompeo Molmenti. Giacomo Favretto, Rome, Malcotti, 1895. — Guido Marangoni. Mosè Bianchi, Bergame, 1922. — D. Morelli et E. Dalbono. La Scuola napoletana di pittura nel serolo XIX, Bari, Laterza, 1915. — Salvatore ni Giacomo. Domenico Morelli pittore , Rome, Roux et Viarengo, 1905. — Achille Bertini- Calosso. Domenico Morelli (Extrait des Etudes Italiennes, Paris, Ern. Leroux, 1924). — Robert de la Sizeranne. In memoriam. Giovanni Segantini, le Peintre de l’Engadine (Revue de l’art ancien et moderne, t. VI, 1899, p. 553 sqq.). — Marcel Montandon. Segantini, Bielefeld et Leipzig, Velhagen et Klasing, 1904. — Primo Levi. Teofilo Patini (Nuova Antologia, 16 janvier 1907). — Ugo Ojetti. Ritratti dipinti da Giovanni Fattori ( Dedalo , 1925-1926, p. 255 sqq.). — Emilio Cecciii. Odoardo Borrani (Dedalo, 1925-1926, p. 658 sqq.). — G. E. Oppo. Il pittore Arrnando Spadini Dedalo, 1921-1922, p. 535 sqq.). — Ardl ino C.olasanti. La Galleria Nationale d'arlc moderna in Borna (Catalogue avec notices des peintres). — Vhtorio Pica. La Galleria d'arlc moderna di Vcnezia, Bergame. — Catalogues des Expositions Internationales d’art de Venise, de 1895 à 1924.

Je dois à la bienveillance de M. Colasanti, Directeur General des Beaux-Arts d’Italie, la communication, en épreuves, d’un important travail qu’il vient de consacrer au peintre Arrnando Spadini, et qui m’a permis de donner à ce maître, tout récemment disparu, la place qu’il mérite à la tête de la jeune école. Enlin je ne saurais trop remercier M. Bertini- Calosso, Directeur de la Galerie Borghèse de Rome, pour l’aide précieuse que j’ai reçue de son amitié dans la révision de ce dernier chapitre.

CIIAPITKK XVI

L’ART EN ALLEMAGNE ET EN AUTRICHE DE 1850 A NOS JOURS1

Malgré la renommée européenne de quelques grands pontifes de l’art officiel, tels que le sculpteur Itauch el le peintre Cornélius, malgré le talent plus modeste, mais aussi plus savoureux des petits maîtres provinciaux révélés par la Centennale berlinoise de 1906 : Friedrich et Spitzwcg, Schwind et Waldmiiller, l’art allemand de la première moitié du xix® siècle n’était en somme que le parent pauvre de l'art français.

A partir de 1850, l’écart qui séparait dans le domaine artistique les deux principales nations du continent européen tend à diminuer, et l'on voit surgir en Allemagne de vigoureuses personnalités qui, bien qu elles doivent beaucoup aux maîtres du réalisme el de l'impressionnisme français, notamment à Courbet et à Manet, incarnent et expriment avec force l’idéal de leur pays et de leur race.

Dans l’évolution si discontinue de l’art allemand où, à la différence de l'art français, les élans sont courts et suivis de chutes profondes, la période qui a produit Feuerbach et Marées, Menzel et Leibl, Klinger et Liebermann marque assurément, après 1ère glorieuse de Griinewald, Durer et Holbein, un point d'apogée.

ARCHITECTURE

Parmi les noms que nous venons de citer, il n'y a aucun architecte : c'est que, pas plus qu’en France, l’architecture ne peut être considérée

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