‹ Histoire de l'art (volume 4)Chapitre 64 sur 119 · Par M. Louis Réau · texte numérisé non relu

Par M. Louis Réau

après 1850, aux pastiches néo-gothiques. Ce style était représenté avec éclat à Dresde par Gottfried Semper, à Vienne par Van der Niill et Siccardsburg : c’est à ces maîtres que se rattachent les architectes tchèques.

Le premier en date des néo-Renaissants est Ignace Ullmann, formé à Vienne, qui a construit dans un style un peu surchargé la Caisse d' Épargne de Bohême et Y École supérieure de Jeunes Filles où il prodigue

les bossages en forte saillie et les lourds entablements. Son collaborateur Barvitius vise, dans son Fglise Sainl- Venceslas à Smichov, à des effets d’une siinplicilé plus raffinée : au faste vénitien de Sansovino il préfère l’élégance florentine de Brunelleschi.

Le Théâtre National de Prague, inauguré en 1883, n’est pas seulement h œ u v re ca pi t a 1 e de Joseph Zi tek , qui avait été, comme Ullmann, l'élève des architectes viennois Van der Niill et Siccardsburg : c’est le temple de la nation

Phot. Jan Stenc. Prague.

Fig. 470. — .1. Zilek : Le Théâtre National, à Prague. tchèque ? ediviva, le symbole de sa résurrection.

Il s’élève sur le quai de la VI lava et présente Irois façades monumentales. L'intérieur a été refait, après un incendie, par le meilleur disciple de*Zitek, Joseph Scliulz, qui construisit en outre deux des édifices importants de la capitale : le Rudolpliinum, salle de concerts et galerie de peinture où on a logé provisoirement le Parlement, et le Musée de Bohême.

Le défaut de la néo-Renaissance tchèque, comme des styles néoclassique et néo-gothique, était sa banalité internationale. L’effort des architectes de la génération suivante a consisté à dégager les éléments d’un style plus local, plus indigène, soit en revenant à l’architecture « baroque » du xviii® siècle, dont Prague avait été, après Vienne, le principal foyer, soit en utilisant les motifs de l’art populaire. Les prin-

L’ART DANS [.ES PAYS SLAVES ET BALKANIQUES

cipaux représentants de ces tendances sont Joseph Fanta, qui a conçu la massive Gare Wilson, Frédéric Ohmann, dont la fantaisie plus légère se joue dans la décoration des salles de spectacle, et surtout Jan Kotera, qui, après avoir été à Vienne l'élève d'Otto Wagner, a affirmé son originalité dans la façade sévère, en tuyaux d'orgue, du Musée de hrdlové llradec.

SCULPTURE

De même que tous les peintres tchèques contemporains se réclament de Mânes, presque tous les sculpteurs procèdent de Myslbek, l’auteur de la statue équestre de Saint Venceslas, qui a été non seulement un très noble artiste, mais un grand éducateur. Son atelier fut une véritable pépinière de sculpteurs.

A la génération du Théâtre National appartiennent Bohuslav Schnirch, Stanislas Nucharda et Ladislas Saloun.

Sucharda est l'auteur du Monument de Palacky. La statue assise du grand historien est entourée de groupes allégoriques en bronze, qui symbolisent les deux phases du passé de la nation : la Bohême écrasée, presque moribonde après la bataille de la Montagne Blanche (Bila Dora), où l’aigle impériale lui cassa les reins, et, en face, la Bohême ressuscitée. Tous ces détails sont d’un pathétique frémissant; mais l’ensemble manque d’équilibre et de cohésion.

A Ladislas Saloun échut la redoutable (Giyptothèque. Munich.)

mission de glorifier un autre héros national de la Bohême dans son Monument de Jean Ifuss, qui se dresse à une place d'honneur, au cœur même de Prague, sur la Grand-Place de la Vieille Ville; on voudrait plus de corps à ce maigre fantôme : ce n’est plus qu’une Ame prête à s’envoler.

I ous les sculpteurs de la génération suivante ont ceci de commun qu ils se sont formés à Paris et ont subi profondément l’influence des maîtres de l’Ecole française, en particulier de Bodin et de Bourdelle.

François Bilek travailla dans l'atelier d’Tnjalbert; mais il ne lui emprunta que la connaissance du métier; par le sentiment, il se rapproche beaucoup plus de nos imagiers gothiques. Dans son groupe

Phot. Jan Stenc, Prague.

1 ig. 471 — Jan Stursa : Éve.

T. VIII

tâtonnant des Aveuyles , il traduit avec émotion la souffrance humaine.

Joseph Maratka est de formation tout à fait française. Il resta trois ans dans l'atelier de Rodin à titre non seulement d’élève, mais de praticien, et il collabora à l'exécution de son Monument de Victor Iluyo. Plus tard, c'est sur sa recommandation qu’il fut chargé du monument de l’aviateur Santos-Dumont à Buenos Ayres. De retour à Prague, où il tailla les grandes statues du portail du nouvel Hôtel de A ille, il se voua avec un infatigable dévouement à une active propagande en faveur de la sculpture française, qu'il a contribué plus que personne à faire connaître et apprécier : c’est lui qui organisa en 1903, à Prague, la mémorable exposition de l’œuvre de Rodin, et en 1909 une manifestation analogue en l’honneur de Bourdelle.

Ce sont également des Tchèques très parisiens que Bohumil Kafka, beau tempérament d’artiste à la fois ardent et discipliné, et Otokar Spaniel qui, dans ses bustes de l’architecte slovène Plecnik ou du poète croate Ivo Vojnovic, dans ses portraits-plaquettes de l’astronome Janssen et de l'historien Ernest Denis a créé des effigies d'une individualité saisissante.

Le chef incontesté de la jeune sculpture tchécoslovaque était Jan Stursa, qu’une mort volontaire a enlevé en 1925. Né en 1880 en Moravie, il était, comme la plupart de ses contemporains, élève de Myslbek. Il a subi, lui aussi, à ses débuts, l’emprise de Bodin. Mais une personnalité originale se dégage, plus préoccupée de synthèse que du jeu impressionniste des ombres et des lumières, dans son Eve en bronze de la Glyptothèque de Munich, dans les groupes monumentaux qui chargent les pylônes du pont Hlavka, dans ce jeune Blessé de la grande guerre qui, mortellement frappé à la tête, s’écroule comme une masse en battant l'air de ses mains. Ses bustes du graveur Max Svabinsky, de la célèbre actrice Anna Kvapilova sont également des œuvres de premier ordre.

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