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LE DÉCOR DE THÉÂTRE

tout compte fait, les peintres du Monde artiste, très supérieurs par le goût et le métier à la génération des Ambulants, n'ont produit cependant qu’un très petit nombre de tableaux de chevalet qu’on puisse comparer aux grands chefs-d'œuvre de la peinture occidentale.

Ils se contentent trop souvent de pochades qu’ils n’ont pas la force de pousser.

C’est à ce défaut du caractère national que tient, au moins en partie, la faveur dont jouit en Russie la peinture décorative et spécialement le décor de théâtre. En effet l’achèvement d'un tableau est un travail de longue haleine, tandis que, pour faire un décor, il suffit

t. vin. — 97

Fk;. 493. — Alexandre Benois : Le Pavillon chinois- (Musee russe, Leningrad.)

de jeter sur le papier une esquisse qui sera ensuite agrandie et « réalisée» par des praticiens. L'exécution n’a pas besoin d’être très soignée : quelques taches de couleurs vives suffisent à distance pour faire illusion.

Séduits par l’apparente facilité de cet art qui exige plus d'imagination <pie de métier, plus de goût que de science, les peintres résistèrent d'autant moins à ses attraits que le succès triomphal des IDillets russes leur ouvrait des débouchés lucratifs. De même que plus d’un romancier

sans lecteurs cherche fortune au cinéma, beaucoup de peintres russes dont les tableaux se vendaient mal se spécialisèrent dans le décor de ballet. Quelques-uns y réussirent brillamment ; c'est le cas d’Alexandre Benois, de Korovine, de Golovine et surtout de Léon Bakst :

Sémite imprégné d’influences orientales, qui aurait fait un parfait dessinateur des Menus- Plaisirs et qui s’entendait à merveille à mettre en scène, pour l’agrément d'un public cosmopolite, les contes des Mille et une Nuits. Le malheur est que, h la différence du mosaïste qui travaille pour l’éternité et même du fresquiste qui défie parfois les siècles, le peintre de décors fait œuvre éphémère : c'est le journaliste de la peinture. De cet éblouissant feu d artifice, il ne reste plus, au bout d une saison, d autres traces que quelques dessins de costumes et quelques maquettes en carton.

Plus durable est 1 illustration du livre, que les artistes laisses ont également renouvelée par leur talent décoratif. Les spirituelles compositions de Benois pour La Dame de pique de Pouchkine ne sont pas loin d’égaler les bois de Menzel, tandis que l’érotisme d'Eisen, avec une pointe de modernisme empruntée à Bops et à Aubrey Beardsley, pimente l'anthologie de contes galants que Somov a publiée sous le titre de Livre de la Marquise.

Dans ce domaine une placé à part doit être réservée aux illustrateurs

Fig. 194. — Golovine :

Chaliapine dans le rôle de Boris Godounov. (Musée russe, Leningrad.)

L’ART DANS LLS PAYS SLAVES ET BALKANIQUES

de contes en vers et en prose, de bylines et de skazki. Ivan Bilibine est l'un de ceux qui ont le mieux réussi dans ce genre, en s’inspirant de l'imagerie populaire.

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