‹ Histoire de l'art (volume 4)Chapitre 92 sur 119 · RO SALE S. -TESTAMENT D'ISABELLE LA CATHOLIQUE · texte numérisé non relu

RO SALE S. -TESTAMENT D'ISABELLE LA CATHOLIQUE

(Musée -moderne, Madrid.)

L’ART EN ESPAGNE

petite tille tout habillée de rose, et chaussée de bottines roses, qui nous enchante par sa franchise comme par son éclat lumineux. Ce portrait date de 1871, comme la Mort de Lucrèce.

Du reste, pour être juste, il faut bien accorder que, de la foule trop envahissante des tableaux d'histoire mauvais ou médiocres, quelquesuns se détachent, qui garderont certains noms de périr. Au Musée d'art moderne de Madrid, pour nous en tenir à cette collection, il serait difficile de ne pas s’intéresser, par exemple, sinon à la Conversion du Duc de ( i andin , par Moreno Carbonero 1 884), où quelques détails et quelques

no. 525. — F. Pradilla : Jeanne la Folle. (Musée muderne, Madrid.)

attitudes de mauvais goût nuisent à une certaine grandeur, du moins à la Jeanne la Folle que Pradilla envoya de Rome en 1877, et où cet artiste se montre sans doute le meilleur émule de Rosales. L’œuvre est d’une belle composition, ayant beaucoup de simplicité et d'unité, non sans émotion, et l’on comprend de soi qu’elle soit vite devenue très populaire. La reine folle, debout au centre du tableau devant le cercueil arrêté de son mari, les bras tombants, les yeux perdus, est une figure que l’on n’oublie pas. Quant à l’ensemble de la scène, qui comprend nombre de personnages pittoresques dans un paysage vaste et triste, on peut y louer une sobre vigueur à la Jean-Paul Laurens; elle eût gagné à être de dimensions un peu réduites, mais les traditions discutables de l’Académie d’Espagne à Rome exigeaient alors des toiles énormes, et, par malheur, beaucoup

de ses jeunes pensionnaires étaient trop petits pour travailler dans le colossal.

Ce 11’est pas tout à fait le cas du Guzman el Bueno, de S. Martinez Cubells, qui eut un grand succès à l’Exposition des Beaux-Arts de 1884, à Madrid, et où des accents de mélodrame gâtent de belles qualités de composition et d’imagination, ni de la Mort de Lucain, de J. Garnelo, qui porte la même date, el nous montre un talent plus sage et plus élégant.

Nous préférons, dans ses dimensions plus restreintes, le tableau de Moreno Carbonero, le Prince de Viana . où l’intérêt est concentré sur un seul personnage, l'infant de Navarre, soucieux et triste dans sa riche librairie, dont les trésors, qu’il aimail tant, ne réussissent pas à le distraire de ses infortunes. Le morceau a une grandeur et un éclat qui manquent à la Conversion du Duc de Gandin.

On voit, aux dates (jue nous venons d’indiquer, que c’est aux environs de 1880 que cette école historique a été la plus florissante.

C’est encore de 1884 que datent Les Amants de Teruel, de Munoz Degrain. Ce peintre, originaire de Valence, a fait mieux que cette vaste toile; il a su dégager de sa gangue classique son grand talent original, et nous en reparlerons. Cependant Les Amants de Teruel. dans ce genre un peu vieilli, sont une des plus belles choses. Le tableau unit au pathétique du sujet, qui a toujours douloureusement ému les âmes sensibles, une invention savante et un puissant coloris, avec un sens très personnel de la décoration somptueuse. 11 ne manque, à une œuvre de ce genre, et à quelques-unes de celles que nous venons de louer, qu’un peu plus d indépendance à l’égard des maîtres français, et plus d’originalité I rancheinent espagnole.

Phot. Moreno.

Fig. 5‘26. — Moreno Carbonero : Le Prince de Viana. (Musée moderne, Madrid.)

L’ART EN ESPAGNE

Par bonheur, le romantisme ouvrit aussi d’autres voies au génie de ce pays. Sans parler de la peinture religieuse, qui s’inspirait plutôt d’Overbeck, c'est au milieu du siècle dernier que les artistes se prirent d'un goût véritable pour les paysages et les marines. Il semble qu'ils découvrent seulement alors leur admirable Espagne, si variée dans son pittoresque, tour à tour si sombre et si splendide, où les hommes s’incorporent si étroitement aux éléments et aux choses. Les fonds des tableaux de Velâzquez, ces merveilleux accessoires interprétés par le génie, passent au premier plan. La terre, les eaux, les arbres, les vil-

Phot Koig.

Fig. 527. — Muùoz Degrain : Les Amants de Teruel.

(Musée moderne, Madrid.)

lages et les villes sont étudiés en eux-mêmes, et peints pour eux-mêmes, parce qu ils sont intéressants par leur forme et leur aspect, par leur lumière et leur ombre, leurs couleurs, leur brutalité ou leur poésie de rêve. Nous ne pouvons pas ne pas nommer, au moment où nous sommes, au moins un très bon paysagiste, Carlos Ilaes, dont le Musée moderne de Madrid possède une nombreuse collection d’études d après nature exécutées en Hollande et en Espagne, et de grands tableaux d'atelier. Les premières, et surtout des chênes et des rochers pyrénéens, sont pour nous les plus intéressantes. Elles manquent un peu d originalité, et l’on y sent trop les influences françaises, par exemple celle de Daubigny, mais elles valent mieux, dans leur petitesse, étant directement inspirées, que les Pics d'Europe, par exemple, qui ont pourtant une belle lumière et une grandiose poésie.

T. VIII

Carlos Ilaes, mort en 181)8, est tout proche de nous. Pérez de Villamil, au contraire ( 1807-1854), est purement romantique par le choix des sites qu’il aimait à peindre et le choix des types qu il mêlait à ses paysages, surtout par cet arrangement sentimental du monde extérieur qui répondait à l’état d’âme de *es contemporains. Quant aux peintres de marines, le plus connu est Brugada, don! aucune œuvre ne s’impose. La mer ne fut jamais pour les artistes espagnols une grande inspiratrice ; l’Espagne est pourtant une patrie de hardis marins, et, des côtes qui les bordent, l'Océan et la Méditerranée offrent les plus merveilleux spectacles de bonaces ou de tempêtes. r

Mieux encore, l'influence française ramena les artistes espagnols à ce naturalisme de bon aloi qu'ils n’auraient jamais dû abandonner, car, on ne se lasse pas de le répéter, il est l’essence même de leur génie, et on le trouve toujours, aux époques privilégiées, comme le soutien de leurs chefs-d’œuvre, depuis la Dame d’Elche jusqu'à Goya, en passant par Velâzquez. Ce que la critique appelle cuadras de costumbres a été bien défini ainsi par Caveda : « Sont de ce domaine l'humble chaumière et le somptueux palais, le mendiant et le riche, l’éclat des fêtes patriciennes et l’expansion et l’abandon aimable des fêtes des champs, la pompe et la majesté des cérémonies religieuses, la malice ou la naïveté du paysan, les linesses et duplicités du courtisan et ses fausses flatteries, les tendres affections de la famille et ses joies et ses peines, enfin les usages et les caractères distinctifs de toutes les classes, de toutes les conditions, de tous les âges. » Le public ne tarda pas à s’intéresser de préférence à ces productions, qu’il était aisé de comprendre, et en particulier aux scènes populaires et aux types et coutumes des provinces espagnoles.

C’est à ce mouvement que l’illustre Mariano Fortuny doit le plus certain de sa renommée. Né à Reus (Catalogne) en 1838, il finit à Rome, en 1871, sa trop courte, mais féconde et glorieuse carrière. Après quelques hésitations, après avoir failli être entraîné par son maître barcelonais, I). Claudio Lorenzale, à la suite dangereuse du factice Uverbeck Saiiil Paul devant l'Aréopage ), el devenir un banal peintre religieux, après avoir tenté de la peinture d’histoire [Les Almogavares brûlant les vaisseaux sur la plage de Naples (185b), Bérenger III au château de Foix (1857), où il ne montre que des dispositions médiocres, il eut enfin la bonne fortune d’être rappelé de Rome où il avait été pensionné, et où il risquait bien de se perdre, pour aller au Maroc. A Barcelone, à Borne, il ne manquait pas de se délasser de ses études académiques en dessinant force croquis; au Maroc, ce qu’il voit d’étrange et de nouveau excite son imagination autant qu'il satisfait son goût naturel de l'observation; la lumière le ravit; tout contribue à développer ses dons de dessinateur et de coloriste, et à lui créer une originalité. Désormais il est maître de

M. Fortuny : La Vicaiûa (la sacristie (Musée moderne, Madrid.)

son talent; il pourra maintenant sans danger retourner à Rome, il est un grand peintre de genre et un grand orientaliste; il égale, d'autres disent surpasse Meissonier, dont quelques œuvres ont tant d’affinités avec les siennes; il ne pâlit pas trop auprès de Henri Régnault.

Son chef-d’œuvre dans la peinture de genre : La Vie aria (la sacristie), connue de tous, est devenu populaire; son Choix du modèle ne mérite pas moins de l'être; sa Course de la Coudre, sa Fantasia n’ont pas moins de juste renommée. Affirmons d ailleurs que les tableaux, aquarelles et croquis marocains de Fortuny assureront plus fortement sa gloire que La

Phot. Moreno.

Fig. 529. — Joaquin Sorolla : Retour de barque.

(Musée moderne, Madrid.)

Vicaria ou Le Choix du modèle, un peu trop exaltés dans un engouement de la mode. Certes, la vaste sacristie, avec ses grilles, ses tableaux, ses antiphonaires, ses vieux meubles, envahie par la noce endimanchée qui traîne un parfum pimenté de fête demi-mondaine, nous intéresse et nous amuse; l’on s’arrête avec un sourire sur maints jolis détails spirituels d’attitude, de jeu de main ou de prunelle, sur de jolis effets de costume ou de décolleté. Mais tout ce papillotement reste un peu puéril; c’est beaucoup de virtuosité dépensée pour une anecdote, et le grand tableau semble une page éphémère de brillante illustration. On doit en dire autant du Choix du modèle. Dans le riche péristyle d’un palais, d’un rococo plus que churriguéresque, des seigneurs ou des financiers, jeunes et vieux, lorgnent en connaisseurs la peu pudique nudité d’un modèle très attrayant ; ici encore tout est esprit, comme tout est richesse, et le

L’ART EN ESPAGNE

pinceau a des habiletés, des finesses, des lignolages qui vont à ravir au sujet. Mais la fougue de la Course où fulgure la poudre, la mêlée ardemment joyeuse et bruyante de la Fantasia sous le regard tranquille des vieillards et des tcnimes, ou plus simplement la sérénité claire de la mosquée où s isole un Maure en prière nous émeuvent de bien autre façon. Cela, Fortuny la vu, il a reçu tortement 1 impression directe de ces spectacles si nouveaux pour lui; et. si son pinceau s’était attardé un peu moins à des minuties et à des raffinements de détail, il eût presque

Phot. eomm. par M. G Bilbao

I*’ig. 550. — Gonzalo Bilbao : Les Cigarières île Séville.

(Chez l’auteur, Séville.)

créé des chefs-d’œuvre, et nous lui pardonnerions quelques trop féminines aquarelles.

Avec Bosales et Fortuny, nous avons atteint presque la fin du xixe siècle; avec Pradilla, Moreno Carbonero, Munoz Degrain, nous sommes entrés largement dans le xxe. ('/est là que nous devons borner notre course, et nous en avons dit plus haut les raisons. Cependant nous devons constater que, de 1880 à 1025, la peinture espagnole ne s’est pas rendormie du sommeil dont l’avait réveillée la génération de 1850. Les Académies, en Espagne et à Home, n'ont eu que trop de tendances à perpétuer les traditions paresseuses de l’école de David; nombre de jeunes gens, malgré les dons heureux de la nature, se sont enlisés dans l'étang

bourbeux du classicisme aux émanations asphyxiantes; d’autre part, les influences de l’art français souverain et toujours en gestation de doctrines et de théories nouvelles se sont exercées avec trop de tyrannie,

et pas tou jours d'heureuse façon; les Espagnols ont senti aussi mal que bien des Français, d’ailleurs, l’importance des révolutions des réalistes, des impressionnistes, des symbolistes, etc., et même des cubistes, et ce qu'ils nous ont emprunté surtout, eux < j n i nous avaient tant donné, c’est l’anar- ■ chie finale dans laquelle

Ptiol. Koig i i •

c r w , i nous nous sommes nabi-

Santiago Husinol : Jardin d Aranjuez.

(Musée moderne, Madrid.) lues B \ 1\I69 et ddllS lcl-

Fig. 531.

quelle ils se complaisent comme nous. Il n’y a, pour s’en rendre compte, qu’à visiter les deux salles nouvelles, récemment ouvertes au Musée moderne. A ce mot d’anarchie, (pie l'on substitue si l'on veut le mol d’éclectisme, il n’en restera pas moins vrai que les orientations de beaucoup des artistes eu vue ne sont pas très claires.

Cependant, comme il arrive en Espagne dans tous les domaines de l’activité nationale, au-dessus des artistes à l’honnête talent moyen, qui sont en grand nombre, se détachent quelques privilégiés dont l’originalité assure certainement la gloire.

Joaquin Sorolla (1863- 1924), dont l’art porte encore le deuil, n’a pas eu et n’aura pas de longtemps son égal, car il a trouvé le secret du flamboiement des lumières et de la vibration des ombres colorées dans l’atmosphère incendiée de sa Valence natale. Sa peinture éblouis-

Fig. 5“>‘2.

Phol. connu, à M. P. P.

Ignacio Zuloaga : Le Christ sanglant.

L’ART EN ESPAGNE

santé ne doit rien qu à elle-même. Sorolla n'eut-il pas l’audace, à vingt ans, de peindre un tableau d histoire, Le 2 Mai, en plein air, prenant pour atelier la Plaza de Toros de sa ville? Ainsi s’annonçait-il comme le grand réaliste qu’il n'a cessé d’être, et que de nombreux séjours à Paris, et plus tard le contact avec les peintres du Nord, devaient confirmer dans cette bonne voie de sa race. Car c’est bien là, une lois de plus, le secret, ou plutôt 1 explication du succès. Sorolla est grand parmi ses émules, parce qu'il est espagnol, et plus qu espagnol, valcncien; son instinct national a triomphé de son éducation académique; il a été original parce qu'il s’est placé lace à lace

Fig. 535. — Lopez Mezquita : Les Prisonniers.

Plioi. Koig.

(Musée moderne, Madrid.)

avec la nature et la vie, pour les voir sous le jour du bon Dieu, avec ses propres yeux, et les peindre directement, franchement, avec la haine de toutes les conventions et de tous les partis pris, et aussi avec toute la fougue, les hardiesses, et, s il le fallait, les brutalités d’un grand impressionniste.

Désormais ceci reviendra comme un refrain, que, plus un peintre subit l’inspiration du génie de sa terre, plus, à l’instar des maîtres incontestés, Velâzquez ou Goya, il s’attache à son Espagne, plus il a chance d’avoir sa place au temple de Mémoire.

Gonzalo Bilbao laissera sa trace lumineuse, comme l’évocateur brillant et sincère de l'enchanteresse vie sévillane ; avec Santiago Rusinol, nos enfants et petits-enfants respireront comme nous la vieille poésie embaumée des jardins d’Espagne ; les beaux jours d’Aranjuez sont

revenus; Mir évoquera pour l'avenir les harmonies changeantes des eaux, des rochers, des grands arbres et des vieilles murailles moussues de Catalogne.

Et avec ces maîtres, avec d’autres encore qui les suivent à pas souvent égaux, ceux qui surtout et avant tous sont maintenant l'honneur de l’école espagnole contemporaine, c’est, autour de Zuloaga, les jeunes qui vont, au plus profond de leur pays et de leur race, scruter les mysté-

Phot. Roig

l'iü. I) 54, — Ed. Chicharro : Renaud et Armide. Partie centrale d'un triptyque.

(Musee moderne, Madrid.)

rieuses beautés typiques de la terre, el les essentielles beautés typiques des hommes.

Ignacio Zuloaga, si l'on passe condamnation, comme on le fait de bon cœur, sur quelques défauts de monotonie, et quelquefois de procédés, où I a entraîné le succès même de sa manière, est l'artisan d'une œuvre puissante, que la tradition des grands génies inspire et soutient sans tyrannie, que son génie propre marque d'une belle empreinte indélébile. Zuloaga voil 1 Espagne, sa chère Espagne des pays basques et des Castilles, d une vision qui est éternelle, et qui pourtant n'est qu’à lui, une Espagne sombre et triste, une Espaç/ne noire , comme des littérateurs

L’ART EN ESPAGNE

l’ont vue moins bien que lui et l'ont nommée. Mais, sous cet aspect sombre et triste, qui ne la voit maintenant avec lui, et qui ne la reconnaît? Et les Espagnols de Zuloaga, ses femmes aux bouches et aux yeux ardents, avec leurs peignes et leurs mantilles, et leurs châles ramages de Manille, avec leurs fleurs à parfums lourds, ces gitanes et ces danseuses, ces maigres et nerveux toreros, ces nains difformes qui nous émeuvent même après les nains et les bouffons de Velâzquez, ces vieilles qui nous effraient même après les sorcières de Goya, tous ces êtres dont la brutale réalité a des mystères de vision, ne sont-ils pas les vrais tils, les seuls (ils réels et possibles de la terre sombre et triste, de ces Tolède, ces Avila, ces Sepülveda, de ces cités et de ces villages dont il évoque en lignes sobres, en couleurs amorties et comme usées par les siècles, les dures silhouettes mystiques ?

Quelle joie, — après tant de formules, après tant de conventions et d’académisme, après tant de peintures sans âme, d’où l’Espagne est si loin, quand elle n’y est pas trahie, — de la retrouver enfin dans l’œuvre inimitable d'un maître, ressuscitée en sa profonde vie séculaire!

En passant, puisque des Espagnols moroses reprochent aux étrangers de ne vouloir connaître et célébrer de l’Espagne que les danseuses à castagnettes et les toreros dorés, n’est-il pas piquant de noter que l’Espagne picaresque inspire de préférence, avec un singulier bonheur, le j» 1 ns espagnol assurément des peintres contemporains : Pepillo, Le Torerillo , El Corcito , La femme au perroquet, Lolita la Gitane, Antonia la Gallega, Yvonne, Irène, arrière-petite-cousine de la Maja desnuda , Mercedes la naine, Gregorio el botero (le nain à l’outre), Les Sorcières de San Millau, et La Victime de la fête, la lamentable loque de cheval sanglant, dernière incarnation de Rossinante, traînant sous un ciel tragique son lamentable picador , ne sont-ils pas, dans l’œuvre déjà touffue et d’une si haute portée, parmi les plus évocatrices figures de la pairie?

Maintenant, qu’autour de Zuloaga, chacun avec sa vision, sa palette, son talent, plus ou moins approchés ou serrés contre lui, se groupent les

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jeunes que son succès excite et enseigne, Manuel Benito, Lôpez Mezquita, Miguel Viladrich, Chicharro, Nestor, BelLran y Masses, Roinero deTorres, Hermoso, Pinazo, les frères Zubiaurre, et d’autres encore, dignes d'eux: le présent est à eux, comme l’avenir. On discutera leurs archaïsmes ou leurs modernités, leurs naïvetés et leurs maladresses voulues ou inconscientes, et leurs outrances, leurs entraînements aux nouveautés étrangères contestées ou contestables, mais, puisqu'ils cultivent avec une ardeur renaissante les dons et le génie propre de leur race, chacun à sa manière, mêlant à leurs instincts de réalisme un sentiment supérieur d’idéal et, comme Zuloaga, de mysticisme, ils sont espagnols; c’est leur force, et

notre raison d’espérer.

Que d'autres, de talent éprouvé, non moins consciencieux, mais moins chercheurs, et peu soucieux de se risquer aux postes dangereux d’avantgarde, maintiennent à une hauteur honorable le niveau moyen de leur art classique; que d’autres, épris surtout des exemples d’outre-monts, s’affilient aux écoles étrangères dont ils suivent les e

trop facilement parfois, les formules; que d’autres aient enfin l’audace, sinon le courage, d’entrer dans la boîte géométrique, un peu usée aux angles, des cubistes, ou dans les cages variées des fauves (n’oublions pas que Picasso est espagnol), c’est leur droit, et peut-être cela est bon, l’art vivant d’action, de réaction et de révolution; mais nous faisons plus sûre confiance à ceux en qui revit l’âme des grands aïeux immortels.

La tradition n'est pas le dangereux courant, aux ondes usées et troubles, où tant de bons artistes redoutent de noyer leur originalité. Le passé n’est mauvais conseiller que si l'on comprend et suit mal ses conseils, et ces conseils sont ceux du génie de la race vivant une vie féconde dans les chefs-d’œuvre consacrés. Le génie espagnol est fait, c'est un lieu commun, de réalisme et d’idéal; qu'il ne l’oublie pas et ne délaisse pas, pour des chimères fugitives, ce qui lit et fera toujours sa force avec sa gloire.

rrements et adoptent,

L’ART EN PORTUGAL

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