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Pi:iNTl HK ET SCI LPT1 HE ESPAGNOLES AU XIV ET AU XV S. 7ô5
se font de doux yeux; mais les vainqueurs du jeu ne sont pas les mômes qu'à Grenade. A Burgos les musulmans s'humilient devant le roi de Castille : ils ont pris leur revanche dans les peintures de TAlhambra. Ces peintures ont pour fond un décor très riche, dont les édifices roses et verts sont de goût italien. La vasque d'une fontaine est supportée par quatre statuettes de femmes nues. Tous les visages ont le type giottesque. Cependant le peintre n'était pas Italien : il néglige complètement le modelé,
Phot. E. Bertaux.
FiG. 440. — École sévillano, vers 1400. Scènes de batailles légendaires. Tirenado, Alhanibra.
pour procéder par taches vives et plates, finement cernées d'un contour noir.
Les costumes des chevaliers chrétiens, chausses collantes, pourpoints courts, avec la ceinture basse, les armures de plates et les bassinets, les corsages des dames, à fausses manches tombant du coude, ont été portés dans la seconde moitié du xiv*" siècle. Les peintures du plafond central permettent de préciser la date de l'ensemble. Aucun chrétien n'y a été admis : l'assemblée se compose de dix princes mores assis en rond, coiff'és de riches turbans et appuyés sur leur longue épée droite, dont la garde est ornée d'entrelacs. Deux d'entre eux ont la barbe et les cheveux roux, comme certains Berbères.
D'après une tradition ancienne et qui a pour elle toutes les vraisemblances, les princes musulmans, assemblés sur le plafond de l'Alhambra, ne seraient autres que les dix premiers souverains de la dynastie des Beni-Nazar. Si l'on exclut de celle dynastie les usurpateurs qui ont
échoué, le r^gne du dixième sultan, un Mohammed, arrive tout près de Tan 1400. Le peintre giottesque de TAlhambra se trouve exactement contemporain de Garci Fernandez. Il a reçu le même enseignement italien : mais il s'est souvenu des traditions qui remonlaient au règne d'Alphonse le Savant et qu'un siècle entier n'avait pas fait oublier à Séville. Les châtelaines peintes au plafond de l'Alhambra ont une grâce plus française
Pbot. Gôtnez Moreno.
FiG. 4i1. — La Vierge, entre saint Pierre et saint Paul, par Juan de Séville. Première moitié du xw* siècle.
(Collection Lâzaro, à Madrid.)
encore que florentine. Elles regardent à leur terrasse ou à leur fenêtre avec la mine des dames que l'on peut voir dans un grand manuscrit de ÏHistoire troyenne, enluminé pour le roi Pedro (le Cruel), à Séville, en l'an 1350 (Bibliothèque de l'Escurial). Les rois mores semblent copiés d'un des plus curieux manuscrits d'Alphonse le Savant, le livre de VAjédrez, où Ton voit chrétiens et musulmans jouer aux échecs. Le peintre inconnu de l'Alhambra avait cerlainement étudié ces modèles anciens; mais, comme les miniaturistes sévillans du xin* siècle, il a su regarder le spectacle pittoresque de Séville; il a joui des merveilles de Grenade.
Et, le jour venu de peindre dans un décor fantastique un peu de ce qu'il avait vu, cet inconnu a donné à ses images de féerie une fraîcheur et un éclat dignes du palais enchanté.
Les peintres sévillans de la première moitié du xv* siècle ne continuent pas directement la tradition de Garci Fernandez et du peintre de TÂlhambra; ils forment une école plutôt « siennoise » que « giottesque ».
Les peintures murales du cloître « mudéjar » de San Isidro del Campo, près de Séville, ont pu être datées, grâce aux armoiries du donateur : elles se placent aux environs de Tannée 1436. Ces figures de saints, évoques, moines, cavaliers et dames, dont les visages ont été stupidement mutilés, se détachent sur des fonds rouges ou bleus, en grisaille et comme en bas-relief. La Vierge du trascoro de la cathédrale de Séville, — Nuestra Senora de los Remedios, — est une œuvre charmante, et d'une douceur toute siennoise. Le peintre est inconnu, comme le donateur qu'il a peint à genoux. Le seul tableau sévillan de la première moitié du XV* siècle qui porte une signature est un petit triptyque de la collection Làzaro, à Madrid, sur lequel se lit le nom d'un Juan de Séville, écrit en latin : Johanncs Ilispalensis (fig. 441). Peinture de second ordre, comme le panneau plus ancien de Garci Fernandez, et peut-être tardive, malgré son air d'archaïsme. Cependant les figures roses et poupines, les ondes des draperies aux couleurs criardes conservent un reflet lointain de l'Italie du Trecento.
De Pampelune jusqu^à Séville, on peut noter ainsi des étapes de cet art d'origine siennoise, qui pénétra vers le Nord jusqu'au delà de Cologne et de Paris, et qui a été, — les faits groupés ici le confirment, — un art vraiment international et « européen »,
Dello di Nicola et Nicolas le Florentin en Castille. — Un demisiècle après Slarnina, un autre peintre florentin, Dello di NicolA, alla chercher fortune en Espagne. Inscrit parmi les peintres de Florence à trente ans, en 1432, il partit pour la Castille peu de temps après et s'y fixa. Il ne revint qu'une fois dans sa patrie, en 1446. Dello vivait encore en Castille vers 1460.
Un ensemble très important de peintures florentines du xv* siècle s'est conservé à Salamanque, où il décore l'abside de la vieille cathédrale romane. La paroi semi-cylindrique de l'abside est tout entière lambrissée de petits panneaux, sertis dans des encadrements moitié « gothiques », moitié moresques, et dont l'ensemble forme un énorme retable concave à 55 compartiments. La voûte en cul-de-four, qu'une simple moulure sépare de ce retable, est elle-même décorée d'une fresque qui représente le Jvgement dernier. Autrefois les parois du chœur et la voûte en berceau qui le
surmonte étaient également couverts de peintures, qui ont presque complètement disparu.
Le peintre des fresques est connu par un document authentique : un contrat du 15 décembre 1445, passé entre le chapitre de la cathédrale de Salamanque et le peintre Nicolao Florentino, Le Jugement dernier offre un mélange singulier d'archaïsmes et d'audaces. Tandis que le troupeau des élus, les anges volants, la Vierge agenouillée font encore penser à Masolino, les ressuscites et le grand Christ ont, dans leur nudité, des mou-
rhot. Gûnicz Moreoo.-
V\{\. WL — Le JuKemenl domier. Fios<|ue de Nicolas lo Floronlin, dans l'abside de la Cathédrale Vieille de Salainan<|ue (vei-s liàO).
vemenls et des raccourcis dignes d'un Paolo Uccello ou d'un Masaccio (fig. 442).
Le contrat de 1445 atteste que, lors de la commande des fresques, le retable était achevé depuis peu. Ce retable gigantesque est d'une conception tout espagnole. Pourtant les petits panneaux qui couvrent Tabside d'une cuirasse de bois peint et doré, dont l'architecture n'a rien d'italien, sont, comme œuvres de peintre, encore plus purement florentins que le Jugement dernier. L'histoire évangélique y est contée avec des épisodes pittoresques, des costumes fantasques, des détails ingénus et parfois des recherches de réalisme, qui rappellent tantôt Masolino, tantôt Pesellino ou même Gentile da Fabriano (fig. 4i5). Faut-il supposer que deux artistes différents, tous deux F'iorenlins, aient travaillé l'un après l'autre dans l'abside de la cathédrale de Salamanque? Ou bien faut-il croire que le peintre des petits panneaux, avant d'entreprendre la grande fresque, ait
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repris contact avec Florence, où Tarf progressait à grands pas? Une hypothèse fort ingénieuse de D. M. Gômez Moreno semble résoudre toute difficulté. Pour lui, le Florentin Nicolas n'est autre que le mystérieux Dello. Celui-ci s'appelait, en effet, Dello di Nicola : il a pu être connu en Espagne sous son nom patronymique. Dello était resté célèbre jusqu'au temps de Vasari comme peintre de meubles* : or les scènes de l'Évangile, dont les groupes chatoyants égaient la sévère église de Salamanque, sont de vraies peintures de « cassone ». D'autre part, on sait que Dello revint passer quelque temps à Florence en 1446, peu de mois
l*hol riùme/ Morenu.
FiG. 443. — Nicolas le FI(»rontin(?). Trois panneaux <lii retable monumental de la eathéclrale de Salamanque (vers 1445).
après la date où les panneaux du retable se trouvèrent achevés et où les fresques furent commandées au Florentin. Une rencontre extraordinaire, et que l'on peut difficilement attribuer au hasard, offre à l'hypothèse du savant espagnol une confirmation presque décisive. Dello avait un frère appelé Samson, qui était peintre et qui alla, lui aussi, en Espagne, peutôlre dès 1428; or le peintre florentin de la cathédrale de Salamanque avait un frère de ce môme nom, qui tint boutique de peintre à Avila, et est mentionné en même temps que Nicolas, dans un contrat du 15 avril 1466. Ce contrat fut passé par le frère de Samson avec un jeune homme d'Avila, que le Florentin s'engagea à prendre comme apprenti. Il eut d'autres disciples. En 1452, un peintre du nom de Nicolas, que l'on ne