IMP SER GALBA CA
Buste de l'empereur Galba lauré
Fk;. ,V2r». — Médaille de Doinilien i?) . i / » j -i
par Mano Seslo. ^t drapé, à droite,
f$. LAVRENTI SESTO • ME FECIT. Figure allégorique de femme représentant Venise debout de face, tenant l'étendard de saint Marc.
Le droit de cette pièce de cuivre est la copie aisément reconnaissable d'une monnaie romaine de Galba, avec la légende LMP [ei^ator] SER- {gius) GALBA CA(esar). Lorenzo Seslo est signalé, avons-nous dit tout à rheure, en 1394. Au surplus, voici la preuve que la médaille que nous venons de décrire est de cette époque : c'est une pièce analogue, aussi à l'effigie d'un empereur romain (Galba ou Domilien?), signée de son frère Marco Sesto et qui porte la date de 4393.
LES ORKiINKS DE L'ART DU MÊDAILLEl H 919
-I- MARCUS • SESTO • ME • FECIT • V. Buste lauré et drapé de l'empereur Galba ou Domilien(?), à gauche.
^. PAX • TIBI -î* VENETIA. Figure allégorique de femme représentant Venise debout de face, tenant de la main gauche Tétendard de saint Marc; à ses pieds, la roue de Carrare; dans le champ, la date 1395.
Cette médaille de cuivre, on s'en rendra compte aisément, est des plus intéressantes par sa date, son type de revers et ses légendes. Au droit, nous avons une habile copie d'un grand bronze romain; autour de cette effigie vraiment admirable comme exécution technique, nous lisons une inscription qui donne le
,,,.., , , .,, , •! j 'Il •• Fi(..5tii. — Médaille d'Alexandre Seslo.
nom de 1 artiste et la vjlie ou il travaillait :
Marcus Sesio me fecii V[enelia), Au revers, à côté de la figure allégorique de Venise, la date 1393. La légende : Pax tibi, Venetia^ célèbre la paix rendue à Venise ; de quelle paix peut-il bien être question? La date de 1393 permet de penser qu'il s'agit de celle qui termina la guerre avec François II de Carrare et de Padoue, fait prisonnier dans les conditions que nous avons relatées tout à l'heure. Cette hypothèse est changée en certitude par cette considération que la figure de Venise domine une roue, qui ne peut être que la roue carraraise, sur laquelle elle plante Tétendard de saint Marc. S'il en est ainsi, n'est-il pas permis d'étayer quelques conjectures sur ces bases solides? Les médailles que nous avons vues plus haut, des princes carrarais étant de 1390, celle-ci étant de 1393, Marco Sesto ou son frère seraient-ils les auteurs des unes et des autres? Les Sesto auraient-ils été d'abord à la solde de François II de Carrare;
puis,aprèslesdésastres de celui-ci, seraient- p,^,^ .,. ^„,,,,,,,,,, ^t la Justice. ils passé au service de Venise victorieuse?
La médaille que nous allons décrire à présent est un peu moins "ancienne.
ALESANDER SEXSTO INTAIATOR EN MONETA. Tête imberbe et diadémée à gauche d'Alexandre le Grand.
iV ME FECIT • 1417. Persée délivrant Andromède que le héros arrache à la gueule d'un monstre anguipède.
La tête d'Alexandre le Grand, diadémée, est sûrement la copie d'une pièce antique; peut-être l'artiste dont le nom figure au pourtour, Alessandro Sesto, a-t-il choisi une effigie d'Alexandre par allusion à son propre prénom. Le type de revers est aussi inspiré de l'antique. Alessandro Sesto nous apprend qu'il exécuta cette médaille en 1417, époque où il était graveur de la monnaie de Venise.
Aux pièces qui précèdent, on doit joindre la suivante (fig. 525) :
LEONIS VMILITAS. Androclos debout, s'appuyanl sur sa lance et caressant un lion assis à côté de lui.
^. IV^STICIA. La Justice assise sur son trône, s'appuyant du bras gauche sur son bouclier et de la main gauche sur son glaive.
Cette pièce, exécutée dans le goût antique et interprétant une fable d'Aulu-Gelle demeurée populaire, paraît, par son style, se rattacher à la môme série que la médaille signée d'Alessandro Sesto et elle doit sans doute être attribuée à cet artiste.
Les médailles des princes de Carrare et celles de Venise que nous venons de décrire forment la tête de la série des médailles ilaliennes; mais elles ne demeurèrent pas longtemps isolées. L'art monétaire bénéficia lui-même rapidement du progrès inauguré par ces curieuses pièces et Ton peut s'en rendre compte, en particulier, par la belle monnaie à la tête d'Hercule que fit frapper Pandolfe Malalesta, à Brescia, entre 1404 et 1421 (J. Friedlaender, pi. I, 7). Mais voilà que nous approchons de 1439, époque de l'apparition de la célèbre médaille de Jean VIII Paléologue, par Vittore Pisano : c'est eafin l'épanouissement d'un art dont nous venons d'enregistrer les premiers essais. A dater de ce jour, une galerie sans fin de chefs-d'œuvre va s'ofl*rir à nos regards émerveillés : plus lard seulement nous pénétrerons dans ce sanctuaire dont nous venons péniblement de déblayer les abords.
Technique de la fabbication. — Comment et par quels procédés techniques furent fabriquées ces premières médailles italiennes et françaises que nous venons de présenter au lecteur?
En général, on peut dire qu'une médaille est frappée ou coulée. Le procédé de la frappe ou du battage, d'abord au marteau, plus tard au balancier ou, à la presse hydraulique, implique de toute nécessité l'emploi d'un coin gravé, d'une matrice exécutée par un artiste, à quelque époque qu'on se place de l'histoire monélaire de l'antiquilé, du moyen âge ou des temps modernes. Au Moyen Age, les fers ou coins métalliques qui servaient à frapper les monnaies, jetons et médailles, étaient faits d'une tige de fer dont la base, c'est-à-dire la partie destinée à recevoir la gravure, était revêtue d'une mince épaisseur d'acier. Les tailleurs des fers étaient les graveurs des coins monétaires; on les recrutait parmi les orfèvres et les graveurs des matrices de sceaux. Il semble même que la gravure des sceaux fut, en quelque sorte, une préparation à la gravure plus délicate et plus difficile des coins monétaires. Mais celte dernière elle-même ne comportait pas une bien grande originalité artistique ni des difficultés spéciales tant que les pièces à frapper ne dépassaient pas le module ordinaire. Les plus admirées des monnaies du Moyen Age sont
Gooole
LKS ORIGINES DE L'ART DU MEDAILLEUR 921
jolies, charmantes parfois, plutôt que véritablement belles. Même pour la monnaie si élégante de saint Louis qui fit véritablement, suivant l'expression de Natalis Rondot « sortir Tart monétaire de la barbarie » ; même encore un siècle après lui, malgré de beaux types, comme le francà-cheval de Jean le Bon, ou les matapans vénitiens gravés par les Sesto, la monnaie demeure un travail d'orfèvrerie et d'art industriel; elle conserve toujours un aspect sigillaire. Les tailleurs des fers, en un mot, rentrent dans la catégorie des orfèvres doriers, émailleurs et autres ouvriers de métier auxquels on peut, dans certains cas, reconnaître une grande maîtrise technique, plutôt que dans la classe plus noble des artistes.
Outre la frappe avec des coins exécutés par le tailleur de fers, on pouvait employer pour la fabrication des médailles le procédé de la fonte dans un moule en creux. Exceptionnel pour la monnaie et pour les jetons, ce deuxième procédé est, au contraire, ordinaire pour la grande médaille, à Tépoque de la Renaissance, et très fréquent dans les temps présents.
11 y avait enfin un troisième procédé, qui consistait à emboutir des plaques minces, qu'on soudait ensuite Tune contre l'autre sur leur circonférence, en plaçant les reliefs à l'extérieur et les creux à Tinlérieur, en regard Tun de l'autre. L'artiste fabriquait un moule en creux, puis le même moule en relief par moulage, et entre ces deux matrices il plaçait une feuille mince de métal, or ou argent, sur laquelle s'imprimait, par Tcffet de la pression et de légers coups de marteau, l'image en relief d'un côté de la plaque métallique, en creux de Tautre côté.
C'est d'après ce procédé d'emboutissage, emprunté à lorfèvrerie, que sont fabriquées les innombrables séries des bractéates, la monnaie courante d'une partie de l'Allemagne durant le Moyen Age : telles de ces bractéates allemandes dépassent la dimension de notre pièce de cinq francs. Mais, chose étrange en vérité, jamais ces monnaies bractées ne sont formées de la réunion de deux feuilles de métal, soudées Tune à l'autre, de manière à présenter des types en relief sur les deux faces; tandis qu'au contraire c'est ce qu'on a fait pour la fabrication des bulles d'or et d'argent et pour certaines médailles, comme nous Talions constater.
Par lesquels de ces trois procédés furent exécutées les médailles italiennes de Francesco de Carrare, celles des Sesto, les médailles italiennes et françaises signalées dans l'Inventaire du duc de Berry? Délicate question de technique, mais très importante pour reconnaître les exemplaires originaux et les distinguer de leurs surmoulés postérieurs.
En ce qui concerne les médailles des Sesto décrites plus haut, elles furent frappées à l'aide de coins gravés comme ceux de la monnaie : aucune hésitation n'est possible sur ce point. Parmi les médailles de
9t>î2 HISTOIRE DE L'ART
François II de Carrare, celle de cuivre qui fut trouvée dans les fondations d'une église, a aussi été frappée à l'aide de coins ou de fers, comme une monnaie. On n'en saurait douter quand on examine à ce point de vue l'original ; on s'aperçoit même que le coin s'est légèrement déplacé sous les coups répétés du marteau, de manière à produire ce qu'on appelle en terme de métier un tréflagedans toutes les lettres et sur tous les contours. Par là môme il appert que la fabrication au marteau d'une pièce aussi grande n'allait pas sans difficultés, et ainsi se trahit la nouveauté de l'expérience. Néanmoins et malgré ce défaut, nous devons- conclure que, dès 1390 au moins, les artistes italiens étaient techniquement assez habiles pour graver des coins larges et creux comme le module et le relief de la médaille que nous avons sous les yeux : cette médaille, remarquons-le, ressemble à une monnaie.
Quant aux deux autres pièces qui portent les effigies de Francesco Novello et de son père, ce que nous pouvons affirmer, c'est que l'exemplaire en argent du Cabinet des Médailles reproduit ici est une médaille coulée dans un moule et non frappée. Mais cet exemplaire est-il bien un original remontant jusqu'à l'an 1390? J'en doute fort : je crois que cette médaille et ses pareilles jusqu'ici connues, sont très probablement des surmoulés du xv'' siècle, exécutés sur des originaux aujourd'hui perdus.
Ainsi que nous l'avons indiqué plus haut en passant, de très bonne heure les collectionneurs tinrent à posséder la galerie complète des médailles-portraits de certaines lignées dynastiques, et les effigies des princes de Carrare furent parmi les plus recherchées, sans doute à cause de l'initiative que ces seigneurs avaient su prendre dans l'invention de la médaille-portrait. Dès la fin du xiv*' siècle, on propagea les surmoulés de leurs médailles et nous avons constaté que l'un de ces surmoulés en plomb était dans la collection du duc de Berry, en 1401.
Mais on ne se contenta pas de ces copies. Au milieu du xv*" siècle, des artistes italiens, au premier rang desquels figurent les descendants des Sesto, fabriquèrent, en outre, des médailles de toute la lignée des seigneurs de Carrare, depuis Jacopo P% seigneur de Carrare de 1518 à 1324, jusqu'à notre Francesco II, qui fut le dernier et mourut misérablement, comme nous l'avons vu, en 1406.
On possède en effet des séries de médailles de restitution de tous ces princes, et nous savons que les premières de ces restitutions furent exécutées dès le milieu du xv*^ siècle au moins. On les surmoula à satiété; on les copia, on les imita encore par la suite et indéfiniment, de sorte qu'aujourd'hui il est difficile et délicat de distinguer les originaux de ces copies admirablenient exécutées.
Telles sont les raisons qui nous font hésiter à considérer comme un original de 1390 la médaille à l'effigie de Francesco II de Carrare, que
LKS OHIGINKS DE I.'ART DU MKDAILLEUR 0^5
possède le Cabinet des médailles de Paris. Il y a plus. Je soupçonne qu'au Heu d'eHre des médailles fondues, les originaux devaient 6tre des plaques au repoussé, comme les bractéales et comme les médailles de Constantin et d'Fléraclius. J. Friedlaender nous informe que le Cabinet de Berlin possède deux exemplaires de la médaille de François P' de Carrare : Tune de ces pièces est en bronze et incontestablement frappée; l'autre n'est qu'une mince plaque d'argent au repoussé, en relief d'un côté, en creux de l'autre, comme une bracléate à haut relief. Celle-ci est probablement un original.
Les médailles de Constantin et d'Héraclius étaient des joyaux d'orfèvrerie du même genre : d'ailleurs pour ces deux pièces, leur module énorme ne permet pas de songer à la frappe. De ces deux pièces, nous possédons au Cabinet des Médailles à la fois des originaux et des copies; on a vu plus haut que déjà le duc de Berry lui-même avait fait faire des copies de ces « joyaux d'or », C'est ainsi que nous pouvons affirmer que les originaux élxiient fabriqués à la façon des bracléates allemandes ou des bulles d'or et d'argent destinées à être appcndues aux documents diplomatiques d'une importance particulière. Ce sont de minces feuilles métalliques, embouties par le procédé de l'estampage employé couramment dans l'orfèvrerie de tous les temps. Chaque pièce comporte deux plaques rondes d'argent ou d'or, soudées l'une à l'autre, les creux dissimulés à l'intérieur et demeurés vides. Ces médailles n'étaient donc en réalité que des joyaux monétiformes et ils n'avaient aucune parenté de fabrication avec les monnaies françaises ou italiennes du temps.
Il existe bien des exemplaires de ces médailles de Constantin et d'Héraclius qui sont pleins et coulés, mais ce ne sont pas des originaux; ce sont des surmoulés plus récents; tels de ces surmoulés, comme les médailles de Carrare, remontent jusqu'au xv*-* siècle et ont pu êlre faits dès le lendemain même de la fabrication des pièces originales. Nous en possédons qui sont sûrement très anciens; il en est môme qui présentent des variantes dans les légendes et dans certains détails des types figurés, ainsi que nous l'avons dit plus haut. Bref, les originaux, extrêmement rares et étrangers à la technique des monnaies frappées ainsi que des médailles fondues, sont bien justement dénommés j'oî/aî/x d'orfèvrerie dans les anciens Inventaires.
On voit, par tous ces détails, que la médaille française du duc de Berry, œuvre de Michelet Saulmon, a dû être, elle aussi, fabriquée par le procédé du repoussé.
De ces observations générales, il résulte que dès leur apparition en Italie vers la fin duxiv*" siècle, les médailles artistiques étaient fabriquées par trois procédés difi'érenls, auxquels les artistes avaient recours suivant leur convenance. Elles pouvaient être frappées au marteau comme
les monnaies contemporaines, et ce procédé était mis en pratique surtout pour les pièces de petit module. Les pièces plus grandes étaient coulées dans des moules ou embouties, mais l'emboutissage paraît avoir été exclusif pour les pièces d'un très grand module telles que le Constantin et THéraclius.
Dans un autre chapitre, nous aurons à examiner aussi au point de vue de la technique, les médailles italiennes fabriquées à partir du milieu du xv® siècle, et en France celles qui, après la guerre de Cent Ans, furent exécutées en mémoire de Texpulsion des Anglais.
BIBLIOGRAPHIE
N. RoNDOT, Les médaiUeurs et les graveurs de 7notinaies, jetons et médailles en France (publié par H. de La Tour). Paris, 1904, in-S». — Alfked Armand, Le^ médaiUeurs italiens des XV* et xvi* siècles. — J. Jules Guiffrey, dans la Revue numismatique, 1890, p. 87 à 116, et 1891, p. 17 à 25. — J. Guiffrey, Inventaires de Jexin duc de Berry, 1401-1416, (deux vol. in-8% 189i-1896). — Ji'lius Friedlaender, Die gepragten Italienischen Medaillen des ftinfzehnten Jahrhunderts, 1390 bis 1490 (Berlin, 18N3, in-4«). — Cornelils von Fabriczy, Mcdaillen der Italieîiischen Renaissatice (dans la coll. Louis Sponsel). Leipzig, in-8«. — Julius von ScHLOSSER, dans le Jahrbuch der Kais. Œsterreich. Kunstsammlungen, t. XVIII (1897). — Eugène MCntz, Les Précurseurs de la Renaissance.