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DU QUINZIÈME SIÈCLE

La peinture a Venise, a Padoue et a Vérone ; Jacopo Bellinl — Le séjour de Gentile da Fabriano à Venise marque la première émancipalion d'un art qui semble retardataire et comme paralysé. Jusqu'au XV* siècle, Venise est demeurée toute byzantine. Les peintres qui continuent patiemment l'immense revêlement de mosaïque de Saint-Marc, ou qui colorient sur leurs retables à fond d'or toujours les mêmes Madones, les mêmes saints émaciés el rigides, sont ou des moines grecs, ou les élèves de ces moines. Ils n'ont pas connu, ils n'ont pas voulu connaître l'évangile de Giotto, qui pourtant, aux portes de Venise, à Padoue, à Vérone, a suscité une vie nouvelle de l'arl. Il vaudrait la peine, malgré tout, de rechercher dans les œuvres de ces byzantinisants, tels que Paolo, Slefano, Lorenzo, Donato et Calerino, Semilecolo, Bonomo, d'autres encore, quelques velléités de sentiment personnel. Cependant, à Padoue, les fresques d'Altichiero et de Jacopo Avanzo, qui racontent la légende de saint Georges et celles de sainte Lucie et de sainte Catherine, en même temps que des scènes du Nouveau Testament, aux murs du petit oratoire de San Giorgio, celles aussi qui racontent, dans la basilique de Saint-Antoine, la légende de saint Jacques (peintes en 1376 et pendant les années suivantes), sont les meilleurs témoins du renouveau giottesquc, au lieu que l'immense décor allégorique et moral du palais de la Ragione, par Giovanni Miretto et ses compagnons, et les compositions de Giusto aux Eremitani, offrent plus d'intérêt pour Thistoire des sciences, et particulièrement de l'astronomie, que pour celle de l'art. Un peintre de Padoue, Guariento, qui avait travaillé au décor des Eremitani, fut appelé en 1365 à Venise, pour peindre sur un des murs du Palais Ducal l'énorme fresque mi-gothique mi-byzantine du Paradis (qu'il serait plus juste de nommer le Couronnement de la Vierge)^ alors qu'Antonio Veneziano, trop giottesquc pour ses concitoyens, émigrait à Florence et à Pise.

Des influences nouvelles se font jour aux premières années du xv* siècle. Gentile da Fabriano, le grand artiste qui travaille, vers 1420, à la décoration du Palais des Doges, a certainement sa part dans cette floraison imprévue de la peinture vénitienne, mais il semble qu'il ait reçu pcul-

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être autant qu'il a donné. La peinture vénitienne subit une évolution analogue à celle que Ton peut remarquer à la même époque dans la peinture allemande; et le charme naïf de certaines figures de Vierges et de saints, à Vérone plus encore qu'à Venise, fait songer aux peintres de Cologne. Le premier artiste de Venise en qui cette évolution apparaisse assez nettement est Jacobello di Francesco del Fiore, que la Seigneurie emploie, au salaire de cent ducats par an, des avant 1412, et qui meurt

Phot. Alînari. L

FiG. 559. — Le Couronnement de la Vierge. Retable de Jacobello del Fiore.

(Académie des Beaux-Arts de Venise.)

en 1440, laissant un petit nombre d'œuvres où Ton peut suivre les transformations de son talent.

L'une d'elles, qui n'est peut-être pas la plus ancienne (elle aurait porté, semble-t-il, mais il est difficile de l'admettre, la date de 1408), n'a d'autre importance pour nous que d'être une copie très réduite, mais fidèle, de la grande fresque de Guarienlo au Palais Ducal. Le Couronnement de la Vierge s'y compose encore selon les données byzantines, avec sa multitude d'anges, d'apôtres, de prophètes et de saints groupés en longues files verticales dans leurs stalles gothiques autour du trône élevé où s'accomplit le mystère joyeux (fig. 559). En 1415, Jacobello peignit, pour la Seigneurie de Venise, le Lion de saint Marc^ et, en 1421, une

LA PEINTURE ITALIENNE AU XV*^ SIÈCLE fi'iS

charmante figure de la Justice^ aux côtés de laquelle so tiennent les archanges Michel et Gabriel, en des poses tumultueuses, et en des vêtements bizarres et rehaussés de gaufrurcs d'or, qui rappellent les primitifs

Phol. Al mari.

FiG. .TCO. — Le Couronnomont i\o, la Vierge. Retable d'Anton io Vivarini et Giovanni dWlemannia, clans Téglisc de Saint-Pantaléon de Venise.

d'Espagne plus encore que ceux de Sienne ou de TOmbrie. Un f^aint Chnjsogone, de Téglise des Saints-Gervais-et-Prolais, qui lui est attribué par quelques critiques, semble plutôt, pour le type du visage et le dessin du cheval, de Jacopo Bellini.

Michèle Giambono (dont un aïeul, peintre de Trévise, se nommait Giovanni Bono ou, par abréviation, Zambon), a laissé d'assez nombreux

travaux, parmi lesquels il faut citer surtout les mosaïques, exécutées après 1430, d'une des chapelles de Saint-Marc. Elles représentent la Naissance^ la Présentation^ la Visitation et la Mort de la Vierge, Ce sont des œuvres assez caractéristiques du nouveau style, œuvres d'un dessinateur et d'un décorateur voisin de Jacopo Bellini, épris des architectures classiques et des amples et solennelles draperies. M. Thode a cru reconnaître dans la dernière de ces compositions la main du Florentin Andréa del Castagno ; mais si la parenté de certaines des figures avec celles de la Cène du Musée de Sant'Apollonia de Florence n'est pas niable, ne peut-on en conclure seulement qu'un album de dessins, du genre de ceux dont nous aurons à parler bientôt, a mis l'artiste à même de s'inspirer de ces rudes et puissantes créations? Il faut noter l'influence de ces mosaïques sur la formation de Mantegna, et ne pas oublier qu'un des beaux tableaux de ce maître, la Mort de la Vierge^ du Musée du Prado à Madrid, en est assurément dérivé. Une des dernières œuvres de Giambono, une Pietà^ du Musée de Padoue, faussement signée du nom de Mantegna, montre encore mieux les liens qui rattachent ce primitif aux grands Vénitiens de la seconde moitié du xv® siècle.

C'est dans le second tiers de ce siècle que commencent d'apparaître deux dynasties de peintres qui ont enrichi Venise à profusion de leurs œuvres, les Vivarini et les Bellini. Les Vivarini, à leurs débuts du moins, restent encore à demi inféodés aux traditions byzantines et gothiques; famille nombreuse de mosaïstes et de verriers, vivant dans la lagune, à Murano, avant de s'implanter à Venise même. Antonio Vivarini, le premier et le plus notable, a une longue et féconde existence. Pendant upe dizaine d'années, de 1441 à 1449, il est associé à un certain Jean d'Allemagne (Giovanni d'Alemannia ou Teutonico) avec lequel il produit et signe en commun plusieurs retables importants. Il y en a trois, de l'année 1445, à San Zaccaria, où de gracieuses figures de saints et de saintes, vêtus de brocart, se détachent sur un fond d'or ou sur une haie de roses en fleurs. En 144i, les deux maîtres signent le grand Couronnement de la Vierge de l'église de Saint-Pantaléon (fig. 560), œuvre touffue au possible, où les figures de la hiérarchie céleste, au lieu d'apparaître par rangées verticales, comme dans la fresque de Guariento, copiée par Jacobello del Fiore, se groupent harmonieusement par étages superposés, dont les derniers semblent se perdre dans l'infini du ciel. La composition de celte œuvre considérable et célèbre fut attribuée dès l'abord à Jean d'Allemagne, car c'est uniquement son nom que l'on trouve au contrat de commande d'une copie de cette peinture par Michèle Giambono. Et dans le vaste retable daté de 1446 que conserve aujourd'hui l'Académie de Venise, c'est encore Giovanni plutôt qu'Antonio que l'on reconnaîtra à la majesté solennelle des figures, si originalement disposées dans une

étroite cour de marbre, aux pinacles fleuris de style vénitien (flg. 361). Antonio seul est Tauteur d'une très pittoresque Adoration des Mages (au Musée de Berlin), où il semble qu'il ait voulu rivaliser avec Gentile da Fabriano parles mille détails gracieux et spirituels dont la composition déborde; et, en 1440, au moment où allait commencer sa collaboration féconde avec Jean d'Allemagne, il peignait pour la cathédrale de Parenzo

Phot. Aiinari.

FiG. 361. — La Vierge et rEnfant entourés d'anges et de saints. Retable d'Antonio Vivarini

et Giovanni d'Alemannia.

(Académie des Beaur-Arts de Venise.)

un retable dont les figures correctes et pures ont une suavité digne de rOmbrie.

En 1450, Antonio a pour collaborateur son frère cadet, Bartolommeo, dans l'exécution d'un somptueux retable (conservé au Musée de Bologne), dont le cadre, d'architecture surprenante, dépasse peut-être en éclat la peinture. D'autres retables de Bartolommeo Vivarini, celui de Santa Maria dei Frari tout particulièrement, maintiennent la même tradition de magnificence. Quant au fils d'Antonio, Alvise (ou Luigi), contemporain de Giovanni Bellini et de Mantegna, il abandonne les vieux errements pour composer plus librement ses tableaux pieux, selon les exigences de l'esprit nouveau.

Un peintre de grand talent, Antonio da Negroponte, ne nous est connu que par une seule œuvre signée, mais non datée, que l'on peut placer au

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début de la seconde moitié du xv* siècle. C'est la Madone de Téglise de San Francesco délia Vigna, à Venise (fig. 362). La magniRcence du vêlement de brocart de la Vierge, le travail raffiné du trône de marbre où elle est assise, ramoncellement joyeux des fleurs et des fruits, le cortège d'oiseaux assembles à ses pieds, tout dans cette œuvre charmante annonce

les plus heureuses inventions de Crivelli, mais avec une ingéniosité tendre qui se souvient encore de Gentilc da Fabriano (la figure du Père Eternel, dans le cintre supérieur, a été ajoutée ou repeinle au XVI* siècle).

Avec Jacopo Bellini, père d'une illustre lignée, nous retournons à Tatelier du grand Gentilc da Fabriano. Nous ignorons la date de sa naissance, aux dernières années du xv!** siècle, ou aux toutes premières du xv*". Il n'est nullement certain, comme on l'admet généralement, qu'il ait suivi Gentilc à Florence; en tout cas, les documents vénitiens où paraît son nom, de 1424 à 1470, ne permettent guère de supposer qu'il ait fait de longs séjours hors de sa patrie. Si nous ne connaissions de lui que les peintures signées de son nom, ou que l'on peut lui attribuer avec vraisemblance (les pnoi. Aiinari. Madoiics dc l'Académic de Venise,

Fio. 562.- I.a Vierge et l'KnfaiiL Helable du Muséc dc Bcrcrame, de la ffa-

d'Anlonio da Negroponle. dans l'église . ^ ,. .

de San Francesco deila Vigna, à Venise. lene Tadini à Lovcrc Ct du Musée

du Louvre, enfin V Annonciation de l'église Sant' Alessandro de Brescia, jadis attribuée à Fra Angelico), nous le citerions moins comme un artiste personnel et un grand précurseur, que comme le père des deux glorieux peintres Gentile et Giovanni Bellini. Mais deux recueils de dessins de sa main, conservés l'un au British Muséum de Londres, l'autre au Musée du Louvre, montrent clairement le rôle actif qu'il dut jouer dans l'évolution de la Renaissance à Venise. Le recueil de Londres, daté de 1450 (celui-là même très probablement que Gentile légua à son frère Giovanni), est plus sec d'exécution que celui du

LA PKIXTIHK ITALIKNNK AU XV SIKCLH 0^27

Louvre, un peu giotlesque ou plutôt gothique par certains côtés; mais le second montre déjà l'épanouissement délicieux de Tart vénitien. Quelle curiosité, quel goût pour les belles et larges architectures, les mouvements les plus variés et les plus hardis du corps humain, Tanliquité classique et les scènes de la mythologie à côlé des émouvantes pages chrétiennes, l'analyse et Texpression du caractère dans le portrait! On ne peut bien comprendre tout le génie des deux frères Bellini et de leur beau-frère Manlogna, que si Ton a étudié les feuillets de vélin où Jacopo compose à la mine d'argent, à Taquarelle, et surtout à la plume, ces nombreux dessins (il y a 9Î) feuillels dans le recueil de Londres, et 95 dans celui de Paris), exécutés parfois avec la minutie qu'il eût apportée à l'achèvement d'un tableau.

Stefano da Zkvio et Pisanello. — Jacopo Bellini, en 1441, se trouvait à Ferrare, pour peindre le portrait de Lionel d'Esté, en compétition avec un rival dont il nous est difficile aujourd'hui de comprendre qu'il ait pu triompher; car Pisanello nous apparaît toujours mieux comme l'un des artistes les plus extraordinaires de la première moitié du xv" siècle. Nous n'avons pas

, FiG. 3<>3. — In lr\ ricr. Dfijjsin de Pisniicllo.

a nous occuper de son œuvre .m , ,

demédailleur, mais son œuvre

de peintre et de dessinateur suffit à étonner, même si Ton tient compte

de la date nouvellement rectifiée de sa naissance (1507, d'après M. Bia-

dego, au lieu de 1580), date qui permet de ne plus considérer son

apparition comme une sorte de miracle au milieu d'un art incomplètement

dépouillé des traditions gothiques.

Le peintre Antonio, Antonius Pisanus piclov, jusqu'ici dénommé erronémcnt Vittore, sur la foi de Vasari, était fils d'un Bartolommeo de Pise, premier mari de dame Isabetta, mariée en secondes noces, à Vérone, à un Filippo da Ostiglia. On comprend, par le nom et la patrie du père, le surnom de Pisano, ou Pisanello, donné à l'enfant. Ce renouvellement des données chronologiques doit faire justice, une fois pour toutes, des assertions de Vasari sur les premières œuvres de Pisanello; et peut-(^tre suffirait-il de chercher à \'érone les origines les plus sûres de son inspiration. Des fresques aujourd'hui détruites, comme les Triomphes d'Avanzo et le Sinjc (le Jérusalem d'Allichicro, furent sans doute pour lui des modèles

longuement étudiés, et parmi les décors à demi ruinés et trop peu connus des églises de San Fermo Maggiore, de Santa Maria délia Scala et de Sant* Anastasia, on pourrait trouver d'heureux essais de ses prédécesseurs immédiats ou de ses contemporains pour rajeunir, comme il allait le faire en perfection, la noblesse traditionnelle du décor giotlesque par Tobservation familière et patiente de la nature.

De ces contemporains véronais de Pisanello, le seul que nous connais-

FiG. 364. — La Légende de saint Georges. Fresque de Pisanello, dans réglise de Sanl'Anaslasia de Vérone.

sions par des œuvres certaines et par quelques dates de sa vie est le délicat Stefano da Zevio, que Ton pourrait croire un peintre colonais égaré sur les rives de l'Adriatique. Né en 1393, et vivant encore, semble-t-il, en 1463, il fit en 1434 un voyage dans le Tyrol, mais ce n'était sans doute pas le premier. On a parfois considéré comme une œuvre de jeunesse de Pisanello le petit tableau du Musée de Vérone (la galerie Colonna, à Rome, en possède un du même goût) qui représente la Madone assise, en compagnie de sainte Catherine, dans un jardin fleuri, fermé d'une haie de roses, et tout égayé du vol des oiseaux et des anges. C'est une sorte de miniature qui rappelle d'assez près les Jardins du paradis des Musées de Francfort et de Berlin, et le menu raffinement n'en paraît guère conciliable avec le sentiment de nature aussi frais, mais plus sobre et plus intense, de Pisa-

nello ; Stefano s'y montre le disciple de maître Wilhelm, et les mêmes influences rhénanes demeurent encore sensibles, quoique mêlées de nuances plus italiennes, dans ÏAdoi^ation des Mages du Musée Brera de Milan, signée et datée de 1435.

Si vraiment Pisanello est redevable aux exemples de Tétranger de la direction particulière de ses recherches, ce n'est point du côté de T Allemagne, comme pour Stefano da Zevio, qu'il faut chercher ces exemples, mais bien plutôt du côté de cet art franco-flamand, art cosmopolite épanoui à la cour de Bourges, et dont les représentants les plus notables sont les frères de Limbourg, les enlumineurs merveilleux des Ti^ès riches Heures du duc de Berry.

Les ressemblances sont frappantes entre certaines de ces miniatures, exécutées aux premières années du xv® siècle (voir t. III, p. ICG et suiv.), et les figures de seigneurs et de dames aux magnifiques atours, et celles d'animaux et d'oiseaux que les dessins de Pisanello nous ont transmises en bien plus grand nombre que ses peintures (fig. 365 et 366).

rv • i 1 Phot. Alinari

De ces peintures, les pre- p,^ ^^^ g^.„, ^^^^^^^ p^,^., ^^ ,^ j^^^^„^

mières, celles qu'il exécuta de Pisanello, à Sanl'Anaslasia de Vérone.

au Palais Ducal de Venise,

aux côtés peut-être de Gentile da Fabriano, ont entièrement disparu ; mais la fresque de VAnnonciation encore subsistante dans l'église de San Fermo de Vérone ne doit leur être postérieure que de bien peu d'années. Elle a subi de cruels dégâts, et la couleur en est profondément altérée. A peine devine-t-on le paysage qui se déployait autour de Tange, incliné au seuil de la chambre ou chapelle gothique, au sol couvert de tapis d'Orient, où la Vierge est assise. Un petit chien, auprès d'elle, s'efl^raie à la venue du messager ailé, tandis qu'au dehors deux tourterelles paisiblement roucoulent. Un grand baldaquin d'architecture feinte enveloppe toute l'image, pour se marier à la structure du monument de marbre qu'elle couronne et complète; aux deux pinacles extrêmes de ce baldaquin sont debout saint Georges et saint Michel, tous deux vainqueurs du dragon; en bas, on déchiffre la signature : Pisanuspinxit.

Les fresques de Rome, comme celles de Venise, sont détruites depuis

longtemps. Après la mort de Gentile da Fabriano, en 1428, le décor de la nef de Saint-Jean-de-Lalran était demeuré suspendu. Eugène IV en confia Tachèvement à Pisanello; et le travail devait être parvenu à bonne fin lorsque, le 2G juillet 1452, le peintre, impatiemment attendu à Ferrarc par Lionel d'Esté, reçut, à son départ du Vatican, le sauf-conduit où le pape le nommait son peintre ordinaire et bien-airaé, dilecius filius Pisanrllus piclor familiales noster.

Il ne peut être question de résumer ici les incessants voyages de Pisanello, ni de tenter une chronologie régulière de ses œuvres. Qu'il nous suffise de dater de 1458 environ la grande fresque de la chapelle Pellegrini, dans Téglise de Sant'Anastasia de Vérone, fresque longuement et minutieusement préparée par des dessins parvenus jusqu'à nous. Elle représente saint Georges prenant congé de la princesse qu'il vient de délivrer. Le héros (il n'a pas d'auréole) se prépare à monter à cheval, tandis que la princesse, debout et de profil dans sa robe à longue traîne, le regarde gravement. Des soldats d'allure exotique, des chevaux, des chiens, un bélier accroupi, peuplent la scène, que termine, derrière une ondulation de terrain, la silhouette des édifices de Vérone (fig. 5G4 et 505).

S'il faut en croire Vasari, Pisanello aurait peint à l'intérieur de la chapelle Pellegrini une Légende de saint Euslache. 11 y a à Londres, parmi les peintures de la National Gallery, un petit retable illustrant ce sujet, d'une perfection de dessin saisissante. Le panneau est tout rempli par un paysage vert et rocheux, que traverse une rivière. Des cerfs s'y promènent, des hérons s'y reposent, ou volent; et voici le chasseur, dont le cheval s'arrête et recule, à la vue du grand cerf miraculeux portant entre ses bois l'image de Jésus crucifié. Cependant ses chiens s'agitent autour de lui, poursuivent un lièvre; de petits oiseaux volent dans les buissons; toute la beauté, toute la vie de la nature sont rendues avec un accent de fidélité prodigieuse.

Un autre tableau de la National Gallery, très nettoyé et retouché, semble d'époque plus tardive. Devant une lisière de forêt sombre, le vieux saint Antoine, en vêtement d'ermite, et le jeune saint Georges, amplement cuirassé, et coiffé d'un immense chapeau, sont debout en face Tun de l'autre, ayant à leurs pieds le porc et le dragon symboliques; au-dessus d'eux, dans une gloire de lumière, apparaît la Vierge qui serre l'Enfant à son sein.

Il faut citer encore, parmi les peintures de Pisanello, une Adoration des Mages du Musée de Berlin, et, au Louvre, le portrait de Ginevra d'Esté, se détachant de profil sur une haie d'œillets et d'ancolies où palpitent des papillons; le Lionel dEsle, du Musée de Bcrgame, forme presque un pendant de ce dernier panneau. Mais ce qui mériterait par-dessus tout une longue étude, c'est l'œuvre incomparable du dessinateur. Le recueil Vallardi, au

LA PKIXTLIRE ITALIKXXK AU XV SIÈCLK

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Louvre, renferme, en nombre extraordinaire, les témoins les plus précieux de Tobservalion réaliste de ce grand poète. Il n*est pas une figure de ses fresques ou de ses tableaux, pas une attitude des animaux, des oiseaux, qu'il n'ait analysée avec une minutie et Ton peut dire un amour que seuls après lui deux artistes montreront à un degré presque égal : Léonard de Vinci etDiirer. Rien ne vaut la beauté de ces études de chevaux, de chiens, de singes, de lièvres, de hérons, sinon peut-être Télégance souveraine dont il sait draper un manteau sur les épaules d'un jeune seigneur, faire onduler la traîne d'une robe princière (fig. 5GG). Mais ne faut-il pas encore réserver les meilleurs éloges pour l'œuvre du médailleur, où sont annoncées et par avance dépassées toutes les audaces et toutes les délicatesses de l'art moderne?

l*hot. (iiraiidon.

FiG. r>f)0. — Jeune seigneur et jeune (l«Tnie. Dessin de Pisanello.

(Musée Coiiilé, Cliaiililly.)

Peintres lombards; MicuELiNo DA Besozzo. — Dans une histoire où ne peuvent guère paraître que les chefs de file et les initiateurs, il faut pourtant laisser deviner toute la complexité d'une évolution qui des grands centres de civilisation peu à peu s'étend aux moindres bourgades.

Aux premières années du xv*" siècle, toute l'Italie est pénétrée d'art; et si une ville considérable comme Milan semble pauvre auprès de cités moins grandes, telles que Padoue, Vérone, Brescia, Bergame, ce n'est point qu'elle manque d'œuvres d'art, mais que peut-être, faute de recherches bien conduites, ces œuvres d'art demeurent encore imparfaitement connues et classées. 11 y eut à Milan, au temps môme oii Masolino peignait les fresques de Castiglione d'Olona , et Pisanello celle de Sant'Anastasia de Vérone, un peintre épris comme eux de la joie vivante de la nature et de la magnificence des habillements seigneuriaux. Michelino da Besozzo, qui lit, avant 1412, le portrait de Giovanni Maria Visconli, décora, entre 14.^0 et 1440, une cour et un salon du palais Borromeo de fresques dont les premières furent ruinées au siècle dernier. On ne distingue plus, dans un angle de la cour, que les restes d'une scène représentant, dans une barque

dont le vent gonfle les voiles, toute une compagnie de gentilshommes et de dames en partie de plaisir. Aux murs du salon, les mêmes dames reparaissent, en quatre fresques, jouant à la paume ou aux cartes, ou dansant, sous les arbres d'un parc fleuri dont un ruisseau rafraîchit les épais gazons. L'on citait autrefois, du même Michelino, un livret en vélin avec des animaux coloriés, dont la trace n'a pas été retrouvée. Un autre artiste milanais, apparenté sans doute à Michelino, Leonardo da Besozzo, nous est connu par ses peintures murales de San Giovanni in Carbonara de Naples, et par l'album de dessins à la plume qu'il exécuta d'après les fresques de Giusto, aux Eremitani de Padoue.

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