Hérodote, I, 36-i-o
LE PAYS ET L'HISTOIRK DES LYDIENS. itil
loire, histoire qui, jusqu'à la conquête perse, reste mêlée de bien des fables, mais qui ne nous en a pas moins conservé un certain nombre de faits bien établis et de dates fixées sûrement, à quelques années près. Pour la période précédente, ce que Ton entrevoit, c'est que les tribus syriennes se virent refoulées vers Test et cantonnées au delà de THalys, quand les Phrygiens, vers le dixième siècle, furent venus s'établir sur le plateau central; ceux-ci formèrent alors, près des sources du Sangarios et du Méandre, comme un épais rideau de populations sédentaires, à l'abri duquel put se constituer la nation lydienne. Lorsque commence à se dissiper le brouillard qui l'avait longtemps enveloppée, elle apparaît, sous les derniers rois Héraclides, comme un Etat féodal; ses principaux districts étaient le siège d'autant de dynasties subalternes, dont les querelles sanglantes et les rébellions restreignaient singulièrement le pouvoir du souverain nominal qui régnait à Sardes. Le titre de compagnon du roi faisait du noble qui l'avait obtenu une sorte de grand vizir, le dépositaire de la hache à deux tranchants, symbole de Tautorité suprême, et, par suite, le vrai maître de l'État*. Deux familles surtout. Tune et l'autre issues du sang royal, celle des Tylonides et celle des Mermnades, se disputaient cette haute situation. Enfin un Mermnade, Gygès, qui remplissait dans le palais les fonctions de majordome, tua le dernier des Héraclides, que Xanthos appelait Sadyattès et Hérodote Candaulc, puis s'empara du trône ; mais ce ne fut qu'après une longue guerre civile qu'il en devint le possesseur incontesté ^ Cette révolution est le premier événement de l'histoire lydienne qui ait vivement frappé les Grecs d'Asie, pour lesquels elle eut de si graves conséquences; aussi le roman ne tarda-t-il pas à s'emparer du nom et de la personne de Gygès. On sait les beaux contes dont ce prince est le héros chez Hérodote et chez Platon, l'indiscrète vanité du roi Candaule qui lui coûte la vie, l'anneau merveilleux qui rend invisible ^ Xanthos avait aussi sa version, non moins étrange et moins fabuleuse, mais d'un tour moins heureux et moins piquant*.
1. C'est ce que laisse deviner un passage ofi Plutarque {Questions (jrecques^ 45) parle (le ce compagnon du roi, porteur de la hache qui était le symbole de l'autorité suprême. Cf. Nicous, fr. 49, 1. 30.
2. C est chez Nicolas de Damas (fr. 49) que Ton trouve les renseignements qui ont permis àGelzer de rétablir d'une manière très vraisemblable toute la suite des faits jusqu'à l'intronisation de Gygès.