Nicolas de Damas, Frag, hist. Grwc. t. IIÏ, p
ns LA LYDIE ET LA CARIE.
La surprise fut générale et l'impression profonde, dans les cités ioniennes, quand on vit ce peuple se concentrer sous la main d'un chef énergique et vaillant pour attaquer ses voisins et pour entreprendre de reculer en tous sens ses frontières. Il avait laissé, sans y mettre d'obstacle, les Grecs s'étendre tout le long du littoral et même remonter jusqu'à une certaine distance le cours des fleuves; tout occupé de ses luttes intestines, il leur avait permis de s'approprier, sur le bas Hermos, les riches campagnes de Magnésie. Du jour où s'éveille chez lui la conscience de sa force, il en vient à regretter d'avoir livré ainsi à autrui tous ces deltas féconds, tous ces beaux ports qui se creusent à l'abri des hauts promontoires ; il veut avoir façade sur la mer. Les ressources dont il dispose justifient cette ambition. La Lydie est une d*** .régions les plus favorisées par la nature, une des plus fertiles de la péninsule. L'hiver y est moins froid et l'été moins sec que sur le plateau central; on y est moins loin de la mer et il y pleut davantage. Partout sur les coteaux prospèrent la vigne, l'olivier et le figuier; sur les flancs du Tmolos et des autres montagnes, il y a et surtout il y avait des forêts de pins, de chênes et de hêtres, avant que, dans les siècles de misère qui ont suivi la chute de Tempire romain, une longue incurie eût dénudé la plupart des pentes. Dans les plaines, dont plusieurs sont très spacieuses, le sol est formé de ce gras limon que les crues des fleuves laissent derrière elles là où ceux-ci se sont débarrassés des cailloux arrachés aux flancs de la montagne et où ils coulent d'un cours déjà tranquille et lent; il est d'ailleurs, dans bien des endroits, susceptible d'irrigation; aussi peut-il donner, à volonté, des terres à blé ou des prairies pour l'élève du bétaiL Les cavaliers les mieux montés qu'il y eût en Asie Mineure, c'étaient les Lydiens, parce qu'ils avaient les meilleurs herbages.
Dans la clémence de ce ciel, dans les ressources de cette terre, dans la nourriture plantureuse et variée qu'elle ofl^rait à l'homme et au bétail, il y avait donc tous les éléments d'une brillante prospérité matérielle; celle-ci, les circonstances aidant, grâce à des chefs intelligents et actifs, pouvait donner lieu à un développement remarquable de puissance politique et militaire. Ce qui ne laissa pas de contribuer au rapide essor de cette fortune, ce fut l'heureux choix du site où se bâtit la ville qui servit de capitale au royaume; il est facile à reconnaître, d'après les indications des historiens et l'importance des ruines que l'on y voit; d'ailleurs le nom de Sart demeure attaché par la tradition aux quelques cabanes qui représentent seules, en ce lieu, la grande \ille
d'autrefois. Presque en face de l'endroit où débouche en pays plat, au sortir des gorges de THermos, la plus fréquentée des routes qui descendent des plateaux phrygiens, la route royale d'Hérodote*, le Tmolos, dont la haute barrière se dresse au sud et limite la plaine, y projette, dans la direction du nord-ouest, un long et mince contrefort qui, à cinq kilomètres environ du fleuve, se termine par des pentes abruptes et presque verticales^. Une arête assez basse relie cet éperon à la masse de la montagne; puis le terrain se redresse brusquement et dessine une crête étroite dont le point culminant s'élève à près de 200 mètres (fig. 153)\A l'ouest et à l'est de celle crête se creusent deux ravins; dans l'un, qui est presque à sec pendant l'été, le Pactole coule quand il a plu ; le second est arrosé par une source abondante et toujours vive, qui fait tourner un moulin.
L Hérodote, V, 52.
2. Les éléments principaux de celte description sont empruntés à E. Curtus, Beiirxge ^ur Geschichte und Topographie Kleinasiens \ Sardes, pp. 84-88 (dans Abhandlungen de ''Académie de Berlin, i872). Voir aussi Texikr, Asie Mineure, 8<», p. 252-253; Stark, Nach d^ Griechischen Orient, Reise-Studien, 8*, i874, ch. ix; Sayck, Noies from joumeijs in the Traad and Lydia, p. 86-87 [Journal of Hellenic Studies, 1880) ; J. Schmidt, Ans Conslantinoptl und Kleinasien, p. 150-153 {Mittheilungen d. d.arch, Instilutes in Athen, 1881).
Il j a aussi un plan de Sardes dans un ouvrage inachevé qui, malgré son décousu et la mauvaise exécution de la plupart de ses planches, renferme quelques documents curieox, Trêmaux, Exploration archMogique en Asie Mineure, f® oblong, Hachette, sans date. Enfin nous avons trouvé quelques renseignements utiles dans un article de Grégorovius qui offre une brillante esquisse de l'histoire de la Lydie et qui rend bien Taspect du paysage lydien : c'est la relation d'une visite faite en 1882 aux ruines de Sardes (Sarde*, dans les Kleine Schriften sur Geschichte und Cultur, t. I, p. 1-47, in- 18, Leipzig, Brockhaus, 1887).
3. I^ marché s'étendait sur les deux rives du Pactole (Hérodote, V, 101).
4. Légende de la carte : a, cabanes; b, café et épipier;c, piliers d'un ancien pont;