‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 2)Chapitre 99 sur 412 · Xanthos, fr. \i · texte numérisé non relu

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LE PAYS ET L'HISTOIRE DES LYDIENS. 2i5

nies de la mer qui fil éprouver aux Pharaons de si cruelles alarmes *.

Ces pointes poussées vers le sud et ces expéditions lointaines n'ont d ailleurs été qu'un accident et un intermède dans la vie de ces populations; ce qui eut des conséquences plus importantes, ce furent les contacts prolongés qui résultèrent de la conquête et du commerce. On n'a pas oublié que les Syro-Cappadociens ont, à un certain moment, étendu leur domination jusque sur le bas Hermos, où Ton retrouve, près de Smyrne et de Magnésie, les types plastiques créés par leur art et les signes de leur écriture. Ce serait donc chez ces premiers maîtres du centre de la péninsule, et non dans la vallée de FEuphrate, qu'il faudrait chercher les origines de la dynastie dite des Héraclides ; telle serait interprétation à donner de ces noms de Bel et de Ninos que l'on plaçait en tête de la liste. Si l'histoire ignore cette époque reculée, on devine pourtant, à plus d'un indice, quels furent les effets des relations suivies que les Lydiens entretinrent avec cette nation syrienne qui, répandue sur les deux versants du Taurus, avait fini par s'établir fortement sur le moyen Halys, au cœur de la Cappadoce. L'Atis phrygien et lydien est peut-être issu de l'Atar ou Ates qui paraît, comme dieu local, dans la Syrie septentrionale*. Ce nom divin, Aie, entre, comme élément constituant, dans plusieurs des noms que se transmettent les souverains de la Lydie, Sadyattès, Alyattès, et la place qu'il y occupe répond à celle que lui assigneraient les règles qui président à la formation des noms théophores, dans les idiomes des Sémites occidentaux^ Un des personnages de la légende lydienne, lardanos, qui est donné comme père à Omphale, porte un nom qui rappelle singulièrement un mot hébreu bien connu, celui qui servait aux Israélites pour désigner le principal cours d'eau de la Palestine, le Jourdain, le fleuve par excellence*.

Ces indices méritaient d'être relevés; les conclusions qu'ils suggèrent sont d'ailleurs amplement confirmées par tout ce que l'on sait des religions lydiennes. C'était un rite tout sémitique que celui de ces

1. H. Maspero croit pourtant que Ghabas s'est trompé en proposant de trouver, dans la liste des peuples de la mer, les Méoniens; selon lui, c'est bien Iliouna et non Maouna que donnerait le groupe d'biérogljphes sur lequel a porté la discussion. En revanche, il serait disposé à voir dans le nom, si souvent cité, des Shardana l'ethnique que l'on rencontre, chez les Grecs, qui n'avaient pas le .s^^, dans le nom de la ville de Sardes.

2. Sur ce dieu Ate et les textes où son nom se rencontre comme un des éléments d'un nom composé, voir Ed. Mbyea, Ueber einige semitische Goetler, § HT (Zeilschrift der bevtschen Morgenlaendischen Gesellschaft, XXXI, p. 731-732).

3. Ces noms seraient formés comme les noms propres hébreux qui se terminent par el OQ par une forme abrégée du nom de lahvé.

4. Ce rapprochement est dA à Ed. Meyer, Geschichie des Alterfhums, t. I, § 257.

prostitutions sacrées qu'Hérodote signalait, non sans surprise, chez les Lydiens*, comme il le rencontre à Cypre, où avaient été importés des cultes de la même provenance*. La trace des religions syriennes est encore plus sensible dans un mythe qui s'était acclimaté en Lydie, cielui d'Atys tué par un sanglier qu'avait suscité contre lui la colère de Zeus, jaloux des honneurs rendus à Atys^ ; on reconnaît là tout d'abord le grand mythe de Byblos, celui d'Adonis-Tammouz. Dans le conte que rapporte Hérodote au sujet de la mort du fils aîné de Crésus, Atys, tué par Adraste dans une chasse au sanglier, en Mysie, on est tenté de voir une forme arrangée et postérieure de ce même mythe*. C'est toujours la même donnée, celle du beau jeune homme, tendrement aimé, qui meurt victime du monstre impur et odieux; émue par la catastrophe où avait sombré la fortune de la puissante famille des Mermnades, l'imagination populaire est allée chercher jusque dans la fable les éléments des épisodes dont elle s'est servie pour rendre plus intéressante et plus tragique encore l'histoire de cet écroulement d'un grand empire et de la race royale qui l'avait créé !

Quand le peuple belliqueux qui dominait en Cappadoce cessa-t-il de parcourir en vainqueur les vallées des fleuves qui descendent à la mer Egée ou tout au moins d'y maintenir son ascendant, fondé sur la supériorité de ses armes et de sa civilisation? Quand les Lydiens commencèrent-ils à vivre de leur vie propre et à former un État indépendant? Il'est difficile de répondre. à cette question. Jusqu'au règne d'Assourbanipal, l'horizon des Assyriens est borné, dans celte direction, par j'Amanus et le Taurus ; leurs annahstes ne savent rien de ce qui se passe au delà de cette barrière. Quant aux Grecs de la côte, ils ont d'abord vécu les yeux fixés sur cette mer par laquelle ils étaient en communication avec leurs compatriotes ; ils n'ont retourné la tête et regardé vers l'intérieur de la péninsule que le jour où y ont apparu des princes ambitieux qui se sont mis à les menacer et à les tourmenter. Dès ce moment, ils ont été contraints de s'intéresser aux événements dont la Lydie était le théâtre, événements dont le contre-coup devait se faire sentir jusque sur le littoral; leurs inquiétudes ont éveillé leur curiosité; on s'est enquis des noms, des actions et du caractère des rois qui régnaient à Sardes. A partir de cette heure, l'Asie occidentale a son his-

i. Hérodote, I, 93-94.

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