Strabon, Xni, I
a. Hérodote fait allusion à ces mercenaires que les Mermnades avaient à leur solde (I, 77).
L'entente ne dura pas longtemps. A fréquenter les Grecs et peut-être à visiter, en ami, leurs cités florissantes, le souverain déjà maître d'un vaste territoire et chef d'une nation vaillante et armée conçut le projet d'assujettir ces esprits inventifs et ces caractères énergiques, de confisquer à son profit cette industrie si active et ce commerce maritime, ces ateliers et ces ports, toute cette force et toute cette richesse. 11 attaqua donc Smyrne et Milet; s'il échoua devant ces places, il réussit
154. — Vue de l'Acropole de Sardes, prise de la rive gauche du Pactole, en face du temple de Cybèle. Curtius, Beitrjpge, pi. VI.
à prendre Colophon*. Ce premier succès, c'était déjà la mainmise sur l'embouchure du Caystre et l'Ionie coupée en deux tronçons.
Gygès, il est vrai, fut battu et tué par les Cimmériens, en 650^; mais cette défaite et cette mort n'eurent pas de graves conséquences. Les envahisseurs, après avoir ravagé la péninsule, en sortirent comme
i. Hérodote, I, 14.
2. C'est parles documents assyriens que Ton apprend à la fois l'appui que Gygès avait cherché auprès du roi d'Assyrie et le désastre final, dont ne fait pas mention Hérodote (G. Smith, History of Assurbanipalf p. 64-68, 7i-75). Hérodote a bien entendu parler des défaites infligées aux Lydiens par les Cimmériens; il place sous Ardys la prise de Sardes par ces barbares (1, 15); mais il ne dit pas comment finit le règne de Gygès.
ils y étaient entrés, et, une fois le flot écoulé, la royauté lydienne reprit, au point où elle l'avait laissée, Tœuvre un moment interrompue. L'ionie n'avait pas été moins éprouvée que la Lydie; celle-ci, avec Ardys, eut bientôt reconstitué sa puissance militaire. Sous ce prince et sous ses trois successeurs, Sadyattès, Alyattès et Crésus, elle ne cessa, pendant un siècle, de fatiguer, par des attaques obstinément renouvelées, les villes grecques du littoral*. Jalouses les unes des autres, ces cités ne savaient pas s'entendre en vue d'un effort commun de quelque durée; aucune d'elles n'était en mesure de mettre sur pied des troupes qui, par le nombre des soldats engagés, pussent rivaliser avec ces légions de cavalerie que les princes lydiens lançaient sur le territoire ennemi. Elle-même, malgré sa valeur, l'excellente infanterie de Miletdul renoncer à tenir la campagne; il fallait, à chaque nouvelle agression, se renfermer derrière ses murailles, et, de là, voir flamber ses métairies et ses moissons, les oliviers tomber sous la cognée. Il n'est pas de courages que n'use, à la longue, cette attitude passive; après Smyrne, Éphèse succomba; vers la fin du règne de Crésus, il n'y avait guère que Milet qui ne payât pas tribut. D'autre part, l'empire lydien s'était étendu par degrés jusqu'au Taurus, qui couvre la Lycie, et jusqu'à l'Halys, qui devait désormais la séparer de l'empire mède. Le traité de 585, conclu après plusieurs campagnes qui avaient mis aux prises Alyattès et Cyaxare, ménageait une alliance de famille entre les deux dynasties et fixait comme frontière aux deux États le cours du grand fleuve*. La Lydie appartenait ainsi à l'Asie par son caractère de monarchie despotique appuyée sur une puissante armée, par les relations qu'elle avait nouées, sous Gygès, avec Assourbanipal, par celles qu'elle entretint plus tard avec les Mèdes, héritiers des Assyriens, avec les successeurs de Nabuchodonosor, qui régnaient à Babylone^ avec les princes Saïtes, maîtres de l'Egypte*. D'autre part, la conquête de rionie, en lui ouvrant des jours sur la mer Egée, éveillait chez ses souverains d'autres pensées : ils songeaient déjà à équiper une flotte et à entreprendre la conquête des Cyclades^
i. Hérodote, I, 15-22, 26.
2. Hérodote, I, 73-74. Hérodote (I, 28) énumère tous les peuples de TAsie antérieure qui obéissaient à Crésus; mais Crésus n avait fait qu'achever l'œuvre commencée par ses prédécesseurs. Nicolas de Damas (fr. 6o) parle de la guerre qu* Alyattès fit aux Cariens, et c'est dans le voisinage de THalys, peut-être même au delà de ce fleuve, que ce prince dut se battre, pendant quelques années, contre les Mèdes.