Hérodote, I
.S. HÉFiODOTE, I, 27.
Il n'était pas d'ambition qui ne parût permise à ces heureux vainqueurs, quand, en quelques semaines, leur puissance s'écroula, par 1 effet d'une révolution qui s'était pourtant produite bien loin de la vallée de l'Hermos, dans le sud de Tlran. La suprématie avait passé des Mèdes aux Perses ; Crésus eut l'imprudence de provoquer, par une campagne entreprise au delà de l'Halys, les nouveaux maîtres de l'Asie antérieure; après une bataille indécise livrée en Cappadoce, Cyrus apparaissait bientôt en Lydie, mettait en déroute une armée rassemblée à la hâte, et, au bout de quatorze jours de siège, ses soldats s'emparaient par surprise de la citadelle réputée imprenable où Crésus s'était enfermé avec sa famille et ses trésors*. Sardes servit désormais de résidence à un satrape perse ; jamais depuis lors la nation lydienne ne recouvra son indépendance. Son rôle politique avait été de courte durée; il n'en a pas moins son importance dans le développement do la civilisation antique.
Un premier trait curieux de cette histoire, c'est la nature et le caractère des rapports que les Lydiens eurent avec les Grecs, au cours de la période comprise entre l'intronisation de Gygès et la prise de Sardes. On ne cesse pas de se battre, et en même temps on se rend de mutuels services. On se rapproche et on se lie chaque jour plus étroitement. Dès le temps des Héraclides, Ardys, chassé de Lydie par un usurpateur, se réfugie dans la ville éolienne de Cymé*. Plus tard, sous la dynastie suivante, les princes lydiens épousent des Grecques, et ils donnent leurs filles en mariage à des nobles ioniens ^ Un banquier d*Ëphèse fournit des fonds à Crésus pour une de ses entreprises guerrières*. Enfin, quand Cyrus, au moment de marcher contre Sardes, sollicita les Ioniens de se soulever contre ces maîtres auxquels ils avaient si longtemps résisté, pas une ville nebougea^ C'est que, malgré tout le mal que les Mermnades avaient fait à l'Ionie, ils auraient eu le droit de prendre ce titre de rois philhellènes dont devaient se parer, quelques siècles plus tard, plusieurs princes de l'Orient. S'ils n'avaient rien épargné pour incorporer à leur empire les cités maritimes, c'est qu'ils aimaient et qu'ils admiraient les Grecs, qu'ils sentaient vivement la supériorité de leur génie. On sait les riches offrandes que <lygès et ses successeurs envoyèrent aux sanctuaires de la Grèce asia-