‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 2)Chapitre 109 sur 412 · Hkrodote, I, oO-ol · texte numérisé non relu

Hkrodote, I, oO-ol

l'ensemble de celte splendide libéralité, une valeur d'environ trente millions de notre monnaie ^

Les métaux précieux abondaient donc en Lydie ; le trésor royal en regorgeait et les particuliers en possédaient aussi des quantités considérables. D'autre part, il se faisait dans cette contrée un grand commerce, commerce de transit, exportation des produits du sol et de ceux de l'industrie nationale, importation des marchandises étrangères, de celles qui venaient des vieilles cités de l'Orient et de celles où le génie

155. — Un marche égyptien, peinture d'un tombeau de la cinquième dynastie. Gazette archf'ologique, 1880, pi. XVI.

grec commençait à mettre le cachet de son grand goût. Pour faciliter ces transactions qui l'enrichissaienl, ce peuple se trouvait avoir à son service une réserve métallique très supérieure à celle dont disposaient ses voisins. Ce fut là sans doute ce qui lui suggéra une idée qui ne s'était pas encore présentée à l'esprit de ses devanciers, des peuples industriels et commerçants de la haute antiquité, des %yptiens, des Chaldéens et même des Phéniciens.

Partout le commerce avait commencé par le simple troc, par l'échange direct des produits. Un monument d'époque memphite (fig. 155) nous montre, pour l'Egypte, des ménagères allant au bazar et y achetant des souliers, des légumes et des liqueurs, qu'elles payent

I. p. DE TcHiATciiEF, Le Bosphore et Constantinople, 8°, I86t, p. 237-238.

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aux marchands avec des éventails, des colliers en verroterie et d'autres menus objets; les inscriptions gravées auprès des personnages achèvent d'expliquer le sens du tableau. Il est d'ailleurs difficile d'obtenir, par ce procédé, des équivalences exactes de valeur, et, quand il y a inégalité, de faire l'appoint; mais, dès que les transactions se développèrent, dès qu'elles curent lieu non plus seulement entre habitants du même village ou de la même ville, mais entre fils de tribus et de nations différentes, on sentit le besoin d'avoir à portée de la main un instrument d'échange qui pût toujours et partout servir à solder le prix de- n'importe quel achat, sans qu'il fût nécessaire de forcer le vendeur à prendre, contre les marchandises qu'il livrait, d'autres denrées dont il ne saurait peut-être que faire ; les opérations commerciales se trouveraient ainsi singulièrement abrégées et facilitées. Cet instrument, ce furent les métaux nobles qui le fournirent, l'or, l'argent, et aussi, dans une certaine mesure, le bronze; ils étaient commodes à transporter et à manier; ils avaient une valeur intrinsèque universellement acceptée. On les employa donc, d'abord en poudre ou en morceaux irréguliers, puis bientôt en barres et en lingots, en anneaux et en plaques, dont les tailles graduées répondaient aux différents degrés de l'échelle pondérale, même aux plus faibles. Chez les peuples policés de la vallée du Nil et de l'Asie antérieure, les monuments représentent souvent ces lingots de poids exact et fixe (fig. 156); les inscriptions en font sans cesse mention. Ce fut là comme une première forme du numéraire, forme qui, tout en marquant un réel progrès, laissait encore beaucoup à désirer*. On n'était jamais sûr que ces lingots ne continssent pas plus d'alliage qu'il ne convenait, ni que quelques-uns, dans le nombre, ne fussent pas trop légers; il fallait consulter la pierre de touche ; il fallait surtout avoir sans cesse recours à la balance.

L'innovation féconde, la véritable invention de génie qui transforma en monnaie ce numéraire encore si imparfait, ce fut l'adoption d'une marque constante qui, apposée, au nom du souverain, sur ces lingots, vînt, par sa seule présence, lever tous les doutes. On fut ainsi, comme le dit Aristote, <( délivré de l'embarras de continuelles pesées » ^; par celte empreinte officielle, l'État garantissait au public le titre et le poids de ces morceaux de métal qu'il mettait à ses ordres comme signes des valeurs. Cette garantie conférait ainsi aux espèces

1. Sur la circulation métallique dans les civilisations de la haute antiquité, voir Fh. I^rnormant, Lfi Monnaie dans l'antiqiiUv, t. I, p. 93-124.

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