Aristote, TolUiquCy I, vi, 1i
inélalliques ce caractère fiduciaire qui est inhérent à toute monnaie, ttiêmeà la meilleure, à celle dont la valeur intrinsèque coïncide le plus exactement avec sa valeur nominale. Ce qui fait recevoir les espèces sans contrôle, c'est la confiance inspirée par le gouvernement qui est intervenu en frappant la monnaie à son type. En môme temps, le service ^insi rendu aux transactions permit à Tautorité publique d'attribuer ^^x monnaies le cours légal, qui ne pouvait pas appartenir aux lingots ^^1 époque antérieure; autrement dit, il lui donna le droit d'obliger à ''ecevoir sa monnaie dans toute l'étendue du territoire sur lequel s'éten-
156. — Pesage des lingots d'or en Egypte, d'après une peinture de Thèbes. Wilkinson, The cusioms and manners of ancient Egyplians, 2^ édition, t. I, fig. 7.
dait sa puissance, droit qui n'est vraiment légitime que là où la monnaie est bonne et loyale, et qui n'est même effectif qu'à cette condition. Aucune disposition de loi, quelque sévère qu'elle soit, ne peut aller à rencontre de la force irrésistible des choses et empêcher la rapide dépréciation d'un numéraire de mauvais aloi,dont la valeur nominale s'écarte trop de sa valeur effective *.
Cette invention fut tardive, car il est aujourd'hui prouvé qu'elle ne remonte pas au delà de la première moitié du septième siècle avant notre ère, et, comme toute l'antiquité classique l'a reconnu, l'honneur n'en peut être disputé qu'entre les Grecs et les Lydiens, c'est-à-dire entre deux peuples qui, presque frères par le sang, appartenaient l'un et l'autre au bassin de la mer Egée. Or il existait dans l'antiquité, à co
1. Fr. Lenorilant, La Monnaie dam Vantiquid^, t. l, p. 9i-92.
sujet, deux traditions différentes, qui toutes deux avaient pour elles des autorités du plus grand poids. Le lexicographe Pollux, si judicieux et si bien informé, hésite en présence des données contradictoires qu'il rencontrait chez les auteurs ; il est difficile, selon lui, « de résoudre la question de savoir si Phidon TArgien a été le premier à frapper monnaie ou si ce sont les Lydiens* ». Nous éprouvons encore aujourd'hui le même embarras*. Pour les uns, les premières monnaies furent celles que Phidon, roi d'Argos, fit frapper, au type de la tortue, dans l'île d'Égine, dont il était le maître. C'est la donnée qu'adoptait Éphore, suivi par Strabon^ par Elien*et par un bon nombre d'écrivains plus récents^; c'est celle qui avait le plus généralement cours en Grèce. En revanche, Hérodote s'exprime ainsi : « Les premiers parmi les hommes de notre connaissance, les Lydiens ont frappé des monnaies d'or et d'argent^. » C'est ce qu'affirmait aussi Xénophane de Colophon, un témoin antérieur à Hérodote, qui avait étudié l'histoire ancienne de ^Ionie^ On parlait de l'or de Gygès comme des statères de Crésus^
On est en droit aujourd'hui d'affirmer que ces deux traditions ont une base réelle et se rapportent à deux faits distincts : la fabrication de la première monnaie d'or par les rois de Lydie, et celle de la première monnaie d'argent à Égine par les ordres de Phidon. Ce dernier fait se rattache à l'institution du plus ancien système de poids et de mesures que l'on ait vu dans le Péloponnèse, système qui, selon tous les écrivains où il en est fait mention, aurait été introduit par ce prince, dont la puissance paraît s'être étendue sur une grande partie de cette contrée ^ Mais, de ces deux émissions monétaires, à laquelle appartient la priorité? A qui attribuer avec le plus de vraisemblance l'honneur de l'invention?
{. Pollux, IX, 83.
2. Nous ne faisons guère ici que suivre et résumer Texposé très précis et très clair de la question que Fr. Lenormant a donné dans Touvrage déjà cité (1.1, ch. iir, § 2).