Troisième chambre, S, coupe sur cd
qu'il a fournis sont à trop petite échelle et trop insuffisants pour permettre de bien juger la différence. C'est aussi par assises réglées que sont bâtis les murs des tumulus de BinTépé; près de Smyrne, dans le tombeau dit de Tantale, on trouve même cette alternative des assises fortes et faibles, que l'on nous signale comme un caractère de l'appareil hellénique (ffg. 16 et 17). Le procédé est donc le même, et si Texécution est ici plus soignée, c'est peut-être seulement parce que ce monument isolé aura été bâti avec moins de précipitation. Il n'est donc pas impossible que cette tombe soit encore antérieure à la conquête perse, comme on peut supposer ce monument construit plus tard, à l'imitation des anciennes tombes royales, pour quelque riche Lydien, pour quelque tyran d'Éphèse. Ce type de sépulture était le même que celui de ces tumulus de la plaine de Troie, sous lesquels étaient censés dormir Achille et Ajax; il faisait songer aux héros de l'épopée grecque et à ces rois des vieilles dynasties locales qui, comme Gygès et Crésus, occupaient l'imagination des hommes et avaient, eux aussi, leur légende. Par l'effet de ces souvenirs et de ces associations d'idées, l'architecture funéraire a parfois copié ces modèles jusqu'en pleine civilisation alexandrine, jusqu'au troisième siècle avant notre ère. C'est ce dont on a la preuve à Pergame *. Il ne parait pas probable qu'il faille descendre si bas pour le tumulus de Béiévi; on devine comme une certaine inexpérience et des traces de tâtonnement dans les procédés auxquels le constructeur a eu recours afin de couvrir les deux chambres principales. Ce qui parait le plus vraisemblable, c'est que cette tombe n'est pas de beaucoup postérieure à celles des environs de Sardes et qu'elle se rattache à la même tradition, toujours vivante dans cette contrée ; on ne risque guère de se tromper en l'attribuant à la seconde moitié du sixième siècle. C'est à ce titre que nous avons cru devoir la porter au compte de l'art lydien.
Par l'ensemble de leurs dispositions, les sépultures que nous venons de décrire appartiennent au même type que ces tombeaux, dans l'un desquels on croit reconnaître celui que les anciens appelaient le fontbeau de Tantale. Il y a pourtant, si l'on compare et si l'on entre dans le détail, des distinctions à faire. Dans le monument voisin de Smyrne, tout l'intérieur du tertre est formé d'une sorte de blocage en pierres sèches (lîg. 14 et 15); près de Sardes, à la place de ces cailloux et de
1. Voir dans les Beitrœge zur Geschichte und Topographie Kleinasiens de Cariius la page 53 et la note d'AdIer : Klassische Baud^.nkmœler zu Pergamon{pp. 55-56), avec les croquis donnés dans la planche I!I.
L'ARCHITECTURE. 285
tout un système de murs rayonnants et de murs concentriques, rien que des couches superposées de terre pilonnée. En Lydie, le soubassement du tumulus est un tronc de cône; là-bas, c'est un cylindre. Enfin, dans la nécropole smyrniote les chambres se trouvent au centre du tertre; dans la nécropole royale des Mermnades, comme à Bélévi^ jamais elles n'occupent cette place. Entre ces deux groupes d'édifices funéraires les ressemblances sont assez marquées pour qu'il y ait lieu de les regarder comme l'œuvre d'une même race qui, sûr les pentes du Sipyle comme au pied du Tmolos, reste fidèle à des habitudes qu'elle a peut-èlre contractées dans une autre patrie et apportées avec elle d'Europe en Asie; mais ce ne sont pas les mêmes ouvriers qui, de part et dautre, ont mis la main à ces bâtisses. Dans l'ordonnance du plan et dans les procédés d'exécution, les diflTérences sont assez sensibles pour que Ton soit fondé à chercher là l'œuvre de deux peuples et de deux siècles différents, ce qui n'est pas en désaccord avec le peu que nous savons de l'histoire des Lydiens et des Phrygiens, de leurs affinités originelles et de la diversité de leurs destinées.
L'architecture funéraire est en Lydie la seule des branches de cet art qui ail laissé quelque trace sur le sol de cette contrée. La Lydie avait, à Sardes et ailleurs, des sanctuaires dont la fondation et le crédit remontaient à la période de l'indépendance nationale ; tel le temple de Cybèle à Sardes, et, près du lac Gygée ou Coloé, celui que les Grecs appellent le temple d'Artémis Gygaja; là, comme à Éphèse, ce nom d'Arlémis doit cacher le- nom, de bonne heure oublié, d'Anahit ou de quelque autre de ces déesses en qui les peuples de l'Asie personnifiaient la puissance créatrice de la nature, la force qui appelle les êtres à la vie et qui les élimine, quand leur heure est venue, pour les remplacer par des générations nouvelles. On croit avoir retrouvé l'emplacement de ces deux édifices; mais tout ce qui en subsiste, ou du moins tout ce qui en est apparent, appartient à des reconstructions très postérieures. Les deux colonnes ioniques encore debout, sur la rive droite du Pactole, et les débris d'entablement gisant à leur pied sur le sol, faisaient partie d'un édifice qui ne saurait être antérieur aux Séleucides, et qui est peut-être même plus récent (fig. 154)*. Du temple d'Artémis Gygaea
I. E. Ct'BTius, BeUrsegp^ pp. 87-88, d'après Ad 1er. Stark (Niwh liem griechischm Orient, p. 31)4) montre très bien qu'il n'est pas du tout certain que les deux colonnes ioniques représentent le temple de Gybèle qui, d'après Hérodote, aurait été brAlé dans l'incendie de Sardes (V, 102). On n'a aucune indication sur le site de ce temple, et Sardes devait avoir d'autres sanctuaires, au moins quand ftUe fut dpv^nue une grande rite f?r(^co-romaino.
48fi LA LYDIE ET LA CAHIK.
OU Coloéné il reste trois colonnes doriques et quelques débris d'une frise où Ton distingue un archer coiffé d'un bonnet pointu, ainsi qu'une tête de lion. Les détails manquent; mais l'emploi même des formes de l'un des ordres canoniques suffit à montrer qu'ici aussi l'édifice a le caractère d'un ouvrage hellénique*. Des fouilles entreprises sur ce point pourraient donner des résultats intéressants ; ce temple était encore au temps de Strabon un des plus respectés qu'il y eût en Asie, et l'on sait que la vénération qui s'attache aux lieux de culte est, partout et toujours, en raison directe de l'antiquité qu'on leur attribue^
C'est en marbre que ces temples avaient été rebâtis ; mais on a la preuve que, sous les rois lydiens, la brique avait aussi été employée à de grandes constructions ; en se décomposant sous l'action de l'air et de l'eau, les roches, telles que le gneiss, qui constituent le massif du Tmolos, fournissent une excellente argile plastique. En Lydie, aujourd'hui encore, c'est en brique que l'on couvre les toits des maisons. La Lydie avait donné son nom, dans l'antiquité, à un certain type de briques, ce qui donne à croire qu'elle en faisait commerce, qu'elle en exportait. On appelait briques lydiennes, en Italie, celles qui avaient un pied et demi de long sur un pied de large ^ Les constructeurs lydiens avaient même été conduits, ce semble, par la qualité de leur argile, àl'appliquer, comme on l'avait fait en Chaldée, à des usages pour lesquels l'architecte grec n'a jamais eu l'idée d'employer cette matière. Un voyageur dit avoir vu à Sardes, parmi les amas de débris qui se trouvent sur la rive droite du Pactole, des tambours de colonne en terre cuite, de dimension colossale, étendus sur le sol*. Du temps d'Auguste, on montrait, on habitait encore, à Sardes, un édifice, tout en briques, qui portait le nom ^e palais de Crésus; il servait alors de lieu de réunion aux vieillards\
Pour qu'on ait pu lui assigner cette destination, il fallait qu'il fût dans la ville basse^; ceux qui, dit-on, venaient chercher dans cet asile
1. Les seuls renseignements que nous ayons sur ces ruines ont été empruntés par M. E. Curtius aux notes de Spiegellhal [Xrtemis Gyyuia xmd die Lydhchen Vuerstengrxher dans Archœoloffische Zcitung, 1853, pp. 148-161 et particulièrement p. 152).