Monnaie lydienne. Or. Cabinet
tés, le lion la gueule béante, le taureau des médailles.
la corne en avant (fig. 192) ; au revers,
un double carré creux, formé par l'impression de deux poinçons, à la
surface brute et irrégulière.
Les types que nous avons rencontrés sur ces monnaies, le lion seul et le groupe formé du lion et du taureau, appartiennent bien au répertoire courant de l'art oriental. Le lion paraît avoir tenu en Lydie, dans les mythes nationaux et, par suite, dans la plastique qui les traduisait, une aussi grande place qu'en Cappadoce et en Phrygie*. Quant à l'exécution, elle n'a rien, dans toutes ces espèces, qui ne soit bien en rapport avec l'origine et la date qu'on leur prêle; les formes de l'animal y ont cette précision un peu dure qui caractérise les œuvres analogues que nous avons trouvées sur notre chemin, des palais de l'Assyrie aux nécropoles phrygiennes. Sans doute, les statères lydiens où le type est en relief ne se distinguent pas sensiblement de ceux qui ont été frappés, vers le même temps, par les cités du littoral, et ce qui explique le mieux cette ressemblance, c'est l'hypothèse de graveurs ioniens appelés à Sardes par Alyattès et Crésus* Au sixième siècle, Ephèse et Milet n'auraient pas été demander les coins de leurs monnaies à ceux que les Grecs appelaient les barbares; l'art était déjà trop avancé en lonie, il marchait, de progrès en progrès, avec trop (le hardiesse et d'indépendance, pour que l'on s'y résignât à de pareils emprunts; mais, d'autre part, la sculpture grecque archaïque, quand elle représentait l'animal et surtout le lion, é(ait encore à cette époque dans la dépendance des modèles orientaux; elle n'avait pas à s'imposer un effort et à changer d'allures pour fournir aux Mermnadcs des images qui ne fissent pas disparate avec celles qui étaient familières, aux yeux de leurs sujets. Parmi ces pièces, il en est une pourtant que
\. Voir Histoire (fe /'A;7, t. V, p. 2(\i.
LA LYDIE I:ï la CAIIIE.
l'on serait presque tenté d'attribuer à un graveur lydien : c'est celle qui porte la tête de lion (fig. 190). Le détail y est marqué avec une certaine lourdeur, avec une exagération qui rappelle la facture des lions de la nécropole phrygienne (fig. 64, 120).
LKS AHTS INUrSTRIELS.
L'excellente argile plastique qui fit la réputation des briques lydiennes n'était pas moins propre à prendre toutes les formes sur la roue du potier; l'industrie de la céramique, à preudre ce mot dans son sens le plus général, paraît avoir été très florissante en Lydie. Certains types de coupes à boire passaient pour avoir été inventés par les Lydiens *. Ce n'est pas à ces produits de luxe, c'est ù une poterie toute commune el usuelle que semblent appartenir les fragments de vases qui ont été recueillis, par Spiegelthal, dans la chambre du tombeau d'Alyattc, avec de nombreux débris de fioles en albâtre oriental (fig. 193j. Cependant les plus simples même de ces pièces, des pots sans aucun ornement (fig. 19i et 195), témoignent encore d'une technique très avancée. L'argile, qui est d'un rouge clair dans la cassure, est d'un grain très fin; elle a été bien préparée, et le tournassage a donné un contour des plus réguliers ".
La décoration des vases les plus soignés ne comporte pas d'autres ornements que des bandes parallèles autour de la panse (fig. 196) et, dans l'intérieur des coupes, des cercles concentriques (fig. 199). Sur un fragment, dans un champ compris entre deux bandeaux, des cercle^ formés de points (fig. 198). Une coupe, dont il ne reste qu'un tout petit morceau, avait une anse dont le dessin et l'attache ne manquent pas d'élégance (fig. 197). H n'y a pas plus de variété dans les tons que dans le choix des motifs. Le décorateur n'a guère employé que des blancs et des ocres d'un jaune plus ou moins foncé, qui s'opposent à des bruns mats. Quelques tessons qui ont été ramassés dans un autre tumulus de la même nécropole ont le même caractère (fig. 200,
193. — Alabastron. Au tiers de la grandeur réelle. Von Olfers»
pi. V, fig. 10.
1. Critias cité par Athénée, X, p. 432, D. Il est regrettable que le passage soit altéré.
2. Von Olfers, Uebcr die Lydischen Kœnifjsgvxbcr hei Sardes, p. 549-530.
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201, 202) *. Sur le plus grand de ces morceaux (fig. 200), îl y a des lignes d'un beau noir qui circonscrivent et qui traversent un champ d'un jaune rougeâtre. Autant qu'il est permis d'en juger par ces trop rares et trop menus débris, si les céramistes lydiens, du temps d'Alyatte, savaient tout ce qui est de pur métier, ils manquaient d'imagination ;
194. — Vase trouvé dans le tombeau d'Alyatte. Au tiers de la grandeur réoUe. Von Olfers, pi. V, fig. 9.
195. — Vase trouvé dans le tombeau d'Alyatte. Au tiers delà grandeur réelle. Von Olfers, pi. V, fig. 7.
ce n'est pas à leur école que les potiers grecs des villes de la côte ont pu apprendre à peindre des figures sur leurs vases. On n'a pas trouvé jusqu'à présent en Lydie de statuettes en terre cuite ni de figurines en bronze que l'on puisse attribuer aux artisans indigènes ; attendons que le sol de Sardes ait été remué jusque dans ses profondeurs. Après
196, 197, 198, 199. — Fragments de vases trouvés dans le tombeau d'Alyatte. Au tiers de la grandeur réelle. Von Olfers, pi. V, fig. 2, 3, 6.
une visite aux ruines de cette ville, M. Sayce estimait que, dans la vallée du Pactole, en amont et en aval du temple dit de Cybèle, il faudrait descendre à douze ou treize mètres pour arriver jusqu'à la couche de débris qui représenterait la cité royale des Mermnades ^ Il est éton-
i. Sur les fouilles de Dennis qui ont procuré ces débris de vases, voir les renseignemonts donnés par Cecil Smith, Classical Rcview, 1. 1, 1887, p. 82.
2. Sayce, Notes from journeys in thc Troad ani Lydia, p. 86 (dans Journal of Hellenic Siudieg, 1880 .
in
nanl que ces fouilles, qui ne présenteraient aucune difficulté, n'aient pas encore été entreprises; elles ne sauraient manquer d'aboutir à des découvertes curieuses.
Une industrie qui ne devait pas être moins avancée que celle de la
200. — Fragment de vase provenant de Bin-tépé. Au tieis de la grandeur réelle. Musée Britannique.
céramique, dans cette Lydie dont la richesse était l'objet de l'admiration des peuples voisins, c'était celle du métal; là où l'argent et Tor étaient si abondants, on fabriquait, on portait des joyaux faits de
201, 202. — Fragments de vases provenant de Bin-tëpé. Grandeur rëelle.
ces matières. On peut regarder comme des échantillons de l'orfèvrerie lydienne les beaux bijoux, en or pur, que possède aujourd'hui le Louvre (fig. 203-208). Ils ont été trouvés aux environs d'Aïdin, l'ancienne Trallos, c'est-à-dire sur la limite de la Lydie et de la
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Carie * ; d'après un renseignement que M. Ramsay a recueilli en voyageant dans le pays, ils auraient été tirés d'un tumulus, ce qui n'a rien d'invraisemblable. Si l'on n'a rien ramassé de pareil dans le tombeau d'Alyatte, c'est qu'il avait été déjà pillé dans l'antiquité; les quelques tombes du même modèle qui ont été ouvertes récemment dans la Carie méridionale renfermaient des bijoux de ce même métal, tubes, plaques à coudre sur les vêtements, spirales, anneaux et ^lbules^
« Le morceau capital est une épaisse plaque d'or, arrondie en demicercle, surmontée d'un tube horizontal qui passe à travers quatre anneaux, et d'un rang de disques découpés, entourés chacun d'une bordure perlée et placés tous ensemble dans un cadre oblong (fig. 203).
Les anneaux du cylindre sont ornés de grains d'or; sur le cadre se déploient quelques fils cordelés. Les deux disques du centre servent de fond à deux petites tètes de taureau, en feuilles d'or estampées; sur les disques latéraux se détachent deux grandes têtes de bélier ; le deuxième et le cinquième disque n'ont pour décor qu'un ombilic bordé de granulations. Au-dessous du tube, dans le haut de la pièce demi-circulaire, on voit une tête de taureau entre deux grandes têtes d'épervier. Les cols de ces sept têtes d'animaux entrent dans des ouvertures circulaires ménagées au milieu de chaque disque et se rabatlent par derrière sans être soudés, comme on l'observe en regardant
203. — Bijou lydien. Hauteur, 0«n,068 ; longueur, 0» Dessin de Saint-Elme Qautier.
,077. Louvre.
1. A. DuMONT, Note sur des bijoux d'or trouvés en Lydie {Bulletin de correspondance hel- Unique, 1879, p. 129-i30). On en trouvera une description minutieuse et complète dans le Catalogue des objets d'art antiques, terres cuiteSy bijoux, verrerie, qui a été rédigé par M. Froehner, pour la vente de la Collection Hoffmann (26 et 27 mai 1886). Cette description est accompagnée d'une belle planche en couleur (in-l°, 1886, pi. XX), qui a pourtant le défaut de donner aux objets un aspect trop neuf.
2. Paton, Excavations in Caria, p. 68, 69 {Journal of Udlenic Studics, iSHl).
la pièce par derrière (fig. 204). Plus bas, au milieu, une figurine de femme, en or estampé, se présente dans une pose hiératique. Celle femme, une déesse sans doute, est coiffée et drapée à Tégyptienne. Elle a les bras pendants et appliqués aux hanches; ils paraissent nus,
204. — Les bijoux lydiens vus par derrière. Bulletin de correspondance hellénique, 1882, pi. V.
comme le buste, tandis que le bas du corps, à partir de la ceinture, est enveloppé dans une sorte de pagne, qui est décoré de globules, de losanges et de triangles; ces ornements, ainsi que tous les contours et détails intérieurs de la figurine, sont exécutés au moyen des granulations les plus fines. De chaque côté, une rosace à six pétales, entourée d'un cercle, a été découpée dans la feuille d'or. Une bordure de perles et un grènetis qui dessine des chevrons complètent cette riche orne-
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mentatioii. Enfin six oreillettes fixées au revers du bord inférieur étaient destinées à recevoir des pendeloques *. »
Une plaque oblongue, que surmonte aussi un tube, est ornée de deux masques du même style que la figurine de la pièce précédente (fig.
205). Ils sont séparés par une rosace à quatre pétales enfermée dans un cercle. Au-djessus du tube, trois disques à ombilic. Môme travail de grènetis. L'exécution est plus simple dans plusieurs ornements en feuilles d'or doublées et découpées en forme de hache à double tranchant (fig. 206). Le lube est placé ici dans le sens vertical. Les plus grandes de ces bipennes ont une bordure de perles, et, aux deux extrémités de chaque crois
20"). — Bijou lydien. Hauteur, 0«n,035, longueur, 0o»,089. Louvre. Dessin de Saint-Elme Gautier.
200. — Bijou Jydien. Hauteur, 0^,099 ; longrueur, 0'n,089. Louvre. Dessin de Saint-KIme Gautier.
sant, un bouton cannelé; d'autres perles sont disposées en croix, dans le champ. Dans une pièce de même dessin, plus petite, les perles sont