‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 2)Chapitre 138 sur 412 · Histoire de VArt, t. III, p · texte numérisé non relu

Histoire de VArt, t. III, p

que par Tintermédiaire des Syro-Cappadociens et où la Grèce ne comptait pas encore ; ce que rappellent les images qui y sont gravées, ce sont les œuvres les plus barbares de ce que nous avons appelé Tart hétéen, les bas-reliefs par exemple du palais A'Etiiuk^

Le cabinet des antiques de la Bibliothèque nationale possède un autre moule en serpentine dont la provenance est inconnue (fig. 210). Deux personnages, un homme et une femme, sont debout Tun à côté de Tautre. L'homme est coiffé d'une sorte de casque pointu; sa barbe, longue et large, est disposée à la mode assyrienne; il est habillé d'une

jupe qui s'arrête à mi-cuisses et d'un manteau qui couvre l'une des épaules et l'un des bras; l'autre bras et le torse paraissent nus. Ce personnage a les deux mains placées sur la poitrine, geste que répète sa compagne, dont les doigts se portent vers les seins, sans les couvrir. Celle-ci a les bras et le buste tout à fait découverts; mais sa jupe, son seul vêtement, descend plus bas; elle est coifTée d'un disque échancré sur lequel sont tracées des figures géométriques; ses cheveux pendent en grosses boucles le long de ses joues. Les deux rainures obliques que l'on voit à droite et à gauche de cette figure s'expliquent peutêtre par les nécessités pratiques du moulage.

Quand on avait pour la première fois, il y a vingt ans, signalé et décrit cet objet, on Tavait attribué au douzième siècle, et on y avait vu une de ces images de Baphomet auxquelles les Templiers, selon le dire de leurs ennemis, offraient un hommage idolâtrique *. L'art de l'ancienne Asie était alors bien peu connu : l'erreur était excusable ; mais aujourd'hui on ne saurait hésiter à reconnaître ici un monument analogue à ces autres moules qui ont été ramassés en Assyrie et en Asie Mineure. La matière est la même, et certains détails présentent une ressemblance frappante. Quoique exécuté d'une main plus légère que sur la pierre du Louvre, le rendu du vêtement se ressent

210. — Moule en serpentine. Cabinet des antiques. Grandeur réelle.

i. Histoire de VArt, t. IV, fig. 328-338.

2. Chabouillet, Catalogue général et raisonné des camées et pierres gravées île la Bibliothèque impénale (in-18, 18o8\ n" 2255.

LES AUTS INDUSTRIELS. 303

de l'imitation des mêmes modèles : mêmes bandes horizontales qui semblent autant de volants superposés ; dans chacune de ces bandes, mêmes stries qui représentent les crêpures de 1 étoffe. A la prendre dans son ensemble, la figure de femme ne se distingue que par des détails d'une importance secondaire de celle du moule lydien; si la nudité n'est que partielle, si le geste est un peu modifié, c'est bien pourtant toujours le même type divin, dans la même attitude significative. (Juant au personnage masculin, il est coiffé de ce bonnet pointu qui reparait si souvent dans les bas-reliefs rupestres de TAsie Mineure et sur les sceaux de ses premiers habitants*. Les deux appendices en forme de cornes qui sont placés de chaque côté du casque font songer à l'espèce d'urœus qui orne le bonnet de l'un des personnages dans le basrelief de Ghiaow-kalP. Enfin, au-dessous du casque, on croit distinguer, de part et d'autre, une saillie percée d'un trou, semblable à celle que présente, à la même place, la tête d'une figurine en bronze qui provient du centre de l'Anatolie ^

Il y a donc tout lieu de penser que cet objet est originaire, lui aussi, de l'Asie Mineure. Les proportions des figures y sont d'ailleurs moins éloignées de la vérité, le travail y a plus de précision et de sûreté que dans le moule du Louvre ; il offre une certaine sécheresse qui, comme on l'a fait observer, semble trahir, chez l'ouvrier qui l'a exécuté, l'habitude de la gravure sur métal. A tout prendre, il a l'air moins ancien que l'intaille trouvée près de Thyatire ; mais la différence qui nous frappe comporte une autre explication : ce monument provient peutêtre d'un centre plus important, où les artisans avaient de meilleurs modèles et la main plus adroite.

Si Ton est fondé à croire que le luxe des bijoux était poussé très loin dans cette Lydie qui était si riche en métaux précieux, il est probable aussi que l'on n'y recherchait pas moins le luxe des meubles et celui des belles étoffes, qui décoraient la maison du prince et celle du noble, qui paraient la personne des gens de condition. Les lits copiés dans la pierre que renferment les tombes lydiennes sont d'un dessin plus orné que ceux qui s'offrent au regard dans les tombes phrygiennes. Voyez ce lit taillé dans le roc que nous avons relevé dans un des caveaux de Doghanloii-dérési (fig. 2H)* ; il est de

L Histoire de VArl, t. IV, p. 546, 562, 692, 722, 744, 760.

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