‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 2)Chapitre 141 sur 412 · TOME V · texte numérisé non relu

TOME V

a06 LA LYDIE ET LA CAHIK.

avaient façonnés, les lingots que leur avaient fournis, jetées et fondues au creuset, les pépites d*or du Tmolos. C'est celle activité féconde du cultivateur, de l'ouvrier et du négociant qui, plus encore que le lavage des sables aurifères, a créé cette richesse de la Lydie à laquelle les Grecs ont dû la première révélation de la puissance du capital.

Un phénomène du même genre s'était déjà produit en Phrygie, mais dans de moindres proportions. Les Grecs ne tiraient nulle part de leur sol les métaux précieux; ils ne les obtenaient que par voie d'échange; quand ils avaient appris que les Phrygiens trouvaient de l'or dans les flancs de leurs rochers ou dans le gravier de leurs torrents, leur vive imagination s'était exagéré l'importance de cette exploitation minière et ils avaient inventé ce conte qui, né tout d'abord d'un naïf et crédule émerveillement, ne prit que beaucoup plus tard un sens moral et philosophique. Midas ne fit rien de son or; l'opulence légendaire de la Phrygie fut atteinte dans ses sources par l'invasion des Cimmériens et par la guerre que menèrent dans cette région Mèdes et Lydiens. La destinée de la Lydie fut tout aulre, jusqu'à la catastrophe subite de la conquête perse. La prépondérance militaire faisait passer aux mains de ses rois, sous forme de tribut, une bonne part des trésors qui s'étaient accumulés, au cours des sièclçs, dans les parties les plus prospères de la péninsule; griice à son industrie et à son commerce, la balance des échanges se soldait en faveur de la Lydie; elle pouvait ainsi garder pour son propre usage et verser dans les coffres de ses princes et de ses marchands tout l'or que la terre lui livrait. Cette surabondance, cette pléthore du métal noble suggéra à ce peuple la première pensée de l'invention qui restera son honneur; pour tirer de ses lingots un meilleur parti, il s'avisa de les timbrer et de leur assigner ainsi une valeur officiellement reconnue qui les fit rechercher, pour les facilités qu'ils apportaient aux transactions, non seulement dans toute l'étendue du vaste empire dont Sardes était la capitale, mais aussi chez les nations limithrophes. La Phénicie a eu la gloire de donner l'écriture alphabétique au monde civilisé; mais c'est à la Lydie que celui-ci doit la monnaie.

On verra, dans la suite de cette histoire, quel parti l'art a tiré, chez les Grecs et chez les Romains, du double champ que lui offraient les deux faces de la monnaie, et comment la gravure en médailles est devenue une des branches les plus florissantes de la sculpture, une de celles qui ont porté les fruits les plus merveilleux. Il n'est pas d'effort du génie plastique qui donne, au même degré que certaines pièces

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