Strabon, XIV, II, i
310 LA lydil: et la câiue,
possédaient tout le tour de ces baies irrégulières que dominent les hautes crêtes du Latnios et où se creusent, en grand nombre, des anses propices, où les barques peuvent se cacher derrière les pointes et les dentelures des caps, puis, quand il plaît à l'équipage, s'échouer doucement sur le sable fin de la grève.
Sous les Mermnades, la Carie, conquise par ces princes, n'est plus qu'une dépendance de la Lydie; mais, avant même que la guerre eût opéré cette réunion, il y avait entre les deux peuples un lien de parenté dont ils avaient conscience. Les Cariens qu'Hérodote interrogea sur leur origine lui racontaient que Car, Lydos et Mysos, ancêtres de trois nations, étaient frères; ils lui disaient comment, en raison de cette affinité primitive, les Lydiens étaient admis sur le même pied que les Cariens à offrir leurs hommages au grand dieu national de la Carie *. Celui-ci, que les Grecs identifiaient avec leur Zeus, avait, près de Mylasa, un temple où on l'appelait Labrayndos, Labradeus^ Labradenos^ nom que Ton expliquait par la hache, labrys^ qu'il portait en main (cul-delampe à la fin du chapitre) ; or ce mot nous est donné comme appartenant à la langue lydienne ^
Les noms propres cariens, noms d'hommes et de lieux (on en connaît un assez grand nombre), n'ont rien de sémitique ^; les quelques noms communs de cet idiome qui nous ont été conservés par les gloses des lexicographes résistent également à toute explication de ce genre, tandis que quelques-uns se laissent ramener sans effort à des racines aryennes *. Cette langue s'écrivait, au septième siècle avant notre ère,
{. Hérodote, I, 171. Strabon, XIV, ii, 23.
2. AuSoi Xâ6,yjv Tov ::iX£xuv ovofxaÇojai. Plutarque, Queutions grecques» § 4o. Plusieurs autres mots sont donnés à la fois comme lydiens et cariens ou bien présentent, d'une langue à l'autre, assez d'analogies pour qu'on y reconnaisse des racines idtMitiques (voir les gloses relatives à yXoOç, voleur, à Maaapiç ou Mapaapiît surnom de Dionysos chez les Cariens, qui paraît une variante dialectale du paaaapsu; lydien; a KoLvrfiiov, la « ville du chien », cité carienne dont le nom oflre comme premier élément xav, que Ton nous signale, dans le nom lydien KavdaûXy);, comme ayant cette même signification). La hache à double tranchant est souvent gravée comme une sorte de blason, au-dessus des inscriptions grecques de la Carie (Bulletin de corr, helL XI, p. 310).
3. Voir la liste qu'en a dressée Haussoullicr, Bulletin de correspondance hellénique, Vf, 1880, p. 315-320, et celle que donne Sayce dans The karian language and inscriptions, p. 10-11 (extrait des Transactions ofthe society ofbiblical archseology, vol. IX, partie 1, 1887). Le seul nom de lieu carien qni paraisse d'origine sémitique, c'est celui du mont Gadmos, qui borne à l'est le bassin du Méandre ; on y reconnaît le mot Qedein, « rOrient ». On comprend que les Phéniciens, lorsqu'ils longeaient cette côte, en suivant le chemin qui les menait à leurs comptoirs et à leurs mines de la mer Egée, aient désigné ainsi la haute barrière qu'ils voyaient se dresser à l'horizon. Les habitants du pays, avec lesquels ils commerçaient sur la plage, auront saisi au vol cette appellation et l'auront perpétuée.
4. De Lacîarde, Gesammclte Abhandlungcn, p. 267-270. Sayc.k, The kanan language, p. .*i-9.