‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 2)Chapitre 149 sur 412 · Hérodote, I · texte numérisé non relu

Hérodote, I

7. Strabon, XUI, i, 59; XIV, i, 3. Pausanias, VU, ii, 8. Si Homère {Iliade, X, 428), énuinéraiil les alliés des Troycns, distingue les Cariens et les Lélègos, il n y a pourtant rien là qui empêche de voir dans ces deux groupes les fils d'une même race. Un historien originaire de la Carie, Philipposde Souangela, affirmait que les Lélèges étaient aux Cariens ce que les Hilotes étaient aux Lacédémoniens et les Pénestes aux Thessaliens (Athénke, VI, 27 1 , B.). Un texte de Plutarque {Questions grecques, 40) parait confirmer cette assertion.

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rôle important au cours de ces siècles reculés qui s'enfoncent et se perdent dans Tombre, par delà Thorizon de la poésie homérique. Il semble que Lélèges et Cariens aient osé les premiers lancer leurs barques agiles à travers les Sporades et les Cyclades, dans tout l'espace qui s'étend entre l'Asie Mineure, la Crète et les côtes de la péninsule hellénique*; les premiers, ces navigateurs ont établi entre toutes ces terres des relations qui, une fois inaugurées, ne devaient plus jamais s'interrompre. A la fois commerçants et pirates, comme le furent aussi les Phéniciens, ils allaient et venaient, transportant d'Asie en Europe et d'Europe en Asie les produits du sol et les objets fabriqués ; ils emmenaient, ils vendaient aussi des esclaves, femmes surprises à la fontaine, laboureurs enlevés brusquement aux travaux des champs ; les bandes débarquaient de nuit; elles se cachaient dans les broussailles ou dans quelque fente du roc; le jour venu, on sortait de l'embuscade, on se jetait sur ce que l'on trouvait à sa portée, avant que l'alarme fût répandue et que des secours fussent arrivés. Le procédé était violent; mais il n'en avait pas moins seselîets heureux; il mettait en rapport des hommes qui, sans ces déplacements forcés, seraient restés toujours étrangers les uns aux autres, n'auraient pas échangé leurs idées, leurs croyances et les symboles qui servaient à les traduire, les recettes de métier, les procèdes industriels dont ils disposaient.

Les Cariens durent commencer à perdre du terrain lorsque les Phéniciens parurent dans la mer Egée; élèves et courtiers de l'Egypte et de la Chaldée, ceux-ci représentaient une civilisation supérieure. Ensuite vinrentles Grecs, les Ioniens et les Doriens, qui, se répandant de proche eu proche, chassèrent les Cariens des îles ou s'assimilèrent, sur bien des points, la partie de l'ancienne population qui ne fut pas détruite ou expulsée. Vers le huitième siècle, les Cariens n'existaient plus, à l'état de groupe distinct et compact, que dans cette province de l'Asie Mineure qui a gardé leur nom; mais, quoique depuis longtemps ils n'eussent pas cessé de lâcher pied et de perdre du terrain, ils n'avaient, même alors, rien perdu de leur renom guerrier et de leur humeur aventureuse. « On leur doit, disait Hérodote, trois inventions dont les Grecs ont fait depuis usage. Ce sont en effet les Cariens qui, les premiers, ont enseigné à mettre des panaches sur les casques, qui ont orné de figures leurs

I. Un poète du ciuquiênfie siècle, Critias, énumérant les inventions dont Thoiineur revient ii tiitrérenls peuples et à différentes cités, s'exprime ainsi (Bergk, Pocfœ lyrici yra*ri, fr. i ) :

çopTr,Yo-j; $ axocTou; Kaps; àXô; Tajxiai.

HISTOIRE DES GARIENS. 315

boucliers, et qui y ont adapté une poignée; car, jusqu'alors, tous ceux qui avaient coutume de se servir du bouclier le portaient sans cette poignée; ils le gouvernaient par le moyen d'un baudrier de cuir, qui le tenait suspendu au cou et sur Tépaule gauche ^ » L'hoplite carien avait donc servi de modèle à l'hoplite grec; plus tard, il lui donna l'exemple d'aller louer sa bravoure et son épéeaux princes de l'Asie et de l'Egypte ^ Les Cariens pénétrèrent avec les Ioniens, dans celte dernière contrée, sous Psammétique I", et ils ne cessèrent dès lors d'y affluer ^ Plus belliqueux et mieux armés que les indigènes, rompus à toutes les manœuvres d'une tactique plus savante, ils formaient, sous des capitaines choisis dans leurs rangs, la principale force des armées que mirent en campagne les princes saïtes ; ceux-ci les avaient établis dans ce que l'on appelait les Camps, sur la branche pélusiaque du Nil ; le fleuve séparait leur quartier de celui des Ioniens ; Amasis les installa aussi à Memphis^. Ceux de ces soldats de fortune que l'âge ou des blessures rendaient impropres au service ne retournaient pas tous au pays; beaucoup se trouvaient bien en Egypte et s'y Axaient sans esprit de'retour; ils y faisaient, comme le font aujourd'hui les Grecs et les Maltais, le métier de drogman\ Le musée de Boulaq possède une statuette d'Apis en bronze dont la base porte une inscriptîon votive bilingue, en hiéroglyphes et en lettres cariennes ; Je texte égyptien se traduit ainsi : « A Apis qui donne la vie, Prfim l'interprète*. » Hérodote n'aurait pas signalé le rôle joué en Egypte par les Cariens qu'on l'aurait deviné à certains indices. D'Ipsamboul à Memphis, ces étrangers ont gravé leurs noms, à côté de ceux des aventuriers d'origine grecque ou syrienne et des trafiquants phéniciens, sur les rocs de la vallée du Nil et sur les parois de ses temples ; M. Sayce a réuni une cinquantaine de ces graffiti cariens, et de nouvelles recherches en augmenteront certainement le nombre. Rien qu'à Abydos, cet explorateur en a découvert et transcrit près de quarante.

Si c'est en Egypte que la langue et l'écriture des Cariens ont laissé le plus de traces, c'est seulement en Carie que l'on a cru retrouver quelques monuments de leur architecture et de leurs arts. Ces monu-

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