HÉRODOTE, I, 173; VII
3. Etienne de Byzance, s. v. T^zixCkt^, Ménécrale de Xanthe (dans Miller, Frwjincnta historicorum grœcovum, t. II, p. 343), fr. 2.
4. Sur la grande inscription du monument connu sous le nom d'obt^lisque de Xanthos, ainsi que dans des textes lyciens d'Antiphellos, Myra, Limyra, etc.
accourus au secours de Troie \ et le pays d'où Sarpédon et Glaucos ont amené leurs guerriers devant Troie est bien la Lycie que nous avons décrite. Elle est, dit-il, très loin de Troie^ ; le poète en définit la situation par la mention qu'il fait du Xanthe impétueux ^ et des Solymes, les éternels ennemis des Lyciens'*; or, il ne saurait y avoir d'incertitude sur le pays qu'occupaient les Solymes ; c'est le district que domine ce mont Solyma, que tous les géographes s'accordent à reconnaître dans le Taktalu-dagh.
Pourquoi le poète a-t-il été chercher les Lyciens de l'autre côté du Taurus pour leur prêter un rôle qui convenait mieux, ce semble, à des peuples moins éloignés de la Troade, aux Paphlagoniens, aux Phrygiens ou aux Méoniens? Afin de rendre raison de ce choix, il faudrait connaître tous ces chants épiques, perdus sans retour, d'où a été tirée la matière de Y Iliade ; on croit pourtant deviner que le poète a été induit à prendre ce parti par le vague souvenir de relations qui auraient existé jadis entre les ancêtres d'Hector et ceux de Sarpédon. Tros, le nom des Troyens, et Tlos, celui d'une ville lycienne, ne sont-ils pas des doublets, deux formes, légèrement diversifiées parla prononciation, d'un même vocable? La Lycie n'a-t-cUe pas son Xanthe comme la Troade? Enfin, ne paraît-il pas vraisemblable qu'un canton de la Mysie, la vallée de l'/Esepos, était habité par des Lyciens, et que ceux-ci étaient aussi répandus sur toute cette côte où se bâtirent, plus tard, les cités ioniennes ? C'est du moins ce que l'on peut induire de quelques vers d'Homère et de maintes traditions qui ont été recueillies par des écrivains postérieurs^. Ces Lyciens septentrionaux seraient une arrièregarde attardée des bandes qui avaient jadis parcouru l'Asie Mineure et la Lycie, quand les Iliouna et les Louka allaient ensemble donner l'assaut
1. C'est ce qu'indique une formule qui est souvent répétée : « les Troyens et les Lyciens » pour désigner Tensemble des forces opposées aux Grecs (Iliade^ IV, 197; VI, 78, etc).
2. ...jisÎAa tr/AôOîv f,îtco, dit Sarpédon. Tr^o^i^Up Auxit;.. //., V, 478-470.
3. ZavOo'j oLTzô SivtJevto;. IL, II, 877. K lUwie, VI, 184-18:;; 204.
o. Pandaros est présenté, dans Homère, à la fois comme originaire de la Lycie Iliade, V, 105, 173) et comme le chef des Troyens qui « habitent au pied de l'Ida et boivent Feau sombre de l'iCsepos » (II, 824-825). Callisthène, Thistorien d'Alexandre, racontait que Sardes avait été prise d'abord par les Cimmériens, puis ensuite « par les Tr^res et les Lyciens » (Strabon, XIII, iv, 8), et il invoquait à ce propos le lémoifçnago «l'un poète élégiaque contemporain, Callinos. Or les Trères paraissent avoir été une tribu thrace; c'est en venant du nord qu'ils auraient trouvé sur leur chemin ces Lyciens de la Mysie et les auraient entraînés avec eux contre la riche Lydie ; les Lyciens du sud n'étaient pas sur leur chemin. Quand les Ioniens chassés de la Grèce vinrent s'établir en Asie
348 LA LYCIE
aux frontières de TÉgypte. Emportés par le (lot de ces invasions barbares qui désolent la péninsule au septième siècle, ils auraient fini par se fondre avec les populations voisines, tandis que ceux de leurs frères qui s'étaient établis au sud du Taurus prospéraient derrière Tinfranchissable rempart de leurs montagnes et y gardaient, avec leur nom, l'originalité de leur langue et de leurs mœurs.
Si Ton considère ainsi les Lyciens méridionaux comme les derniers représentants d'un groupe de tribus qui auraient couru les mêmes aventures que les pères des Troyens, on s'explique mieux la place qu'assignaient aux Lyciens, sous les murs de Troie, les traditions qu'Homère a recueillies et mises en œuvre. On en arrive, du même coup, à écarter, comme dénuées de tout fondement, les assertions d'Hérodote, qui fait venir les Lyciens de Crète, et qui veut qu'ils aient dû leur nom de Lyciens à un héros athénien, Lycos, fils de Pandion*. Ce dernier récit était probablement, lorsque Hérodote l'a enregistré, d'invention toute récente ; on s'en était avisé à Athènes pour établir un lien historique entre l'Attique et la Lycie, que les Cimon et les Périclès cherchaient alors à faire entrer dans leur confédération maritime en assujettissant au paiement du tribut les villes de la côte.
Nous ne rappellerons que pour mémoire les tentatives que l'on a faites pour trouver un sens au nom des Lyciens. Les étymologies proposées sont toutes tirées de la langue grecque. Les Grecs de Rhodes et de la Carie, quand ils naviguaient entre la grande île et le continent voisin, voyaient, a-t-on dit, le soleil se lever derrière leCragos. Le dieu du jour leur paraissait avoir sa demeure quelque part de ce côté, parmi ces cimes éblouissantes qu'ils n'avaient jamais gravies. Sous cette impression, ils avaient appelé « les Lumineux », c'est-à-dire « les Orientaux », les hommes qui habitaient ces montagnes. La conjecture est ingénieuse; ce qui dispense de la discuter, c'est que les Lyciens, s'ils ne sont autres que les Louka des inscriptions thébaines, étaient ainsi dénommés bien avant qu'il y eût des. Grecs à Rhodes et en Carie.
Il est d'autres indices auxquels on reconnaît, dans les Lyciens, un
Mineure, plusieurs de leurs bandes prirent pour chefs, dit Hérodote (1, i47), « des Lyciens issus de Glaucos »; d*autre part Pausanias compte des Lyciens parmi les éléments qui formaient la population primitive d'Erythrœ, avant que les Ioniens sV établissent (VU, m, 7). Voir sur celte question Trkuber, Geschichte, pp. 14-i8 et 50-5i.