‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 2)Chapitre 179 sur 412 · Strabon, XIV, m · texte numérisé non relu

Strabon, XIV, m

2. Voir à ce sujet Treuber, Geschichte, p. Ii2; Hérodote, I, 90; VU, 02. Isocrate, Pam]gyrique. Auxioi xai auv-csXsî; C. L AttiCj \&\ ; Diodore, XV, xc, 3.

3. J.-P. Six, Monnaies lyciennes, S*», 409 pages et deux planches {Extrait de ta Revue numismatique, 1886-1887).

méats qu'elle inspira. En temps de paix, ses habitants rivalisent de munificence pour la doter de beaux édifices, pour y élever des monuments qui perpétuent la mémoire de leurs exploits et de leur richesse; quand elle était attaquée par l'étranger, plutôt que de la livrer, ils n'hésitaient pas à s'ensevelir sous ses ruines. A plusieurs siècles de distance, Xanthe donna deux fois cet exemple, lors de l'invasion perse et, bien longtemps après, quand elle fut assiégée par Brutus, le meurtrier de César'. Nous n'avons rien trouvé de pareil dans le centre ni dans le nord de la péninsule. Si ce peuple de patres et de laboureurs s'est élevé, bien avant les tribus de la Cappadoce, de la Phrygie et de la Paphlagonie, à la notion et à l'amour de la cité, il le doit peut-être à ses relations avec les Grecs de Phaselis et de Rhodes; c'est à l'imitation de leurs villes qu'il a bâti les siennes, qu'il a pourvu chaque canton d'une capitale dont l'acropole dominait toutes les campagnes d'alenlour. Ceux qui les premiers copièrent ces modèles y trouvèrent leur compte. Entre tous ces petits États, il dut y avoir des querelles fréquentes, à propos de la possession d'une forêt ou d'un pâturage situé sur la frontière. Quand, au cours de ces luttes, l'ennemi paraissait sur les hauteurs, c'était un grand avantage de pouvoir mettre en toute hâte hommes et bêtes à l'abri derrière une enceinte fortifiée.

La Lycie est entourée de trois côtés par la mer; à l'ouest, et surtout au sud, celle-ci s'insinue entre les saillies des hauts promontoires, dans des baies que la barrière des îles protège contre les vents du large ; elle y dort au pied des montagnes où abondent les meilleurs bois de construction. Les Lyciens ont donc bâti des navires, qui leur ont servi parfois à exercer la piraterie aux dépens de la marine rhodienne*; il s'est toujours fait, dans leurs ports, un certain commerce maritime; mais il n'y a point ici, comme en Carie et en lonie, de ces golfes qui pénètrent très avant dans l'intérieur des terres et qui sont comme le prolongement de grandes vallées fluviales, routes naturelles qu'a toujours suivies et que suivra toujours le mouvement des échanges internationaux. En Lycie, toutes les vallées, même celles du Xanthe,

1. Appien, Guerres civiles, IV, 76-80. Dion, XLVH, 34. H semble n'y avoir rien de fondé dans le récit d'après lequel les Xantbiens auraient agi de même alors qu'Alexandre traversa la Lycie (Appien, Guen*es civiles, IV, 80). Arrien, si exact, n'en dit pas un mot; il représente toute la Lycie comme s'étant soumise sans coup férir {Anabase, l, 24). Quant à Diodore,s'il parle d'un acte de désespoir du même genre, c'est à une cité pisidienne, Marmara, qu'il l'attribue (XVII, 28). Ce sont les historiens rhéteurs qui ont inventé la seconde catastrophe; il leur a paru que les Xantbiens étaient tenus de répéter cette tragédie chaque fois qu'un ennemi frappait à leur porte.

2. HÉRACLiDE Dr PoNT (Ml'ller, Fragm. hist. Grœc, t. H, p. 21).

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paraissent étroites et courtes, si on les compare à celles du Méandre, du Caystre, de THermos et du Sangarios; ce sont des impasses; avec leurs pentes rapides et leurs cluses que remplissent les eaux furieuses des torrents, jamais elles ne serviront de chemins entre le littoral et les plateaux du centre de TAsie Mineure. Réduit ainsi à ses propres ressources, le pays ne produit d'ailleurs pas assez pour tirer de son propre sol les éléments d'un trafic très actif. Il a peu de terres à blé; lorsqu'il était mis tout entier en valeur, c'est à peine s'il a jamais pu fournir assez de céréales pour nourrir toute sa population. Ses seules industries ont dû toujours être l'élève du bétail et l'abatage des bois; aujourd'hui encore, tout ce qu'il exporte, c'est des bœufs et des moutons que l'on y charge pour Rhodes, du combustible et des pièces de charpente qui vont à Smyrne, à Beyrouth et surtout à Alexandrie. Dans ces conditions, ce peuple pouvait se suffire à lui-même et vivre heureux, mais d'une vie simple, économe et frugale. Parqué dans l'enceinte resserrée de ses hautes vallées, il devait avoir le tempérament conservateur; aussi le voyons-nous garder plus longtemps qu'aucun de ses voisins de la côte asiatique l'usage d'un alphabet et d'une langue qui lui sont propres, rester attaché à des institutions, telles que le matriarcat, qui ailleurs ont disparu beaucoup plus tôt, et, dans ses nécropoles, alors même qu'il est initié à tous les arts de la Grèce, répéter encore, pendant plusieurs siècles, les formes que lui a tout d'abord suggérées l'imitation de la seule architecture qu'il connût à l'origine, de celle qui, pour construire la maison, n'employait que les troncs et les planches de la forêt.

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