TOME V
362 LA LYGIE.
de les faire figurer ici, comme les survivants et les témoins d'un lointain passé, comme les vrais représentants de rarchîtecture nationale *.
La Lycie ne connaît pas le tertre funéraire. Le lumulus est proprement la tombe des pays plats. Si nous Tavons rencontré sur les rivages du golfe de Smyrne, dans la vallée de THermos et sur les côtes de la Carie, peut-être ne faut-il voir là que Teffet d'une habitude antérieurement contractée ; ces tribus avaient commencé par vivre dans les plaines de la Thrace. Mysiens et Phrygiens, après avoir envahi l'Asie Mineure, y avaient porté ce type auquel ils étaient accoutumés, et c'est à eux que l'avaient emprunté leurs voisins de Lydie et de Carie. Tous ces peuples qui occupaient la partie occidentale de la péninsule se tenaient de près; ils s'étaient partout mêlés, au point de se confondre; ils parlaient des langues qui se ressemblaient ; ils avaient des religions communes. Ce n'était pas le cas de la nation lycienne. D'où qu'elle vînt, elle vivait isolée, derrière le rempart du ïaurus. Son territoire n'était qu'un réseau de vallées étroites, où la roche était partout à portée de la main, assez tendre pour se laisser entamer sans grand effort, assez ferme pour garder intactes les formes qu'y aurait taillées le ciseau. Dès l'abord, la sépulture y fut donc creusée dans le roc. On en reconnaît le type le plus ancien dans des niches rectangulaires qui, près de la plupart des cités, ouvrent par centaines leurs bouches noires sur la face verticale des hautes parois coupées à pic*. Aucune décoration ne les encadre; leur profondeur est d'environ deux mètres. Par endroits, ces trous sont si pressés, qu'ils donnent à la roche où ils s'enfoncent l'aspect d'un gigantesque nid de guêpes ; c'est ce que l'on observe par exemple au-dessous de l'acropole de Pinara. Ces niches sont ouvertes et paraissent toujours l'avoir été ; il est peu vraisemblable que les voleurs les plus déterminés aient jamais risqué leur vie pour les ouvrir et les piller. Presque toutes, en effet, sont inaccessibles; on n'a pu les tailler, les plus basses, qu'à l'aide d'échafaudages appliqués contre le mur de calcaire, et les autres, celles qui en occupent la partie supérieure, que par la main d'ouvriers assis sur des selles volantes et suspendus à des cordes fixées au sommet de la falaise.
1. Dans cette description des tombeaux lyciens, nous ne faisons guère que résumer Tétude que leur a consacrée M. Benndorf. Elle forme le chapitre ix du tome V des Reisen (p. 93-113). La plupart des dessins qui illustrent le chapitre sont des réductions de ceux que Ton doit à l'habile et fidèle crayon de M. Niemann. D'autres sont tirés des belles photographies de M. Von Luschan qui forment les planches de louvrage.