Tombe à Antiphellos. Tesier, Description, pi. CCI
en dessous, d'une sorte de caveau ou hyposorion, où trouvait asile la dépouille des serviteurs. Tantôt le monument est construit; tantôt la cuve et le socle qui la supporte sont ménagés dans quelque gros bloc de rocher. Ce n'est pas ici le lieu de décrire les variétés de ce sarco-
LA LYCIE
phage, qui ne cède la place que très tard, dans les derniers siècles de Tempire, aux types vulgaires des autres régions du monde romain; il suffisait de montrer, par cet exemple, combien toutes les créations de l'architecture lycienne, celles mêmes où Ton s'attendrait le moins à trouver la trace de cette influence, dérivent des constructions en charpente.
De toutes les formes architecturales qui sont propres à la Lycie, il n'en est qu'une qui ne paraisse pas pouvoir rentrer dans cette donnée :
c'est celle du monument qui est connu sous le nom de Tombe des Harpies j parce que ces monstres figurent dans les bas-reliefs qui la décoraient et qui ont été transportés à Londres. Ce qui constitue ce type, c'est une mince tour carrée qui forme un massif plein ; la chambre funéraire est en haut, et au-dessus d'elle une toiture plate, très saillante, s'étend comme un dais. Le monument des Harpies a beaucoup souffert, quand il a été dépouillé des dalles sculptées qui fermaient les côtés de la chambre. Comme échantillon de ce type, nous reproduirons donc de préférence une autre tour du même genre qui se trouve aussi dans l'acropole de Xanthos (fig. 268). Avec les degrés qui
267. — Sarcophage à Ântiphellos. Texier, Description, pi. CLXLXV.
lui servent de socle, elle a été taillée tout entière dans la roche vive, audessus de deux tombes du modèle ordinaire. Quant au réduit ternainal qui sert de caveau, il était formé par quatre plaques de marbre'. Les portes des chambres, à Xanthos, étaient toytes petites; dans un autre de ces monuments, à Ghieul-bachty la chambre n'a que 0",85 de long sur 0™,09 de profondeur; on n'a pu user de ces sépultures qu'en pratiquant le rite de l'incinération.
\. Henndorf, Reisrn, t. I, p. 87.
268. — Tour funéraire, à Xanthos. Benndorf, Heisen^ t. 1''»', pi. XXV.
Ces monuments, dont la hauteur varie entre trois et six mètres, sont assez rares ; on n'en compte qu'une quinzaine dans toute la Lycîe ^ C'est à une de ces tours qu'appartenaient les sculptures qui paraissent être les plus anciennes que l'on ait retrouvées en Lycie (fig. 273-275). L'impression que laisse l'ensemble de ce groupe, c'est que ce type n'a jamais été d'un usage très général; employé pour quelques grandes familles, il a été abandonné d'assez bonne heure; ceux de ces monuments qui semblent les plus jeunes appartiendraient au quatrième siècle. Quant à expliquer l'origine et le caractère de celte forme, nous ne voyons pas que l'on y ait réussi. On l'a comparée à celle des tours funéraires de la Perse et l'on s'est demandé si ce ne seraient pas là les tombes des satrapes perses ; mais un au moins de ces monuments, celui de Ghieulbachi, pourrait bien être antérieur même à la conquête de la Lycie par Harpage; d'ailleurs, la Lycie n'a guère été soumise que de nom aux princes Achéménides. Dans les bas-reliefs du plus soigné des tombeaux de cette catégorie, du monument des Harpies, on ne saurait signaler aucun trait qui rappelle les croyances de la Perse. Enfin, s'il y a une vague ressemblance entre ces tours lyciennes et celles de Méched- Mourgab et de Nakhch-i-Roustem, les différences sont assez sensibles pour que toute hypothèse d'une imitation directe se trouve écartée II n'y aurait là qu'une simple coïncidence. Ce qui a peut-être suggéré ridée de ces tombeaux en forme de piliers, ce serait ces tours de guet que l'on rencontre souvent dans les pays dont le territoire est partagé entre plusieurs clans ennemis; la chambre funéraire aurait remplacé, au sommet du mince et svelte bâtiment, la cellule où se tenait le guetteur. Il a pu y avoir de ces tours construites en charpente; mais elles étaient exposées aux incendies ; on a dû reconnaître qu'il était préférable d'y employer la pierre, et c'est d'un modèle de ce genre que se serait inspiré le grand personnage qui aurait eu le premier la pensée de se ménager une sépulture du haut de laquelle il dominerait encore les places et les rues de la cité où, pendant sa vie, il avait joué l'un des premiers rôles.
Nous ne suivrons pas plus loin l'histoire de l'architecture funéraire en Lycie ; nous ne l'étudierons pas dans les monuments qui, tout en gardant encore quelques traits empruntés aux types primitifs et locaux, portent partout l'empreinte des arts de la Grèce. Alors même, la préoccupation de la tombe reste un des caractères qui distinguent la Lycie ;
1. On en trouvera la liste dans Benndorp, Reisen, t. I, p. 107-108.
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nulle part on ne trouve plus de tombeaux d''une exécution très soignée; nulle part surtout on ne prend des précautions plus minutieuses en vue de mettre sa dépouille mortelle sous la protection des dieux et, en même temps, pour plus de sûreté, sous celle des générations qui, dans Favenir, habiteront la cité ; on les intéresse au repos de sa cendre en leur assurant le bénéfice des amendes auxquelles s'exposeraient les profanateurs. C'est en Lycie qu'apparaissent le plus tôt les formules qui édictent ces peines pécuniaires, et c'est de là que l'usage parait s'en être répandu dans le reste de l'Orient grec ; on a cru pouvoir tirer cette conclusion de Tétude comparative des inscriptions funéraires*. Il est donc vraisemblable que le culte des morts eut, de très bonne heure, en Lycie, une importance considérable; peut-être, le jour où on lira couramment les textes lyciens, ceux-ci nous apprendront-ils quelle forme particulière avait prise, chez cette nation, cette religion de la tombe qui a été commune à tous les peuples de l'antiquité.
Les villes lyciennes présentent une particularité curieuse : tandis que dans les cités grecques les tombes étaient placées en dehors de la cité, en Lycie les sépultures des principaux personnages se dressaient dans l'enceinte même de la ville. C'est ce qu'ont remarqué tous les voyageurs qui ont visité le site de Xanthos; le monument des Harpies, plusieurs autres tours funéraires (fig. 268) et plusieurs grands sarcophages s'y dressent encore sur place, au milieu des ruines de la ville haute. Cette habitude, on aurait pu la deviner en jetant les yeux sur ces vues de villes que présentent certains bas-reliefs lyciens; dans l'un des tableaux que nous avons empruntés à une sépulture de Pinara, des monuments funéraires de différents types sont compris parmi les édifices enclos dans la ligne des remparts (fig. 252, 253); il en est de même dans une autre image du même genre (fig. 269, 270)*. Elle fait partie des sculptures qui décoraient, à Xanthos, ce que l'on appelle le monument des Néréides^ sculptures qui représentaient les exploits d'un prince ou satrape du quatrième siècle; on y voit des villes assiégées. et,
1. G. UiRscuFELD, Ueber die gncchûchen Grabscknfien welche GMstrafen atxoninen (tlaiis les Kœniysberger Studien, 1887, 8°).
2. MicHAELis, Il monumento délie Nereidi, p. 117 (dans les Annales de VInsHtut de cor- 7'espondance archéologique, 1875).
dans Tune d'elles, au-dessus du mur crénelé, parait la partie supérieure d'un monument, terminé par un sphinx, où Ton reconnaît une stèle quadrangulaire analogue à la grande stèle de Xanthos qui porte une inscription bilingue en l'honneur d'un descendant d'Harpagos,
269. — Vue (l'une ville lycienne. Monumenti dell' Inslituto, t, X, pi. XVI.
prince du pays, stèle que surmontait un sphinx entre deux lions*. Ce qui devait contribuer à donner aux villes lyciennes une physionomie à part, c'était ces bâtiments de bois que nous avons cru retrou-
270. — Vue d'une viUe lycienne. Monumenti deW Instituto, t. X, pi. XVl.
ver dans les vues que nous en a conservées la sculpture (fig. 252, 2o3j. Les villes étaient posées sur des hauteurs d'un accès difficile. Là où
1. 1^ reproduction la meilleure qui ait été donnée de ce monument se trouve dans pRACHOW, Antiqurnima monumenta Xanthiaca, pi. 2, 11^. i (f*, Saint-Pétersbourg, 1871. ■2 {iaf!t'i> tltî texte et 0 planches lilliographiées .